Haisla (Kitamaat)

La bande actuelle des Haislas est constituée de deux groupes : les Kitamaats des chenaux d'amont Douglas et Devastation, et les Kitlopes du chenal Princess Royal et du canal Gardner, en Colombie-Britannique. Entre eux, ils s'appellent respectivement Haislas (« habitants en aval de la rivière ») et Henaaksialas (« qui meurent lentement »), en référence à leur longévité traditionnelle. Ils ont adopté les noms officiels Kitamaat (« peuple de la neige ») et Kitlope (« peuple des rochers ») utilisés par leurs voisins TSIMSHIANS.

Le haisla est la langue la plus septentrionale de la famille linguistique wakashane, et l'une des six langues des FAMILLES DES LANGUES INDIGÈNES DE LA CÔTE DU NORD-OUEST; elle s'apparente à la langue des KWAK'WALA et des HEILTSUK. Contrairement au système social des autres bandes de langue wakashane, celui des Kitamaats et des Kitlopes est un régime de CLAN matrilinéaire, qui prévaut également chez les Tsimshians avec qui les Haislas entretenaient d'étroites relations économiques et sociales. À l'origine, il existe huit clans (Aigle, Castor, Corbeau, Corneille, Épaulard, Saumon, Loup et Grenouille), composés chacun de familles ou de lignées, vivant dans une ou plusieurs HABITATION pouvant loger jusqu'à 30 individus. Les membres de la haute hiérarchie de chaque maison ou lignée forment un conseil de nobles auprès du chef de clan, qui agit lui-même comme conseiller auprès du chef de bande. Chaque clan gère ses propres terrains à l'intérieur du territoire de la tribu et occupe un village d'hiver indépendant.

Il n'existe pas de statistiques officielles, mais la tradition autochtone affirme que chaque groupe compte environ 1000 habitants avant l'arrivée des Européens. Les épidémies et les maladies endémiques transmises par ces derniers déciment leur population et, après l'épidémie d'influenza de 1918, ils sont moins de 300 survivants. Le déclin s'arrête vers 1930 et, dès 1986, la population des différents groupes totalise 1100 habitants. En 1996, la population des Kitamaats est de 1364 (on ignore celle des Kitlopes). Le compte de la population est également difficile parce que certains descendants des Haislas ont perdu leur statut d'Indien (voir INDIENS, LOI SUR LES).

Le déclin de la population entraîne l'extinction des clans du Loup et de la Grenouille. Les survivants des autres clans se lient et occupent un village d'hiver en commun et coopèrent économiquement et socialement, notamment pour amasser des biens en vue du POTLATCH. Tout le groupe en vient finalement à habiter le même village, bien que les distinctions et liaisons entre clans demeurent. Aux yeux des missionnaires et des agents du gouvernement, certains aspects flamboyants et spectaculaires de leur culture traditionnelle sont des obstacles à la « civilisation » et doivent être éliminés. Ils exercent donc des pressions pour que les Haislas mettent fin à leurs fêtes, danses et potlatchs. Les maisons communes sont démolies et on interdit aux enfants de parler la langue maternelle. En 1884, les potlatchs sont interdits par le gouvernement fédéral et ne sont rétablis qu'en 1951. En même temps, le déclin de la population disperse les clans et les lignées et interrompt la transmission des successions et des titres selon l'ordre social traditionnel.

De par l'éloignement de leurs villages, situés au creux des chenaux nordiques, les Kitamaats et les Kitlopes sont condamnés à l'isolement jusqu'à ce qu'on établisse une mission et un PENSIONNAT à Kitamat dans les années 1890. Après plusieurs décennies de tensions et de bouleversements, il émerge une culture qui amalgame des éléments du patrimoine traditionnel et de la culture euro-canadienne.

L'institut à but non lucratif Na Na Kila est fondé afin de soutenir la conservation, l'intendance et le développement des terres ancestrales et de la culture de la nation haisla. En 2006, l'institut Na Na Kila facilite le rapatriement d'un totem haisla, le premier à être rapatrié d'outre-mer. Le mât totémique est envoyé au Musée d'anthropologie de l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver par le Musée d'ethnographie de Stockholm. En 1876, le chef G'psgolox érige le mât totémique pour commémorer les Kitlopes, décimés par l'épidémie de variole. En 1929, le mât mortuaire traditionnel du chef G'psgolox est enlevé d'un village haisla à Mis'kusa et disparaît pendant plus de 60 ans; cependant, sa mémoire est conservée par les traditions orales haislas. En 1991, le mât est découvert en Suède et, après plusieurs années de négociation, et 77 années passées dans un musée étranger, le mât retourne à Kitamaat, en Colombie-Britannique, le 1er juillet 2006, et un second mât est érigé à Misk'usa à l'endroit où le mât d'origine était situé. Conformément à l'accord de rapatriement, les Haislas sculptent une réplique du mât pour le musée suédois.

La perte du totem, sa découverte et son rapatriement font l'objet du film de Gil CARDINALTotem: the return of the G'psgolox Pole de l'Office national du film.

Voir aussi AUTOCHTONES : LA CÔTE DU NORD-OUEST et articles généraux sous la rubrique AUTOCHTONES.