Le sport canadien doit à la culture autochtone le toboggan, la raquette, le bâton de crosse et le canot d'écorce. Les contacts étroits entre les coureurs de bois, les voyageurs et les Premières Nations contribuent à introduire dans les colonies européennes les activités associées à ces équipements. Un grand nombre de jeux autochtones ont des buts utilitaires liés à la survie (lutte, joutes, tir à l'arc, lancer du javelot, course à pied ou en canot), alors que d'autres ont une signification religieuse, comme la danse et le baggataway (voir Crosse). Les Premières Nations ont aussi inventé une grande variété de jeux auxquels ils s'adonnent par simple plaisir ou pour le pari : le jeu de l'alène, du cerceau et du bâton, le serpent à neige, le jeu de figures, les dés et les cartes en écorce de bouleau. Chez les Inuits, les jeux ont pour but de préparer les jeunes à une existence collective dans un environnement hostile où chacun doit connaître ses propres seuils de tolérance. Le lancer de la couverture, la lutte à la corde, les courses de traîneaux à chiens, les danses du tambour, le lancer du javelot, les jeux de balle ainsi que les épreuves individuelles, dont le bras de fer, la lutte à la main et le tir du doigt, se pratiquent à cette fin. Les jeux impliquant des mises sont fréquents et même utiles, car ils servent à redistribuer les biens en surplus.

Dans les premières colonies d'Européens, le jeu est une activité secondaire puisqu'on doit d'abord assurer sa survie. Toutefois, les activités sociales et récréatives sont nécessaires et on s'y adonne. Les Canadiens français ont hérité de leurs ancêtres de France le goût des réunions mondaines, et le premier club social en Amérique du Nord, l'Ordre de Bon Temps, est fondé à Port-Royal. Chez les colons, les rencontres sociales ont un but utilitaire, celui des corvées, où l'on épluche le maïs, confectionne des courtepointes ou bâtit une grange dans un esprit d'entraide mutuelle. De telles rencontres s'accompagnent habituellement de musique et de danse, de matches de lutte et de courses de chevaux. C'est de là qu'est née la tradition canadienne-française de l'« homme fort », personnifiée plus tard par Louis Cyr. Lorsque les premiers peuplements de colons se constituent en communautés rurales, et surtout à l'arrivée des immigrants britanniques au XIXe siècle, les activités récréatives s'organisent davantage. La création d'associations agricoles au sein de ces communautés fournit la structure administrative nécessaire pour la tenue de compétitions régulières en labours et en courses de chevaux. Suivent des régates rurales, où les colons peuvent se mesurer aux « voyageurs », aux autochtones et même au fermier, car le canot était alors le moyen de transport le plus simple et le plus rapide.

Les Écossais jouent un rôle important dans l'implantation des traditions sportives britanniques en Amérique du Nord. Les officiers écossais du général Wolfe s'adonnent au golf, bien que ce jeu ne soit considéré comme un sport qu'après la Confédération. Le curling, par contre, introduit de la même façon, connaît un succès prodigieux au Canada. Le premier club sportif, fondé en 1807, est le Montreal Curling Club. En 1865, le curling fait partie d'un groupe sélect de sports figurant au programme des compétitions internationales. L'échec initial du golf et le succès du curling illustrent à quel point le sport est lié à la société. À l'époque, on ne peut se permettre le luxe d'entretenir de grandes étendues de terrain pour le plaisir d'un petit nombre de golfeurs, tandis que l'hiver canadien offre à tous de grandes surfaces de glace. De même, dans les garnisons britanniques, dispersées dans les provinces après 1760, les soldats perpétuent deux sports qu'ils chérissent, le criquet et l'équitation (voir Sports équestres).

Les jeux introduits par les Écossais ou les Anglais trouvent rapidement des adhérents parmi les gens de diverses cultures qui forment la colonie. En outre, des sports sans aucune affiliation à une ethnie particulière apparaissent et deviennent de plus en plus populaires. Cela va des sports simples et utilitaires comme le toboggan, la glissade en traîneau, le patinage sur glace ou la navigation, ou des sports individuels pratiqués pour la santé (gymnastique, athlétisme et natation), aux sports plus complexes comme l'aviron, où l'habileté du rameur va de pair avec le savoir-faire du constructeur de l'embarcation.

En 1867, une équipe de Saint John (Nouveau-Brunswick) (les quatre rameurs seront connus sous le nom les Paris Crew ou les Paris Four) remporte le Championnat du monde d'aviron à l'Exposition universelle de Paris en France. Au début du XIXe siècle, la majorité des sportifs sont des gentilshommes de la classe marchande ou de l'aristocratie, ou des officiers de garnison. Ces derniers implantent non seulement les traditions sportives de leur pays d'origine, ils adoptent et parrainent aussi de nouvelles activités. Leur amour des courses de chevaux, combiné à de nombreuses heures de loisir, donne l'élan à des sports comme la chasse, la course au trot et le steeplechase. Ils ajoutent également une note de couleur à la patinoire, à la glissade en toboggan, à la promenade en traîneau et à la salle de bal. L'intérêt et l'enthousiasme qu'ils y apportent, combinés à leur talent d'organisateurs, permettent d'instaurer un large éventail de sports dans les communautés.

En théorie, le patinage sur glace, la raquette, le cricket, le football et autres activités similaires sont à la portée de la classe ouvrière, mais les travailleurs manquent de temps et de savoir-faire pour les organiser. Ceux pour qui le dimanche représente la seule journée de congé permettant de s'adonner aux activités sportives sont découragés de le faire par les instances religieuses ainsi que par la Loi sur le dimanche, adoptée en 1845 dans la province du Canada.

Ce n'est que lorsque les ateliers et les usines raccourcissent la journée de travail, vers le milieu des années 1860, que la classe ouvrière dispose de temps pour pratiquer le sport. Dans ce contexte, l'introduction de la crosse et du baseball tombe à point, même si ces sports tendent à exclure des équipes les personnes de classe sociale inférieure, traitées de « voyous ». Lorsqu'une activité est régie par une organisation, elle reste essentiellement la prérogative des mieux nantis de la société.

La plupart des femmes de colons sont beaucoup trop occupées pour jouir de loisirs, et même quand elles en ont, les conventions de l'époque n'encouragent guère leur participation aux activités pratiquées à l'extérieur par les hommes. Dans les villes, c'est à titre de spectatrices qu'elles participent aux courses de chevaux, aux régates, aux matches de cricket et à d'autres spectacles sportifs. On leur permet d'être passagères à bord des carrioles, des bateaux à glace et des yachts. Les plus fortunées et indépendantes sont autorisées à monter à cheval, à patiner et à jouer au croquet. Dans les années 1850, on assiste à un changement d'attitude à l'égard des femmes qui font du sport, notamment grâce aux modifications apportées aux tenues vestimentaires. Les progrès dans l'émancipation de la femme se traduisent par sa participation aux chasses au renard, au Ladies' Prince of Wales Snowshoe Club (1861), au Montreal Ladies Archery Club (1858), aux régates, aux championnats de patinage artistique, et aux courses à pied organisées dans le cadre de pique-niques.

Avant 1867, le plus grand rôle des compétitions sportives est probablement celui de faciliter les rencontres sociales. Ainsi, les habitants des villes et des campagnes peuvent se rencontrer dans le cadre d'événements à caractère agricole ou social. Les « voyageurs » peuvent se mesurer aux autochtones et aux colons dans les régates de canots, et les peuples des Premières Nations peuvent disputer des matches de crosse avec des citadins. Les courses sont très populaires et attirent des milliers de spectateurs dans les grandes villes. Offrant un environnement à la fois social et sportif, les courses de chevaux favorisent le plus grand mélange de classes sociales qui se soit produit au XIXe siècle. Toutefois, la haute société de l'époque n'aime guère ce genre de mélange et tente, en vain, d'y remédier en érigeant des clôtures autour des champs de course et en exigeant un droit d'entrée. Cette politique d'exclusion peut aussi être considérée comme le désir de réserver les courses de chevaux et les régates aux « gentilshommes amateurs » et de s'assurer que le pêcheur d'expérience ou le fermier particulièrement adroit ne concourent pas aux côtés de l'élite sociale.

Le plus grand impact sur les sports vient des progrès de la technologie. Le bateau à vapeur, le chemin de fer et les presses d'imprimerie alimentées à la vapeur permettent au sport de se rapprocher du public. Les bateaux à vapeur offrent aux équipes sportives et aux spectateurs des excursions inconcevables au temps des diligences. Ils suivent même les bateaux et les yachts pendant les régates. L'expansion rapide du chemin de fer rend possibles les excursions d'un jour pour assister à un match (Voir Histoire du chemin de fer). On organise davantage de rencontres d'équipes et des tournois, tandis que des associations provinciales sont créées et que les règles de jeu uniformisées. Grâce aux presses d'imprimerie à vapeur, les journaux importants accordent une plus grande place aux sports, et l'invention du télégraphe permet de diffuser les résultats plus rapidement.

Une nouvelle ère sportive voit le jour à l'époque de la Confédération, en 1867. D'anciennes activités, comme le cricket, l'aviron et les courses de chevaux, ne sont certes pas délaissées, mais l'apparition de nouveaux sports comme la crosse et le baseball montre bien l'intérêt croissant des Canadiens pour les sports. L'urbanisation incite les dirigeants municipaux à adopter des attitudes plus libérales à l'égard des besoins de la population de faire de l'exercice et d'avoir des activités récréatives favorisant la santé. Ces deux besoins, renforcés et favorisés par les progrès technologiques, ont naturellement pour conséquence de multiplier l'organisation d'activités sportives. Une chose plus importante encore se produit, soit l'émergence d'une identité canadienne dans le sport. Le sport joue un rôle de premier plan dans le développement d'un sentiment national, du moins chez les Canadiens anglophones. La croissance phénoménale des clubs de crosse, qui passent de 6 à 80 à l'été 1867, illustre bien cette tendance, au point que George Beers fera des pieds et des mains (mais en vain, malgré le support de la population) pour faire proclamer la crosse sport national du Canada. Le pouvoir unificateur du sport est étalé au grand jour lorsque tous les Canadiens se réjouissent de la victoire en aviron de l'équipe de Saint John à Paris.

Le sport de 1867 à 1900

Le 26 septembre 1867 fut créée, lors d'un congrès à Kinston (Ontario), la National Lacrosse Association. Ce fut la première d'une série d'organismes du sport amateur qui voient le jour avant la fin du siècle. Au cours des 30 dernières années du XIXe siècle, sous l'influence d'hommes désireux de rationaliser et de codifier les jeux, le sport au Canada se développe et établit les bases qui vont lui permettre de traverser la plus grande partie du XXe siècle. Le sport devient pour les Canadiens le véhicule qui leur permet d'exprimer leur sentiment de fierté dans leur nouveau pays. Ils sont avides de compétitions internationales et ils connaissent un succès considérable sur les pistes de jeu du monde entier.

C'est aussi l'époque où le sport est une activité intensément créative et excitante. Les Canadiens contribuent grandement à développer et à populariser trois sports : la crosse, le hockey sur glace et le basketball. En 1874, au football, les Canadiens introduisent chez leurs voisins américains le ballon ovale et les règles du rugby. La popularité de la crosse est telle dans les années 1880 qu'un bruit court qu'une loi du Parlement l'aurait déclarée sport national. À la même époque, la crosse est introduite en Angleterre et se répand dans l'Ouest canadien.

Le baseball finit par rivaliser avec la crosse dans la faveur populaire comme sport estival. La Canadian Baseball Association est fondée en 1876, et les premières ligues de baseball voient le jour peu de temps après. À ses débuts, le baseball connaît surtout du succès dans le sud-ouest de l'Ontario, où le chemin de fer favorise le rapprochement avec les États-Unis.

Le football, lui aussi, évolue rapidement. L'année 1874 marque le début d'une série de matches annuels entre les U. McGill et Harvard. Comme conséquence, les Américains délaissent leur passion du football, aujourd'hui appelé soccer en Amérique du Nord, et adoptent le ballon ovale et la bousculade typique du rugby. Le fait que ce sport soit intimement lié aux collèges et aux universités des deux pays contribue au succès de longue date du rugby. En 1884 a lieu le premier championnat national de rugby, sport pratiqué surtout en Ontario et au Québec.

Au début du siècle, après de nombreuses modifications aux règles, le jeu se distancie du rugby pour devenir le football canadien. Le rugby et la crosse contribuent tous deux à l'évolution du hockey qui, au début, est une mauvaise variante d'un jeu de balle et de bâton anglais. Plusieurs de ses pratiques, comme la mise au jeu, les règles sur le hors-jeu et l'usage des buts pour marquer des points, viennent de l'un ou l'autre de ces sports.

Montréal est le berceau de la plupart des changements dynamiques qui touchent le sport à la fin du XIXe siècle. La Montreal Amateur Athletic Association (fondée en 1881) est le premier club du genre et regroupe plusieurs autres clubs sportifs de la ville. Ce centre imposant, à la fois social et sportif, offre des salles de lecture et de réunion, un gymnase et, plus tard, une piscine. Ce club est le pivot qui permet la formation de l'Amateur Athletic Association of Canada, première tentative d'unification et de réglementation de tous sports au pays.

De toute évidence, à l'époque, ce sont les professionnels et les gens d'affaires qui sont le moteur de l'organisation des sports dans les villes, étant donné qu'ils ont des contacts, le sens de l'organisation et du temps à consacrer à leur essor. Ils y apportent la même approche scientifique qui les guide dans les autres dimensions de leur vie. En plus de les amener à développer des organisations sportives, cette approche révèle leur foi dans le sport amateur et les codes qui le régissent.

Au début du XIXe siècle, la haute société a la mainmise sur le sport, et des codes restrictifs sont instaurés pour écarter les indésirables, sur des bases raciales au début, en empêchant les Noirs et les Autochtones d'entrer en compétition avec les Blancs. Et, à mesure que la classe ouvrière gagne plus de temps libre, on trouve le besoin de l'en éloigner également. Avoir le temps de développer sa force et ses habiletés devient, à côté du facteur argent, qui dispense d'avoir à trouver d'autres moyens de gagner sa vie, un facteur déterminant pour séparer les amateurs des professionnels. En 1895, la Amateur Athletic Union of Canada définit l'amateur comme « quelqu'un qui n'a jamais pratiqué ou organisé un sport en tant que gagne-pain ».

Ce n'est pas seulement la notion d'exclusion sociale qui se manifeste dans le développement des codes du sport amateur. Le besoin de réglementation pousse les sportifs canadiens de l'époque à mettre un terme aux matches sporadiques qui donnent ouvertement lieu à des paris et qui profitent financièrement à des athlètes étrangers. À cause de cela, les professionnels sont suspects et mal considérés.

Celui qui contribue le mieux à renverser l'opinion à ce sujet est le Torontois Ned Hanlan, champion du monde en aviron (1880-1884). Grâce à des excursions organisées par les promoteurs du chemin de fer, des milliers de personnes parcourent de longues distances pour voir Hanlan disputer des courses contre les meilleurs rameurs au monde. Il est au coeur d'un sentiment national grandissant et contribue à amener le public à accepter, voire à aduler, les athlètes de grand talent. Tirer un avantage financier de son talent ne devient qu'une façon d'attester de son habileté.

Certains athlètes, comme Louis Rubenstein et George Orton, préfèrent leur statut d'amateurs. Rubenstein remporte le Championnat du monde (non officiel) de patinage artistique en 1890 et est un des pivots du développement de ce sport et d'autres, comme le cyclisme. Orton est le premier médaillé canadien des Jeux olympiques modernes, scène de l'idéal athlétique amateur. Aucun Canadien ne représente le Canada aux premiers Jeux olympiques tenus en Grèce en 1896, mais Orton, qui faisait partie de l'équipe américaine, remporte le steeplechase de 1500 mètres aux seconds Jeux olympiques en 1900.

Au début du XXe siècle, le Canada possède les structures régionales et nationales requises pour organiser les sports et réglementer les compétitions athlétiques. La participation sportive se fait encore en grande partie sous la bannière amateur mais la porte est ouverte aux sports professionnels, rendus viables par l'intérêt du public. De plus, les Canadiens sont fiers de se mesurer à des athlètes d'autres parties du monde et ils connaissent du succès. Il n'est donc guère étonnant que les historiens qualifient d'âge d'or du sport au Canada la période allant de la Confédération au début du siècle.

Le sport de 1900 à aujourd'hui

L'urbanisation et l'industrialisation, qui ont semé les germes du sport moderne au XIXe siècle, ont des répercussions encore plus importantes en ce domaine au XXe siècle. Un premier effet est la transformation des sports en des événements populaires aux retombées économiques importantes. Un second effet se traduit par des occasions de plus en plus nombreuses pour les Canadiens de se mesurer aux athlètes du monde entier, en même temps que l'avion contribue à raccourcir les distances. À mesure que croît l'importance de remporter des succès internationaux, l'aide gouvernementale aux athlètes devient une question « d'intérêt national ».

Au début du siècle, le hockey est bien implanté au Canada et il remplace rapidement la crosse comme « sport national ». Vers 1908, le hockey incarne les tendances divergentes du milieu sportif à l'égard du sport amateur et du sport professionnel. Les championnats professionnels ont pour emblème la Coupe Stanley, alors que les championnats amateurs ont les coupes Allen et Memorial. Après la Deuxième Guerre mondiale, grâce aux diffusions radiophoniques de Foster Hewitt et plus tard aux diffusions télévisées des matches, le hockey professionnel exerce un pouvoir quasi magnétique sur la population canadienne. Au même moment, la coupe Allen, symbole du championnat canadien amateur senior, réunit les petites communautés de par le pays. Jusqu'en 1952, le Canada remporte le championnat mondial amateur, situation qui change après 1952 avec l'arrivée de la puissante équipe de hockey soviétique.

La croyance selon laquelle les professionnels canadiens du hockey sont les meilleurs au monde s'effrite lors de différentes compétitions dans les années 70 (voir Tournoi de hockey Canada - URSS [1972]). Néanmoins, le hockey professionnel demeure le sport le plus populaire au Canada et celui qui est le plus associé à l'identité nationale. Les prouesses canadiennes sont cependant en chute libre, mais cela n'empêche nullement les Canadiens de vouer une passion à ce sport. Même les aspects économiques de ce sport, pour le moins déroutants quand on sait que les propriétaires semblent enregistrer plus de profits quand leur équipe joue devant des gradins vides en Caroline que lorsqu'elle joue devant une salle comble à Edmonton et Calgary, ne semblent pas essouffler l'amour des Canadiens pour ce sport.

Par contre, la crosse qui, dans les années 1910, était le sport le plus populaire, attirant le plus grand nombre de spectateurs et obtenant la plus grande couverture de presse, subit un déclin dans les années 1920.

Les journaux de l'époque dénoncent la violence constante qui entache les matches de crosse. Le sport commet une faute en n'instaurant pas un système de ligues mineures, qui aurait formé des joueurs de talent pour l'avenir. Qui plus est, la crosse est un sport d'été et l'arrivée de l'automobile permet aux citadins de fuir la chaleur des villes et de s'adonner à d'autres activités récréatives. Finalement, les médias perdent intérêt pour la crosse et tournent leur attention du côté du baseball et de sa fameuse « grande ligue ».

En dépit de la popularité du baseball comme sport estival, il faut presque 70 ans avant que le pays n'obtienne sa première concession (bien que des équipes de Montréal et de Toronto fassent partie de la "Triple A" International League). Il existe plusieurs variantes du jeu dans tout le pays.

Tout comme le baseball, le softball dans ses versions de balle rapide et de balle lente est populaire. En 1949, les Tip Tops de Toronto remportent le Championnat du monde de softball, et les Dynes de Richmond Hill répètent l'exploit en 1972. Avec la formation des Expos de Montréal en 1969 et des Blue Jays de Toronto en 1977, deux villes canadiennes ont des concessions dans la ligue majeure professionnelle, dont le siège est aux États-Unis. Les Blue Jays entrent dans l'histoire de la ligue en 1993, en remportant la Série mondiale, symbole de la suprématie dans le monde du baseball professionnel. C'est la première équipe non américaine à accomplir cet exploit. Les Blue Jays réitèrent cet exploit en 1994.

Le football est un autre sport qui prendra de l'essor au XXe siècle. D'abord un sport qui se développe abondamment au niveau amateur, il devient un sport professionnel hautement commercialisé. Jusque dans les années 20, un groupe restreint de Canadiens, plutôt instruits et fortunés, jouent au football ou assistent aux matches. On le joue surtout dans les grandes universités de l'Est du pays, et le football profite de leur enracinement pour s'assurer un avenir durable. Dans les années 20, les équipes de l'Ouest engagent des joueurs américains et, en 1936, la Canadian Rugby Union adopte sa première règle concernant la « résidence » pour stopper cette pratique.

À la fin des années 60, en dépit de cette règle, la plupart des joueurs aux postes clés et des entraîneurs sont encore des Américains, et les Canadiens jouent les rôles de second plan. (Depuis la retraite de Russ Jackson, aucun Canadien n'a occupé, sur une base régulière, le poste de quart pour une équipe de la Ligue canadienne de football).

Le football canadien n'en reste pas moins le jeu favori et demeure une grosse entreprise commerciale qui, en saison, attire des foules nombreuses. Une des raisons de cette popularité est la rivalité qui s'est installée entre l'Est et l'Ouest. Celle-ci commence en 1921, lorsqu'une équipe de l'Ouest, les Eskimos d'Edmonton , se rend pour la première fois en finale de la Coupe Grey. En 1935, Winnipeg est la première équipe de l'Ouest à remporter le championnat canadien. En 1948, lors d'un match disputé à Toronto, les joyeuses festivités des partisans de Calgary font germer l'idée d'un festival associé à la coupe Grey. Cet événement est, probablement, ce qui se rapproche le plus d'une célébration nationale du sport au Canada.

Alors que certaines équipes sportives grandissent en popularité et deviennent de plus en plus professionnelles, le sport amateur au Canada continue d'exister et se développe lentement sous l'égide du mouvement olympique d'abord, puis avec l'appui du gouvernement. Depuis 1908, le Canada est toujours représenté aux Jeux olympiques (sauf lors du boycott des Jeux de Moscou en 1980). En 1930, Hamilton (Ontario) est l'hôte des premiers Jeux de l'Empire britannique (devenus les Jeux du Commonwealth), et, en 1951, on assiste aux premiers Jeux panaméricains. Ces trois compétitions multidisciplinaires, ouvertes au plan international, offrent aux athlètes amateurs la possibilité de mettre à l'épreuve leurs programmes d'entraînement et de viser le dépassement personnel.

Dans les années 20, le Canada produit quelques-uns des meilleurs athlètes au monde en boxe, en aviron et en athlétisme. Pourtant, en 1936, la seule médaille d'or aux Jeux olympiques est celle de Frank Amyot en canoë. C'est le début d'une longue période infertile pour le sport amateur canadien. Depuis l'arrivée de la puissante équipe soviétique aux Jeux olympiques de 1952, le monde du sport international est devenu la scène des rivalités politiques et nationales. L'athlète est traité comme le fer de lance national et il subit d'importantes pressions afin de réussir les meilleures performances pour défendre l'honneur de son pays. Ces pressions se font lourdement sentir sur des pays comme le Canada qui ne récolte qu'une médaille d'argent aux Jeux de Rome en 1960.

Le mouvement paralympique international, fondé pour promouvoir l'inclusion dans les sports de compétition, prend de l'ampleur dans les années 1960. Les athlètes canadiens qui en font partie sont d'ardents compétiteurs. Quelque 400 athlètes, souffrant de lésions médullaires et venant de 21 pays différents (dont le Canada), participent aux premiers Jeux paralympiques de Rome en 1960. Le Comité International Paralympique est fondé en 1989, avec à sa tête Robert Steadward, spécialiste canadien des sports pour personnes handicapées. Les athlètes canadiens ont toujours obtenu d'excellents résultats aux Jeux paralympiques, l'équipe canadienne a d'ailleurs remporté plus de 30 médailles aux Jeux olympiques de Turin, en 2006.

Tout comme les autres pays qui en viennent à considérer le sport comme une question « d'intérêt national », le sport canadien requiert l'aide du gouvernement fédéral. En 1961, le gouvernement adopte laLoi sur la condition physique et le sport amateur, qui prévoit un budget de cinq millions de dollars par année pour les activités liées au sport amateur et à la condition physique. Les progrès sont lents et il faut attendre 1969 et le rapport du Comité d'étude sur les sports au Canada pour que le gouvernement accorde plus de subventions au sport amateur.

Dans les années 80, le budget annuel du Programme de la condition physique et du sport amateur dépasse les 50 millions de dollars. Il s'ensuit une plus grande bureaucratisation et les affaires liées aux associations sportives régionales et nationales, gérées auparavant par des bénévoles, sont maintenant la responsabilité d'administrateurs rémunérés. Les succès, au plan international, ne se font pas attendre.

Depuis 1980, les Canadiens ont remporté des championnats mondiaux et décroché des records du monde en ski alpin, en patinage de vitesse, en patinage artistique, en voile, en athlétisme, en sports équestres, en natation, au tir au pigeon d'argile, en boxe, en lutte et au pentathlon moderne. Aux Jeux d'hiver de Sarajevo en 1984, le Canada connaît son meilleur succès de tous les temps avec le patineur de vitesse Gaëtan Boucher, qui remporte trois médailles : deux d'or et une de bronze. Avec la médaille d'argent remportée aux Jeux olympiques de 1980, Gaëtan Boucher devient l'athlète canadien le plus médaillé des Jeux olympiques. Marc Gagnon en 2002 et Cindy Klassen en 2006 qui remporteront chacun cinq médailles d'or battront le record de Gaëtan Boucher.

Les victoires de Gaëtan Boucher sont le signe avant-coureur des exploits qui seront réalisés par les Canadiens aux sports d'hiver. Bien qu'aucun Canadien n'ait remporté de médaille d'or aux Jeux olympiques de Calgary en 1988, les ressources financières et les installations léguées par ces Jeux continuent toujours de produire des résultats positifs pour les athlètes canadiens. Une dotation de 65 millions de dollars fut remise au Comité olympique canadien qui s'en servit pour ne plus avoir à dépendre du soutien financier du gouvernement et pour lancer plusieurs programmes d'appui aux athlètes. C'est l'Association de développement olympique de Calgary qui gère le solde du legs financier et celui des installations. La valeur actuelle de la dotation dépasse les 150 millions de dollars. Quant aux performances sportives, les victoires canadiennes aux Jeux de Nagano de 1998 ont clairement montré que le legs de 1988 avait produit des fruits. Les athlètes canadiens remportèrent 15 médailles, dont 6 médailles d'or, devançant pour la première fois le nombre de médailles remportées par les États-Unis. Au cours des années 1990, l'exploit de Gaëtan Boucher (2 médailles d'or) fut réédité par Myriam Bédard, qui remporte 2 médailles d'or aux Jeux de Lillehammer en 1994, dans l'épreuve du biathlon.

C'est tout un contraste avec les Jeux de Montréal (1976), où les Canadiens remportent 11 médailles mais aucune d'or. Aux Jeux de Los Angeles (1984), les Canadiens décrochent 44 médailles, dont 10 médailles d'or. Lors de ces Jeux, Alex Baumann remporte deux médailles d'or et enregistre des records olympiques en natation, Linda Thom est la première femme de l'histoire à remporter l'or au pigeon d'argile, Anne Ottenbrite est la première nageuse canadienne à gagner l'or et Sylvie Bernier est la première plongeuse canadienne à décrocher l'or. Même si le boycottage des jeux par les Soviétiques fausse un peu le compte des médailles, il n'en demeure pas moins que le Canada se classe quatrième parmi les 140 pays participants.

Quant aux Jeux olympiques de Séoul (1988), nombreux sont ceux qui s'en souviennent surtout en raison de la disqualification du sprinter Ben Johnson pour dopage, mais les athlètes olympiques canadiens réalisèrent des performances qui emplirent de fierté tous les Canadiens. Carolyn Waldo remporta deux médailles d'or en nage synchronisée, dont une remportée en duo avec sa coéquipière Michelle Cameron et Lennox LEWIS remporta le titre de champion olympique de boxe dans la catégorie des poids lourds. En 1992, les Canadiens remportèrent l'or en athlétisme (Mark McKoy), en natation (Mark Tewksbury), en nage synchronisée (Sylvie Fréchette), mais c'est en aviron que les exploits des athlètes canadiens furent remarquables : les équipes masculines et féminines remportèrent l'or dans l'épreuve à 8 rameurs, l'équipe de 4 rameuses décrocha aussi l'or et l'équipe de 2 rameuses composée de Kathleen Heddle et Marnie McBean décrocha l'or également. Kathleen Heddle et Marnie McBean entrèrent dans l'histoire en remportant cette épreuve aux Jeux olympiques de 1996. À Atlanta, Donovan Bailey remporte l'épreuve du 100 m et devient l'homme le plus rapide du monde en enregistrant un nouveau record mondial, détrônant Percy Williams qui avait remporté l'or dans cette épreuve en 1928. Donovan Bailey remporte également l'or avec ses coéquipiers du relais 4 x 100 m, épreuve habituellement remportée par les athlètes américains.

Les athlètes canadiens semblent atteindre leur rythme de croisière aux Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002. Le Canada se place au quatrième rang du décompte des médailles avec 17 médailles en tout (six d'or, trois d'argent et huit de bronze), le nombre le plus élevé de médailles jamais obtenues par le Canada jusque-là. En patinage artistique, Jamie Salé et David Pelletier obtiennent l'or ex aequo avec les Russes, Bereznava et Sikharulidze, après qu'un scandale faisant intervenir des juges eut éclaté. Les huit médailles remportées par les patineurs de vitesse totalisent la moitié des médailles obtenues par les Canadiens. Clara Hughes devient la première Canadienne à remporter une médaille aux Jeux olympiques d'hiver et d'été (elle avait remporté deux médailles de bronze en cyclisme en 1996). Le couronnement du Canada fut symbolisé par l'or remporté à la fois par l'équipe masculine et l'équipe féminine, aidées par le préparateur de la glace Trent Evans qui avait placé un huard porte-bonheur au centre de l'aréna.

La chance sourit aux athlètes canadiens à Turin aussi, en 2006. Dans le décompte de médailles, le Canada se plaça au troisième rang, le meilleur résultat jamais obtenu. Le Canada remporte 24 médailles : 7 d'or, 10 d'argent et 7 de bronze. Les femmes l'emportèrent sur les hommes en termes de nombre de médailles décrochées. Jennifer Heil (bosses), Chandra Crawford (sprint en ski de fond), Cindy Klassen et Clara Hughes (patinage de vitesse) remportèrent toutes l'or. Cindy Klassen remporta en tout cinq médailles. Duff Gibson (skeleton) décrocha l'or et Bradley Gushue mena son équipe à la victoire au curling. Au hockey, l'équipe menée par Cassie Campbell obtint l'or.

C'est peut-être parce que le Canada est un pays d'hiver que les athlètes canadiens n'obtiennent pas autant de médailles aux Jeux olympiques d'été. L'équipe olympique canadienne revint de Sydney en 2000 avec 14 médailles. En 2004, aux Jeux d'Athènes, la performance des athlètes fut égale à celle des années précédentes, ce qui incita les athlètes, les entraîneurs et une partie du public à déclarer que le financement public et privé du sport amateur n'était pas adéquat comparativement à celui d'autres pays. En 2000, le peu de médailles récoltées par les Canadiens fut à l'origine de modifications controversées des politiques du Comité olympique canadien et en conséquence, moins d'athlètes participèrent aux Jeux suivants. Le Comité défendit sa position en expliquant que les ressources financières disponibles devaient être attribuées aux athlètes ayant le plus de chance de remporter une médaille. C'est pourquoi 200 athlètes seulement participèrent aux Jeux d'Athènes, la plus petite délégation depuis le boycottage des Jeux en 1980. Le Canada remporta 12 médailles en 2004.

Le Canada obtint de meilleurs résultats aux Jeux de Beijing en 2008, avec 18 médailles. L'équipe de sports équestres créa la surprise. Ian Millar, l'athlète olympique ayant participé au plus grand nombre de Jeux, et son équipe composée d'Eric Lamaze, Mac Cone et Jill Henselwood, remportent l'argent, la première médaille canadienne jamais remportée en sports équestres depuis 1976. Quelques jours plus tard, Eric Lamaze remporte la première médaille d'or du Canada en saut d'obstacles individuel et la deuxième médaille dans l'histoire des Jeux olympiques du Canada.

La crise de l'inaction

Alors que le sport d'élite recueille des médailles et fait l'objet de l'attention internationale, le sport comme passe-temps est en déclin. Sous l'impulsion de l'organisme subventionné par le gouvernement, ParticipACTION, créé en 1971, de plus en plus de Canadiens se sont préoccupés de leur condition physique et ont pris plaisir à faire du sport au cours des années 1970 et 1980. Le programme ParticipACTION fit œuvre de pionnier en marketing social et sa réussite à encourager l'activité physique fut reconnue à l'échelle internationale. À la fin des années 1990, le financement de base de ce programme diminua et le programme fut aboli en 2001. Il fut relancé en 2007.

Au cours des années 1990, la participation des Canadiens à des activités sportives fut en chute libre et le taux de prévalence de l'obésité augmenta tellement que des médecins déclarèrent que le Canada était aux prises avec une crise de l'inaction. Les statistiques portant sur l'obésité des jeunes sont les plus alarmantes. La participation à des activités sportives chez les jeunes âgés de 15 à 18 est passée de 77 % à 59 % entre 1992 et 2005 selon Statistique Canada. Seuls 13 % de Canadiens âgés entre 5 et 19 ans se conforment aux recommandations énoncées dans le Guide d'activité physique canadien pour les jeunes. Les raisons de ce déclin sont nombreuses : trop de temps passé devant l'écran de télévision ou d'ordinateur, la diminution du nombre d'heures d'éducation physique offertes dans les écoles, moins d'occasions pour les enfants de marcher jusqu'à l'école ou jusqu'au lieu de leurs activités parascolaires et généralement moins de temps de loisir pour les adultes de plus en plus accaparés par des carrières exigeantes.

(Voir aussi les articles qui traitent des sports individuels.)