Histoire

Leonard Cohen prend quatre à cinq ans pour terminer « Hallelujah », qui, selon différentes sources, contient initialement entre 40 et 80 couplets. À un certain moment, assis en sous-vêtements dans une chambre d’hôtel de New York, il se cogne à répétition la tête contre le plancher, frustré par son incapacité à terminer la chanson.

Leonard Cohen explique que la chanson est inspirée par « un désir d’affirmer ma foi dans la vie, pas de manière religieuse, mais avec enthousiasme et émotion ». Il ajoute qu’« Hallelujah [alléluia] est un mot hébreu qui signifie "Gloire au Seigneur". La chanson explique qu’il existe de nombreuses sortes d’alléluias. Selon moi, tous les alléluias, qu’ils soient parfaits ou brisés, ont une valeur égale ».

Version originale

« Hallelujah » est la première chanson sur le deuxième côté du septième album studio de Leonard Cohen,Various Positions (1984). L’album commence par la pièce « Dance Me to the End of Love » et se termine par « If It Be Your Will », deux chansons qui, comme « Hallelujah », sont initialement ignorées mais finissent par devenir des œuvres essentielles de son répertoire. Paru cinq ans après son album précédent Recent Songs (1979),Various Positions révèle un Leonard Cohen à la voix plus grave et râpeuse, chantant dans un registre de baryton, qui deviendra sa marque de commerce. Comme l’affirmera Leonard Cohen dans une entrevue en 2009, Columbia Records décide de ne pas faire paraître l’album aux États-Unis, ne le jugeant pas assez bon. Les détaillants américains doivent donc importer de CBS Canada. Malgré d’assez bonnes ventes en Europe, l’album reçoit des critiques mitigées et se vend relativement peu en Amérique du Nord. « Hallelujah » est ainsi pratiquement ignorée du public.

Interprétations

En 1991, John Cale reprend « Hallelujah » pour un album hommage à Leonard Cohen, intitulé I'm Your Fan. La reprise de John Cale inspire le chanteur et compositeur britannique Jeff Buckley à enregistrer sa propre version douce d’« Hallelujah, » qui paraît sur son premier et unique album, Grace (1994). Après la mort de Jeff Buckley en 1997, sa reprise d’« Hallelujah » devient très populaire et figure aujourd’hui dans de nombreuses listes des plus grandes chansons. En 2004, le magazine Rolling Stone la classe au 259e rang de sa liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps.

En 2001, Rufus Wainwright enregistre une version d’« Hallelujah » qui paraît sur la bande originale du film Shrek. Bien que la version de John Cale soit celle que l’on entend dans le film, DreamWorks Pictures choisit la version de Rufus Wainwright pour la bande originale puisque ce dernier est alors sous contrat avec safiliale, DreamWorks Records. La bande originale de Shrek est certifiée double platine aux États-Unis en 2003.

La chanteuse canadienne k.d. lang livre une puissante interprétation d’« Hallelujah » sur son album Hymns of the 49th Parallel, lancé en 2004. Par la suite, elle hypnotise le public avec sa reprise lors du Gala des prix Juno en 2005 à Winnipeg, lors de l’intronisation de Leonard Cohen au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, ainsi que lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver. On raconte qu’après avoir entendu la performance de k.d. lang lors de la soirée du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, Leonard Cohen déclare ceci : « Je pense que nous pouvons désormais laisser reposer cette chanson. L’interprétation qu’elle en a faite est d’une éblouissante perfection ».

Malgré le souhait de Leonard Cohen, la chanson ne cesse d’être reprise. Après que Jordan Castro, participant à American Idol, la joue à l’émission en 2008, la version de Jeff Buckley d’« Hallelujah » trône au sommet du palmarès Hot Digital Songs de Billboard et est certifiée platine aux États-Unis. La même année, la gagnante de The X Factor, Alexandra Burke, fait paraître une version abrégée d’« Hallelujah » qui atteint la première place du palmarès des simples au Royaume-Uni. Malgré le fait qu’elle soit parue deux semaines avant la fin de l’année, la reprise d’Alexandra Burke devient le simple le mieux vendu au Royaume-Uni en 2008, et y est finalement certifiée double platine.

En 2017, une reprise de la chanson par le groupe a cappella Pentatonix atteint le 23e rang du palmarès Hot 100 deBillboard. Parmi les autres artistes ayant interprété « Hallelujah », on retrouve également Bob Dylan, Bono, Willie Nelson, Justin Timberlake, Neil Diamond, Bon Jovi, Céline Dion et l’ancien chanteur des Barenaked Ladies, Steven Page, qui la chante aux funérailles de l’ancien chef du NPD, Jack Layton, en 2011. Après la mort de Leonard Cohen et la défaite de Hillary Clinton lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, l’actrice Kate McKinnon, jouant le rôle de Hillary Clinton lors d’un épisode de Saturday Night Live, amorce l’émission avec une interprétation d’« Hallelujah » en hommage à Cohen et à Clinton.

Popularité et surutilisation

En plus de son 259e rang sur la liste de 2004 du magazine Rolling Stone des 500 plus grandes chansons de tous les temps, « Hallelujah » est classée treizième du palmarès des 100 plus grandes chansons de tous les temps du Telegraph et 89e de celui du magazine NME, qui en répertorie 500. De plus, « Hallelujah » est classée au onzième rang dela liste des 100 meilleures chansons canadiennes de tous les temps, compilée par CBC Music.

En 2009, à la sortie du film Watchmen, dans lequel on entend « Hallelujah », un critique écrit :« Peut-on avoir un moratoire sur "Hallelujah" dans les films et les émissions de télévision? » En réponse, Leonard Cohen déclare : « Je suis plutôt d’accord […] je pense que c’est une bonne chanson, mais que trop de gens la chantent. Je pense qu’on devrait cesser de la chanter pendant un moment. » En 2011, le site Web Salon publie un article de David Daley intitulé « The criminal overuse of "Hallelujah" » (La surutilisation criminelle d’« Hallelujah »). Selon celui-ci, cette « chanson magnifique et mystérieuse, transformée en numéro de karaoké kitsch, a été entendue si souvent qu’elle en a perdu sa capacité à émouvoir. »

Héritage et importance

Dans son livre intitulé The Holy Or the Broken: Leonard Cohen, Jeff Buckley, and the Unlikely Ascent of 'Hallelujah' (2012), le journaliste Alan Light parle de la portée culturelle de la chanson et note que « contre toute attente, elle est incontestablement devenue un classique moderne, peut-être la seule chanson ayant réellement mérité cette désignation au cours des dernières décennies […] pour le meilleur ou pour le pire, elle est désormais universelle. »

En 2016, avant la mort de Leonard Cohen, Bob Dylan déclare au magazine New Yorker : « “Hallelujah” revêt une grande importance pour moi... C’est une mélodie magnifiquement construite qui s’élève et évolue avant de retomber discrètement, le tout très rapidement. Le refrain de la chanson, d’une grande puissance, est unificateur. “L’accord secret”, ainsi que l’impression que Leonard Cohen nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes, m’interpellent beaucoup. »

Après la mort de Leonard Cohen, la version originale de la chanson apparaît au palmarès Hot 100 de Billboard pour la première fois, atteignant la 59e place, alors que la version de Rufus Wainwright atteint le onzième rang au palmarès des ventes numériques de chansons rock de Billboard. Dans la publication musicale Pitchfork, Alan Light déclare que « [“Hallelujah”] est une œuvre magnifique et encore inachevée. Sa longue trajectoire, à la forme changeante au cours des décennies, demeure unique dans la musique pop. » k.d. lang, lors d’une entrevue avec l’animateur de radio de CBC Tom Power, dit qu’« Hallelujah nous dépasse tous, y compris Leonard. Celui-ci avait cette façon merveilleuse de traduire la sagesse des dieux et de la rendre compréhensible pour nous, simples mortels. Je pense qu’“Hallelujah” en est un bel exemple. »