XIXe siècle

Avant l’industrialisation du Québec (vers 1870-1880), la plupart des entreprises opèrent sous un mode artisanal. En 1851, elles ne sont que 37 à compter plus de 25 travailleurs. Les concentrations les plus importantes des rares salariés se retrouvent dans les scieries (voir Histoire du commerce du bois), la construction et les travaux de terrassement des canaux et des chemins de fer.

Les premiers syndicats qui apparaissent au début du XIXe siècle parmi certains groupes d’ouvriers de métier sont faibles, sans lien entre eux et éphémères. Mais à trois reprises, les syndicats montréalais tentent de se regrouper en association plus large : en 1834, pour obtenir la journée maximale de travail de 10 heures; en 1867, pour former la Grande Association; enfin, en 1872, pour obtenir la journée de 9 heures. Toutefois, ces associations ne survivent que quelques mois, et peu de syndicats passent à travers la crise économique de 1873. À l’époque, les travailleurs se manifestent aussi collectivement en faisant grève (on en compte 137, de 1815 à 1880) et en mettant sur pied des sociétés de secours mutuels (voir Mouvement coopératif), qui versent des prestations en cas de maladie ou de décès. Ces premières organisations, syndicales et autres, grandissent rapidement à partir de 1850, et marquent le développement d’une conscience collective chez les travailleurs, désireux de se protéger contre l’insécurité de la vie urbaine et de civiliser le marché capitaliste du travail, qui les traite comme une marchandise.

L’activité de fabrication industrielle dépasse les échanges commerciaux extérieurs vers 1880, et les gouvernements deviennent alors acquis aux objectifs de la bourgeoisie industrielle. La population de Montréal double de 1871 à 1891, et la ville devient la capitale financière et industrielle du Canada.

Influences syndicales

Alors que le nombre de travailleurs augmente, le syndicalisme grandit grâce aux syndicats internationaux venant des États-Unis. Les syndicats internationaux qui se développent parmi les travailleurs de métier apportent le système de la négociation collective, selon lequel les salaires, les conditions de travail et l’apprentissage sont négociés avec l’employeur et confirmés dans une convention collective.

Dans les années 1880, une nouvelle influence étatsunienne, les Chevaliers du travail, fait son chemin parmi les travailleurs qualifiés et non qualifiés. Pour les Chevaliers du travail, l’amélioration du sort économique des travailleurs par la négociation collective est secondaire ; ils recherchent plutôt une réforme en profondeur de la société industrielle, espérant abolir le salariat et miser sur un système de production basé sur les coopératives et la petite entreprise. Les Chevaliers du travail contribuent pour beaucoup à la formation des conseils centraux de Montréal (1886) et de Québec (1890). À partir de 1886, ils participent aux activités du Congrès des métiers et du travail du Canada, qui joue un rôle de lobby auprès du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec afin de promouvoir des lois favorables aux travailleurs et à qui les syndicats québécois s’affilient à partir de 1886.

Pour la période qui va de 1886 à 1930, ces instances donnant une voix aux travailleurs sur le plan politique réclament, entre autres, des gouvernements des réformes électorales, l’enseignement gratuit et obligatoire, des programmes sociaux de même que la nationalisation des entreprises de services publics. Ces revendications témoignent d’un projet de société qu’on caractériserait de nos jours de social-démocrate, visant à réformer et non à abolir le système capitaliste.

Les unions internationales connaissent une croissance rapide au début du siècle et éliminent les Chevaliers du travail. Elles comptent plus 100 syndicats en 1902 avec un effectif d’environ 6000 membres. Mais ils ne se développent guère.

Syndicats catholiques

La première menace vient des syndicats nationaux, espérant établir un mouvement qui soit véritablement canadien; ils s’étendent à tout le Canada, mais ne réussissent pas à attirer beaucoup de membres.La plus grande menace pour les syndicats internationaux provient de syndicats catholiques mis sur pied, à partir de 1907, par des membres du clergé, qui lui reprochent de pratiquer un syndicalisme de confrontation et de diffuser des idées « socialistes et anticléricales ». Ces syndicats nés dans divers diocèses du Québec forment une centrale syndicale en 1921 (Confédération des travailleurs catholiques du Canada) et commencent alors à transformer leur pratique syndicale pour l’orienter vers la négociation de bonnes conventions collectives de travail. Cependant, même avec l’appui clérical, ils ne réussissent pas à attirer plus du quart des syndiqués au Québec, la majorité restant fidèle aux syndicats internationaux (voir Doctrine sociale de l’Église catholique, Confédération des syndicats nationaux).

En 1931, les syndicats comptent environ 72 000 membres, ce qui représente 10 % des travailleurs salariés, un pourcentage similaire à celui de l’Ontario. Ce sont surtout des cheminots, des ouvriers de la construction et des travailleurs de métier dans l’industrie manufacturière. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le syndicalisme se répand parmi les travailleurs semi-qualifiés et non qualifiés dans les industries de production de masse comme le textile et la métallurgie. Les syndicats catholiques organisent une portion de ces travailleurs, mais ce sont surtout les syndicats internationaux affiliés à la centrale américaine Congress of Industrial Organisations (CIO) qui font les gains les plus importants. L’organisation de ces travailleurs provoque une hausse importante du niveau de syndicalisation, qui atteint 20,7 % en 1941 et 26,5 % en 1951.

Pendant la guerre, la tâche d’organisation est facilitée à cause de la rareté de la main-d’œuvre et de l’adoption de la Loi des relations ouvrières, en 1944. Inspirées du Wagner Act américain, les principes de cette loi, qui protège et favorise le droit des travailleurs à la négociation collective, sont encore de nos jours à la base du système de relations du travail.

Pendant les années 1950, les centrales syndicales deviennent un foyer d’opposition au conservatisme du gouvernement de Maurice Duplessis, combattant les lois pour restreindre les droits syndicaux et réclamant un plus grand interventionnisme de l’État dans le domaine social. Leur lutte pave la voie à l’avènement de la Révolution tranquille. Au cours des années 1950, les syndicats internationaux représentent 50 % de l’effectif syndical contre 30 % pour les syndicats catholiques, dont la centrale modifie son nom en 1960 pour celui de « Confédération des syndicats nationaux » (CSN).

Expansion du secteur public

Au milieu des années 1960, le visage du syndicalisme change avec l’organisation massive des travailleurs des secteurs public et parapublic (fonctionnaires, enseignants, employés d’hôpitaux, etc.), bien décidés à relever leurs salaires et leurs déplorables conditions de travail. À la suite de grèves illégales en 1963 et en 1964, le gouvernement québécois accorde à tous les fonctionnaires, enseignants et employés d’hôpitaux le droit de négociation et de grève. Leur organisation est largement responsable de la hausse du niveau de syndicalisation de 30,5 % à 37,6 % de 1961 à 1971.

Leur afflux transforme le mouvement syndical, qui se radicalise pendant les années 1960 et 1970. Le Québec devient la province la plus fertile en grève, et les trois principales centrales syndicales québécoises (CSN, FTQ, CEQ) développent une vive critique du système capitaliste à partir de l’idée de lutte de classes. Des affrontements majeurs ont lieu parmi les employés des secteurs public et parapublic, qui négocient conjointement en front commun leur contrat de travail avec le gouvernement à partir de 1972. La stratégie de front commun permet un meilleur rapport de force des syndicats et un relèvement significatif de leurs conditions de travail.

Les syndicats ressentent durement la récession économique, de 1981-1982, et le taux de chômage élevé. Les centrales modifient alors leur discours, abandonnant leur condamnation globale du système capitaliste et faisant la promotion de la concertation avec le patronat pour créer de l’emploi. Le niveau de grève, le plus élevé du Canada durant les années 1970, chute fortement au cours de cette période, et le militantisme des syndicats du secteur public et parapublic s’effrite sous le coup de lois répressives. Néanmoins, le niveau de syndicalisation reste élevé au Québec pendant cette période, s’établissant à environ 40 %.

Nationalisme

Le nationalisme des trois principales centrales évolue depuis la fin des années 1960 vers un appui à l’indépendance politique du Québec. C’est évident après l’échec de l’Accord du lac Meech, en 1989, alors qu’elles deviennent la principale force sociale derrière le « Oui » au référendum de 1995 (voir Référendum du Québec 1995).

Le syndicalisme est beaucoup moins radical au Québec dans les années 1980 et 1990, mais les syndicats continuent à jouer un rôle majeur pour revendiquer de meilleures conditions pour les travailleurs québécois. Un marché libre est perçu comme la meilleure façon d’encourager la croissance économique de la province. Les syndicats doivent s’adapter à cette nouvelle conscience politicosociale. Par contre, les politiciens profitent de ce temps de changement pour redéfinir les règles régissant les syndicats et les employés, et pour introduire des mesures comme le Conseil des services essentiels. Ce dernier est mandaté de veiller à ce que la santé et la sécurité de la population générale soient garanties en cas de grève légale.

Malgré la prise de position moins radicale des syndicats québécois dans les décennies récentes, ils maintiennent leurs pressions pour obtenir des réformes sociales. Vers la fin des années 1990, les syndicats manifestent contre les coupures budgétaires dans le secteur public, qui visent à réduire le déficit provincial. Au cours de cette période, un certain nombre de syndicats indépendants plus petits s’établissent. En 2013, les syndicats québécois jouent également un rôle proéminent dans le débat sur la proposition d’une Charte québécoise des valeurs.