Les Haïdas sont un peuple autochtone ayant traditionnellement occupé les criques et les anses côtières de l’archipel Haida Gwaii en Colombie-Britannique. Environ 2 500 Haïdas vivent sur le territoire de l’archipel Haida Gwaii, tandis qu’environ 2 000 autres vivent ailleurs en Colombie-Britannique et dans le monde. La langue des Haïdas, le skittagetan, constitue un isolat doté de deux dialectes : le masset parlé dans le nord de l’île et dans certaines régions du sud-est de l’Alaska, et le skidegate parlé dans le sud. (Voir aussi Autochtones : la côte du Nord-Ouest.)

Territoire traditionnel haïda.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Le village haïda : la vie traditionnelle

Traditionnellement, chaque village constitue une unité politique indépendante et, dans une grande mesure, chaque famille d’un village est également une entité indépendante. Toutefois, tous les Haïdas appartiennent à deux groupes sociaux, parfois appelés « moitiés » ou « clans », soit celui de l’Aigle, soit celui du Corbeau. Les Haïdas épousent toujours un membre du groupe opposé. L’appartenance au clan est matrilinéaire et chaque groupe est composé de plus de vingt lignages. Les individus affirment publiquement leur appartenance au clan en arborant les emblèmes familiaux dont ils ont hérité, qui peuvent être sculptés sur des totemsdressés devant leur maison ou être sculptés ou peints sur des canots, des boîtes de cèdre, des masques et toutes sortes d’objets utilitaires et décoratifs. Bien qu’il s’agisse là de pratiques culturelles et artistiques distinctes, elles présentent un certain nombre de similitudes avec les pratiques des Tsimshians et des Tlingits voisins.

Des rituels festifs de grande ampleur, appelés potlatchs, constituent un élément central de la vie des Haïdas. Ces cérémonies représentent le moyen de renforcer l’organisation sociale et économique ainsi que l’interdépendance des moitiés, des lignages et des villages. Le nom des lignages provient en général de l’endroit dont le groupe est originaire. Les lignages sont constitués en groupes détenteurs d’un certain nombre de biens et de droits. Ces actifs détenus par le lignage peuvent comprendre des droits sur certains ruisseaux à saumon, des sites de trappage, des parcelles de terrain où sont cultivés des végétaux comestibles et du tabac, des peuplements de cèdre, des roqueries d’oiseaux, des bandes côtières et des sites d’habitation dans le village d’hiver. C’est le chef du lignage qui assure la gestion des biens du groupe.

Les contacts avec les Européens

On estime en général que le premier contact attesté avec les Européens a lieu en 1774 avec l’explorateur espagnol Juan Pérez; toutefois, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que des explorateurs russes auraient pu être en contact avec les Haïdas, et ce, dès 1741. En 1787, le capitaine britannique George Dixon commence à faire le commerce des peaux de loutre de mer avec les Haïdas, ces derniers restant au centre de la très lucrative traite des fourrures de loutre de mer à destination du marché chinois jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pratiquement jusqu’à la fin du XIXe siècle, très peu de colons européens se sont installés dans l’archipel Haida Gwaii. Le Conseil de la Nation Haïda estime que la population de l’archipel Haida Gwaii avant les premiers contacts avec les Européens s’élève à plusieurs dizaines de milliers de personnes; une estimation corroborée par les premiers négociants de fourrure qui mentionnent des estimations similaires quoiqu’imprécises par nature. Bien que les Haïdas se soient engagés dans des conflits avec d’autres nations autochtones, utilisant à cet effet de grands canots aptes à la navigation maritime avec lesquels ils mènent des expéditions aussi loin au sud que l’État de Washington, les confrontations violentes avec les Européens sont relativement peu nombreuses. Néanmoins, en 1915, leur population a décliné se voyant réduite à 588 personnes, et ce, essentiellement du fait de la variole et d’autres maladies.

La vie contemporaine

La relation qu’ils entretiennent avec l’archipel Haida Gwaii, qui signifie « les îles du peuple », joue un rôle fondamental dans la vie traditionnelle et contemporaine des Haïdas. Les deux principaux centres de population sont Old Masset dans la partie nord de l’île Graham et Skidegate dans le sud-est.

Aujourd’hui, de nombreux Haïdas sont célèbres pour leur production artistique (voir Art autochtone de la côte nord-ouest), tandis que beaucoup d’autres ont des activités prospères dans la pêche ou dans la foresterie. Conjointement avec Parcs Canada, les Haïdas gèrent la réserve de parc national Gwaii Haanas/Moresby-Sud sur l’archipel Haida Gwaii. Un programme intitulé « gardiens de Haida Gwaii » vise à protéger les sites historiques archéologiques sur toutes les îles, tout en offrant des centres d’interprétation. Les Haïdas travaillent également dans le cadre de programmes d’écotourisme et une entreprise commerciale de pêche intègre une licence pour la production d’œufs de hareng sur algue, que l’on appelle traditionnellement k’aaw, détenue par la bande du Conseil de Old Massett Village. La bande de Skidegate détient également plusieurs licences de pêche de ce type.

La pêche des k’aaw a fait l’objet d’un certain nombre de controverses lorsque des entreprises de pêche commerciale, soutenues par le ministère des Pêches et des Océans de Colombie-Britannique, ont cherché à obtenir des licences pour pêcher les œufs de hareng directement plutôt que de regrouper des reproducteurs. Les Haïdas, ainsi que les Nuu-chah-nulth et les Heiltsuks, se sont opposés à ces actions début 2014. Les Nuu-chah-nulth ont obtenu une décision de la Cour fédérale contre la pêche commerciale sur leur territoire, tandis que les Haïdas ont négocié un moratoire d’un an.

Le skittagetan

En 2014, les deux dialectes du skittagetan, le xaad kil (Masset) et le xaaydaa kil (Skidegate), sont pratiquement éteints. On ne compte, pour ces deux dialectes, que neuf locuteurs les parlant couramment, tandis que treize personnes supplémentaires comprennent ou parlent plus ou moins la langue. La bande du Conseil de Old Massett Village et le Conseil de la bande de Skidegate soutiennent des programmes linguistiques intégrant plus de cinquante personnes apprenant ces deux langues.

La Nation Haïda et l’autonomie gouvernementale

Des preuves archéologiques confirment que les îles ont été habitées de façon continue depuis au moins 6 000 à 8 000 ans (voir l’article Préhistoire); toutefois, la relation des Haïdas avec ces îles va bien au-delà de l’archéologie.

La Nation Haïda a déposé une revendication de titre ancestral sur l’ensemble de l’archipel Haida Gwaii, sans être, toutefois, en mesure d’atteindre une entente avec le gouvernement de Colombie-Britannique sous la forme d’un traitéformel, ce qui l’a amené à se retirer des négociations. Les Haïdas ont cependant poursuivi des négociations avec le gouvernement provincial sur une base intergouvernementale et ont obtenu un certain nombre de succès importants, notamment en ce qui concerne la protection de zones ayant une importance culturelle non négligeable, la réduction de l’exploitation forestière à la moitié de la surface de l’archipel, l’accès aux ressources et aux revenus induits, l’augmentation des protections environnementales et une participation permanente dans le cadre d’un modèle de gouvernement partagé, plutôt qu’une autonomie gouvernementale directe.

La constitution de la Nation Haïda de 2010 déclare :

« La Nation Haïda est l’héritière légitime de l’archipel Haida Gwaii. Notre culture est faite de respect et d’une relation intime avec la terre, l’océan et l’air qui nous entoure. À l’image des forêts, les racines de notre peuple sont si solidement imbriquées que les plus grandes difficultés ne peuvent avoir raison de nous. Nous devons notre existence à l’archipel Haida Gwaii. La génération actuelle accepte la responsabilité de garantir que notre héritage sera transmis aux générations suivantes. Sur ces îles, nos ancêtres ont vécu et sont morts, et c’est là, également, que nous entendons résider jusqu’à ce que nous soyons appelés à les rejoindre dans l’immense au-delà. »

Le Conseil de la Nation Haïda représente tous les Haïdas tout en reconnaissant les pouvoirs distincts des Haidas-Kaiganis vivant au nord de l’entrée Dixon dans le sud de l’Alaska. La constitution de la Nation Haïda octroie à toutes les personnes d’ascendance haïda la citoyenneté et les droits ancestraux et culturels autochtones induits ainsi que des droits individuels et participatifs. Tout citoyen haïda âgé de plus de seize ans peut voter pour élire des représentants au Conseil et peut proposer des lois et des politiques qui seront soumises à un vote. La Constitution reconnaît également le rôle des conseils de village ainsi que des chefs héréditaires des lignées matrilinéaires.