Formation et début de carrière

Helen Sawyer, qui naît à Lowell, au Massachusetts, est la fille d’Everett Sawyer, un banquier, et de Carrie Sprague Sawyer. Elle fréquente l’école publique élémentaire et secondaire dans sa ville natale avant de s’inscrire au Collège Mount Holyoke, où elle obtient un baccalauréat en 1926, puis au Collège Radcliffe où elle décroche une maîtrise et un doctorat en astronomie, respectivement en 1928 et en 1931. À cette époque‑là, Radcliffe est jumelé à l’Université Harvard, ce qui lui permet d’étudier sous la responsabilité du célèbre astronome Harlow Shapley à l’observatoire du Collège Harvard. Ses recherches doctorales portent sur les étoiles variables, c’est‑à‑dire celles dont la luminosité est fluctuante, ainsi que sur les amas globulaires, des formations stellaires sphériques formant les parties les plus anciennes de notre galaxie. Au cours de ses études, elle rencontre Frank Scott Hogg, un étudiant canadien au cycle supérieur à Harvard, qu’elle épouse en 1930.

LE SAVIEZ‑VOUS?
Au début de sa carrière universitaire, Helen Sawyer Hogg voulait devenir chimiste. Elle se découvre une vocation d’astronome lorsque son professeur d’astronomie au Collège Mount Holyoke emmène ses étudiants en excursion pour assister à une éclipse solaire totale le 24 janvier 1925. Plus tard, elle se souviendra de cet épisode en ces termes : « Il semblerait que ce jour‑là, devant la splendeur de ce spectacle, en dépit du froid terrible qui me glaçait les pieds, debout dans la neige quasiment jusqu’aux genoux, je sois tombée en amour avec l’astronomie, et ce, pour le restant de mes jours. »

En 1931, le couple déménage à Victoria, en Colombie‑Britannique, où Frank Scott Hogg a été embauché pour travailler à l’Observatoire fédéral d’astrophysique (voir Observatoire). Leur fille, Sally MacDonald, a raconté que pendant la Grande Dépression, il était interdit aux organismes publics d’embaucher un mari et sa femme; toutefois, en dépit de cette interdiction, Helen Sawyer Hogg se voit autorisée à utiliser le grand télescope de l’établissement pour effectuer des recherches astronomiques, non rémunérées, sur les amas stellaires. Outre cette restriction sur l’embauche des épouses, peu de femmes peuvent alors pénétrer dans l’Observatoire. En effet, à l’époque, on trouve déplacé qu’une femme puisse travailler seule avec des hommes pendant la nuit. Alors que le fait que son mari travaille à l’Observatoire devrait lui interdire d’y travailler elle‑même, c’est paradoxalement pour cette raison que Helen Sawyer Hogg reçoit l’autorisation d’utiliser les installations pour ses propres recherches.

En 1935, Frank Scott Hogg est embauché par le Département d’astronomie de l’Université de Toronto et, à nouveau, Helen Sawyer Hogg se voit offrir la possibilité d’effectuer des recherches à titre bénévole. Les deux scientifiques vont conduire la majorité de leurs activités de recherche à l’Observatoire David Dunlap, à Richmond Hill, juste au nord de Toronto, Frank Scott Hogg occupant les fonctions de directeur de cet établissement de 1946 jusqu’à son décès en 1951. Helen Sawyer Hogg épousera, en 1985, F.E.L. Priestley, un professeur d’anglais à la retraite, auquel elle restera mariée jusqu’au décès de ce dernier en 1988.

Carrière : les points saillants

En 1936, Helen Sawyer Hogg intègre officiellement le Département d’astronomie de l’Université de Toronto en tant qu’assistante de recherche. En 1941, elle devient chargée de cours, le départ pour la guerre de nombreux membres du corps enseignant lors de la Deuxième Guerre mondiale ouvrant de nouveaux postes pour les femmes. Elle est nommée professeure titulaire en 1957 et professeure émérite au moment de son départ à la retraite en 1976.

Dans sa quête insatiable, s’étendant sur plusieurs décennies, visant à mieux connaître le monde interstellaire, Helen Sawyer Hogg utilise le télescope géant de l’Observatoire David Dunlap pour prendre des milliers de photographies de la Voie lactée, la galaxie qui contient notre système solaire et la Terre. Ses recherches et ses analyses méthodiques et approfondies débouchent sur plus de 200 rapports et articles scientifiques, notamment, en 1939, A Catalogue of 1116 Variable Stars in Globular Star Clusters. Compte tenu de l’importance de ce travail pour tous les astronomes, des éditions mises à jour en seront publiées en 1955 et en 1973.

Au‑delà de ses activités d’enseignante et de chercheuse, Helen Sawyer Hogg joue également un rôle fondamental pour populariser son domaine de prédilection auprès d’un large public dépassant les cercles universitaires, en donnant des conférences diffusées à la radio, en animant une série télévisée documentaire de huit épisodes et en rédigeant une rubrique hebdomadaire, With the Stars, pour le Toronto Star de 1951 à 1981. En 1976, elle publie son ouvrage le plus célèbre : The Stars Belong to Everyone: How to Enjoy Astronomy.

Sa notoriété d’astronome conduit Helen Sawyer Hogg à occuper différents postes de direction dans plusieurs établissements scientifiques et organisations astronomiques. De 1955 à 1956, elle dirige le programme d’astronomie de la US National Science Foundation, puis, de 1957 à 1959, elle préside la Société royale d’astronomie du Canada. En 1946, elle est nommée membre de la Société royale du Canada dont elle préside la section des sciences physiques de 1960 à 1961. En 1964, elle est la première femme à occuper la présidence du Royal Canadian Institute, la plus ancienne société scientifique au Canada. En 1971, elle fonde la Société canadienne d’astronomie dont elle sera la première présidente. Son succès ne s’arrête toutefois pas à la sphère scientifique et à l’univers des médias. En effet, elle va également se distinguer dans le monde des affaires, devenant l’une des deux premières femmes nommées au conseil d’administration de la Compagnie de téléphone Bell du Canada, un poste qu’elle occupera de 1968 à 1978.

Importance

En tant que chercheuse de tout premier plan à la réputation internationale acquise dans le domaine des amas globulaires stellaires, Helen Sawyer Hogg a permis à l’astronomie d’accomplir des progrès remarquables dans la compréhension de la localisation et de l’âge des étoiles ainsi que des origines et de l’évolution de notre galaxie, la Voie lactée. Elle a également grandement contribué à la sensibilisation du public à l’astronomie au Canada et inspiré de nombreuses femmes, les incitant à se lancer dans une carrière scientifique. Plusieurs de ses collaboratrices ayant travaillé sous sa direction ont poursuivi ses travaux sur les étoiles variables au sein des amas stellaires globulaires. Christine Clément, professeure émérite d’astronomie à l’Université de Toronto, a rendu hommage à son ancienne mentore qui avait su gagner le respect dans son domaine « à une époque où l’on se moquait souvent des femmes engagées dans des études scientifiques. » Ayant élevé trois enfants, tout en poursuivant sa carrière scientifique, y compris après le décès de son époux à l’âge de 46 ans, Helen Sawyer Hogg est également une source d’inspiration pour les femmes astronomes cherchant à trouver un équilibre entre leurs activités professionnelles et leurs obligations familiales.

Découvert en 1980, l’astéroïde numéro 2917 a été nommé officiellement « Sawyer-Hogg » en son honneur en 1984. Le Musée national des sciences et de la technologie, devenu le Musée des sciences et de la technologie du Canada, a nommé son observatoire en son honneur en 1989, et le Southern Observatory de l’Université de Toronto, situé au Chili, a donné son nom, en 1992, à son télescope qui a continué de s’appeler « télescope Helen Sawyer Hogg » après son déménagement en Argentine en 1997.

Distinctions et récompenses

Helen Sawyer Hogg a reçu de nombreux prix et de nombreuses distinctions. En 1950, elle remporte le prix Annie‑J.‑Cannon, attribué par l’American Astronomical Society, et devient, en 1967, la deuxième femme à obtenir la médaille d’argent Rittenhouse. Elle reçoit la médaille pour services éminents de l’Ordre du Canada en 1968, puis, en 1983, le prix Klumpke‑Roberts de l’Astronomical Society of the Pacific et enfin, en 1985, la médaille Sandford‑Fleming du Royal Canadian Institute. Elle est promue au grade de compagnon de l’Ordre du Canada en 1976. En 2004, elle est intronisée à titre posthume au Panthéon canadien des sciences et du génie.