L’homosexualité peut se définir comme l’attirance sexuelle pour des individus de son propre sexe ou encore comme « l’orientation sexuelle » envers ces mêmes individus. Les personnes homosexuelles peuvent être des hommes (« gays ») ou des femmes (« lesbiennes »).

Comme le comportement hétérosexuel, celui des personnes homosexuelles peut se manifester par des relations allant du rapport sexuel occasionnel à l’histoire d’amour romantique ou la relation stable et durable en passant par la promiscuité sexuelle et la prostitution.

L’homosexualité dans l’histoire de l’Occident

L’homosexualité est l’une des plus anciennes manifestations de la sexualité humaine et différentes sociétés ont eu diverses attitudes face à ce comportement, de la tolérance à la condamnation. Certaines sociétés croient que les personnes homosexuelles sont dotées de pouvoirs magiques et leur attribuent le titre de chaman. La Grèce antique considère l’homosexualité comme faisant partie des comportements sexuels normaux.

À différentes époques de l’histoire de l’Occident, l’homosexualité est très sévèrement punie. Le Lévitique (20:13), par exemple, condamne les personnes homosexuelles à mort. Bien que l’opinion de Jésus à ce sujet n’apparaisse nulle part dans les évangiles, l’Église chrétienne primitive, sous l’influence de Paul, condamne l’homosexualité et les lois ecclésiastiques et séculières tentent de l’éradiquer. Durant certaines périodes de la chrétienté occidentale, des allégations d’homosexualité suffisaient à faire condamner un accusé à la torture ou au bucher; l’une des dernières exécutions massives légales de personnes homosexuelles a lieu dans la République des Provinces-Unies (Pays-Bas) en 1730.

Au XIXe siècle, la définition médicale qualifiant l’homosexualité de maladie remplace celle donnée par la religion la définissant comme un péché. Pour décrire la pratique homosexuelle sans employer les qualificatifs traditionnels, le médecin et sexologue austro-hongrois K.M. Benkert crée en 1869 le terme « homosexual » (homosexuel, en français). Dans leur recherche sur les causes de l’homosexualité, les scientifiques et cliniciens évoquent entre autres l’hérédité, les hormones, un dysfonctionnement de l’appareil génital, des crises durant l’enfance, une éducation parentale inappropriée, les relations avec les pairs à l’adolescence et les troubles mentaux, mais aucune de ces causes ne permet d’expliquer formellement à elle seule l’homosexualité et certaines d’entre elles sont totalement réfutées. Des études récentes portent sur l’ADN et sur le « gène gay », dont l’existence n’a toujours pas été prouvée.

Dans les années 1920, l’explication selon laquelle l’homosexualité est une simple variation de la sexualité (au même titre que la chasteté ou la polygamie) recueille un très large assentiment international, à la suite des travaux de recherche menés par l’Institut pour les sciences sexuelles du Dr Magnus Hirschfeld à Berlin. Le Dr Hirschfeld forme un groupe de pression, le Comité scientifique humanitaire, qui milite pour l’abolition des lois pénales réprimant les personnes homosexuelles. Mais en 1933, à l’instigation de la presse nazie, des étudiants envahissent les locaux de l’Institut et brûlent les livres et les documents qui s’y trouvent. Par la suite, de nombreuses personnes homosexuelles mourront dans les camps de concentration de l’Europe occupée par les nazis (entre 100 000 et 400 000 selon les estimations). Ces derniers obligent les prisonniers homosexuels à porter sur leurs vêtements un insigne distinctif consistant en un triangle rose, qui deviendra plus tard un emblème de l’identité gay et des mouvements d’émancipation homosexuelle. Au cours des dernières années, le triangle rose est partout remplacé par le « drapeau arc-en-ciel » à six couleurs, qui met en avant un changement des attitudes, celles-ci passant de l’acceptation rebelle des souffrances du passé à la manifestation et à la démonstration enthousiaste d’une « différence fièrement affichée » avec le reste de la population dite « normale ».

Homosexualité dans la société moderne

En 1948, le biologiste américain Alfred Kinsey publie une étude sur l’activité sexuelle des hommes aux États-Unis, et choque beaucoup de gens en révélant des estimations statistiques selon lesquelles 37 % des hommes ont eu au moins une fois un orgasme lors d’une relation homosexuelle. Des chiffres inférieurs à ce dernier sont publiés lors de récentes études, reproduisant celle d’Alfred Kinsey, mais tant qu’un grand nombre de personnes homosexuelles sont reléguées dans l’ombre par la réprobation sociale, il demeure impossible d'obtenir un échantillon statistique représentatif. Par ailleurs, il semble évident que la proportion d’individus homosexuels dans la population varie des zones rurales aux régions urbaines. La tolérance sociale étant plus élevée dans les grandes villes qu’ailleurs, de nombreuses jeunes personnes homosexuelles y résident.

Dans certains quartiers des grandes villes canadiennes, américaines et européennes, la population homosexuelle est suffisamment importante pour former une « sous-culture gaie » comparable à une communauté ethnique. La sous-culture d’une ville comme Montréal, Toronto ou Vancouver, comporte des bars, des discothèques, des équipes sportives, des groupes politiques et religieux, des entreprises gaies, des services médicaux et juridiques, des journaux et des maisons d’édition et même des fondations caritatives. Certaines de ces activités sont présentes dans les petites collectivités, mais de manière plus discrète.

Changement des mentalités dans la société et le statut juridique

Dans les années 1960, les militants pour l’émancipation des personnes homosexuelles commencent à lutter ouvertement pour une protection juridique contre la discrimination. Dès lors, ils exercent une pression sur de nombreuses institutions puissantes, depuis le monde médical jusqu’à l’armée, en obtenant gain de cause.

Une première victoire est celle d’avoir réussi à persuader, en 1974, l’Association américaine de psychiatrie (APA) de reconnaître les travaux de recherche prouvant qu’aucun type physique ou de personnalité en particulier n’est associé avec l’orientation homosexuelle. L’APA retire l’homosexualité de son catalogue de maladies. Un nombre grandissant de personnalités publiques très respectées se mettent alors à révéler leur homosexualité. Au Canada, on compte parmi ces personnalités des membres des parlements fédéral et provincial, des professeurs, des artistes, des juges et des avocats, des ecclésiastiques et des membres des Forces armées canadiennes. Des personnalités font des révélations semblables « en public » aux États‑Unis et dans des pays européens. À l’heure actuelle, Kathleen Wynne, première ministre d’une province canadienne, l’Ontario, est ouvertement lesbienne et apparaît souvent en public avec la femme qui partage sa vie depuis longtemps.

À partir de la naissance de la Confédération en 1867, l’homosexualité est punissable par la loi pénale canadienne d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans d’emprisonnement. En 1969, la loi est modifiée par le gouvernement Trudeau qui décriminalise les actes de sodomie entre adultes consentants âgés d’au moins 21 ans. Dès lors, le changement des mentalités dans la société à l’égard de l’homosexualité s’accélère en raison d’une tolérance généralisée (envers les conjoints de fait et les parents célibataires) et de l’organisation de campagnes d’émancipation des personnes homosexuelles. De nos jours, au Canada, les gays et lesbiennes peuvent légalement se marier et adopter des enfants et de très nombreux couples homosexuels américains traversent la frontière pour profiter des lois canadiennes.

Cependant, de tels changements font l’objet d’importantes polémiques et des individus et des organisations s’opposent toujours au principe selon lequel l’homosexualité est une des manifestations normales de la sexualité humaine. Dans certaines religions restant opposées à ce principe, des groupes se forment qui déclarent que l’homosexualité est tout simplement une pathologie du comportement, comme l’est l’alcoolisme, et qu’elle peut être traitée par la thérapie ou le soutien moral. Ces groupes recrutent les « gays repentis » ou les « ex-gays ». Cependant, force est de constater que de telles idées ne parviennent pas à s’imposer et qu’aujourd’hui certains de ces groupes se séparent. Le pape François lui-même estime qu’il ne lui incombe pas de juger le comportement homosexuel.

Certains changements émanent de décisions de justice. Parmi les points-clés abordés figurent le droit des couples homosexuels vivant en concubinage aux crédits d’impôt, le droit à des pensions de retraite et la protection du droit du membre du couple qui a le moins de ressources de bénéficier, en cas de séparation, d’un partage équitable des biens (« pension alimentaire »), droits dont jouissent déjà les couples hétérosexuels, qu’ils soient mariés ou des conjoints de fait.

Nombre de ces changements sont en partie suscités par les actions symboliques de membres homosexuels du clergé qui enfreignent ouvertement la loi en mariant des fidèles de même sexe au sein de leur communauté. Depuis 1995, différentes décisions de justice interprètent l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, en stipulant par exemple que la discrimination homophobe en matière de logement, dans un cadre professionnel ou ailleurs est désormais interdite dans tout le pays.

Aujourd’hui, l’acceptation par la population générale des droits des personnes homosexuelles se manifeste à travers de nombreux événements publics tels l’apparition de maires lors d’activités locales de la Gay Pride, le parrainage par des banques de levées de fonds organisées par la communauté homosexuelle, la fabrication de drapeaux arc-en-ciel portant le logo de la police provinciale de l’Ontario (OPP). Le changement des mentalités dans la police reste quant à lui très flou. Certains services de police recrutent ouvertement des agents de police homosexuels (p. ex., Toronto et Vancouver) tandis que d’autres se montrent parfois violemment antihomosexuels (p. ex., London, en Ontario).