Peuplement

Peuples autochtones

Les preuves archéologiques révèlent que les peuples des Premières Nations étaient présents sur les terres qui forment aujourd'hui la ville de Guelph il y a au moins 10 300 ans, voire 11 000 ans. Plus tard, les peuples Chonnonton (Neutres) habitent une grande partie du sud de l'Ontario, y compris le territoire de la ville actuelle de Guelph. Les preuves archéologiques suggèrent aussi que bien que le territoire des Chonnonton s'agrandit pour inclure le territoire actuel de London dans les années 1300, leurs villages se concentrent à l'est de la rivière Grand à partir des années 1400, surtout dans un rayon de 32 km de la ville actuelle de Hamilton, en Ontario. L'arrivée des Européens et de leurs maladies exacerbe les conflits entre les tribus. De 1647 à 1651, les Haudenosaunee (Iroquois) chassent les Neutres. Après 1690, les Mississaugas (voir Ojibwés) pénètrent la région depuis le nord de la baie Georgienne et s'établissent le long des principaux affluents du lac Ontario et du lac Érié. Devant composer avec un afflux d'immigrants dans la foulée de la Révolution américaine en 1784, les Britanniques achètent de vastes étendues de terres aux Mississaugas, y compris le territoire de la ville actuelle de Guelph, pour environ 1 180 £.

Peuplement européen

John Galt fonde Guelph comme ville dont l'urbanisme est planifié en 1827. Romancier écossais, il est aussi surintendant de la Canada Company, une société foncière dont le siège social est à Londres, en Angleterre. John Galt adopte le concept d'urbanisme avant le peuplement général, de façon à stimuler les ventes des terres agricoles. À cette fin, il a conçu un plan faisant preuve d'imagination, en traçant des rues partant d'un point central, d'après ceux de villes américaines comme Buffalo, dans l'État de New York. On reconnaît encore le plan original de la ville dans le centre des affaires. John Galt choisit le nom de la ville en l'honneur de la famille royale britannique, la dynastie de Hanovre, qui est issue des guelfes, l'une des grandes factions politiques de l'Allemagne et de l'Italie à la fin du Moyen-Âge. Guelph est d'abord constituée en village en 1851, puis peu après en ville en 1856.

Développement

Les magasins et les hôtels apparaissent peu à peu autour du marché de forme triangulaire au centre-ville bordé à peu près par les rues Carden, Wilson et Surrey. Au XIXe siècle, l'énergie hydroélectrique disponible dans la ville attire plusieurs grands moulins, dont les plus importants sont ceux des entrepreneurs William Allan et James Goldie. À partir des années 1860, plusieurs industries locales se taillent une réputation mondiale grâce à leur innovation technologique. Parmi celles-ci, on retrouve les compagnies Raymond Sewing Machine et W. Bell and Co, fabricant d’orgues. À son apogée en 1885, cette dernière fabrique de 5 000 à 6 000 orgues et pianos par année.

En 1900, The People's Flour Mills, exploité par James Goldie et ses fils, est le dernier moulin d'envergure encore à Guelph. Toutefois, la ville connaît un essor industriel au début du XXe siècle. Des entreprises existantes comme les compagnies Royal Knitting et Bell Piano & Organ prennent de l'expansion, ce qui compte pour une grande part de la croissance industrielle de la ville. De plus, quelques nouvelles industries naissent au début des années 1900, dont la Canada Ingot Iron Company (aujourd'hui Armtec).

L'industrie brassicole gagne aussi en importance au début du XXe siècle. Sleeman's, brasserie fondée par John H. Sleeman en 1851, s'agrandit. Elle ajoute à la brasserie originale Silver Creek la nouvelle brasserie Spring Bank sur le chemin Edinburgh. En 1933, Alfred, le petit-fils de John H. Sleeman, est arrêté pour contrebande d'alcool aux États-Unis, activité à laquelle l'entreprise participait pendant la prohibition américaine. La famille est condamnée à payer les impôts sur les profits de sa contrebande, ce qui finit par la forcer à vendre l'entreprise. La brasserie ne rouvre que dans les années 1980. (Voir Économie et population active ci-bas.)

Paysage urbain

La ville a conservé en grande partie son paysage urbain du XIXe siècle. L'utilisation importante de pierre calcaire extraite des carrières de la région et équarrie avec facilité par des ciseleurs donne une unité visuelle à une bonne partie de la ville. Cela se voit en particulier dans les principales rues du centre-ville, comme la rue Wyndham, où les architectes ont créé de hautes corniches presque ininterrompues et des fenêtres espacées de façon uniforme d'un édifice à l'autre. Les constructions particulièrement importantes sont l'hôtel de ville de style néo-Renaissance (1856), conçu par William Thomas, et l'église Our Lady Immaculate (1876-1888) de Joseph Connolly, qui domine encore la ville.

Population

La population de Guelph a toujours été surtout d'origine britannique. Au début, les résidents de la ville étaient en majorité d'origine anglaise, représentant 92 % de la population en 1880 et 87 % en 1921. Plus récemment, lors du recensement de 2011, la majorité des résidents déclarent être d'origine anglaise, canadienne, ou écossaise. Environ 16 % des résidents sont issus des minorités visibles. Parmi les plus grandes communautés, on compte celles originaires de l’Asie du Sud, de la Chine et de l’Asie du Sud-Est.

Économie et population active

Le fondement économique de la communauté demeure le secteur manufacturier de pointe, qui emploie environ 25 % de la main-d'oeuvre locale. Les principaux employeurs dans ce secteur sont Linamar Corporation et Polycon Industries. Guelph abrite de nombreuses entreprises qui se spécialisent dans la fabrication de produits métalliques, de machinerie et de matériel de transport. En 1985, John W. Sleeman (arrière-arrière-petit-fils de John H. Sleeman) rachète l'ancienne brasserie de sa famille, qui était en état de dormance, pour faire renaître les Brasseries Sleeman. Il s'agit aujourd'hui de l'une des plus importantes brasseries régionales du Canada. En 2006, Sapporo, une entreprise japonaise, achète les Brasseries Sleeman. La brasserie est encore aujourd'hui à Guelph.

Transports

Sous la direction de John Galt, des travailleurs complètent le tracé des routes vers Waterloo, Eramosa et Goderich en 1828. Le Grand Trunk Railway arrive à Guelph en 1856, reliant la ville à Montréal et à d'autres centres industriels. Bon nombre de propriétaires d'entreprises estiment que les tarifs du Grand Trunk Railway sont trop élevés. Après quatre ans de construction, le Guelph Junction Railway relie la ville au chemin de fer du Canadien Pacifique à partir de 1888.

George Sleeman, entrepreneur local et membre de la famille de brasseurs Sleeman, introduit un système de transport en commun à Guelph lorsqu'il paie pour la création de la Guelph Railway Company. Cette entreprise opère des tramways sur cinq miles de voies ferrées, notamment le long de l'avenue Waterloo et de ce qui est aujourd'hui la rue Woolwich. Au début des années 1900, la Guelph Railway Company est en difficulté et George Sleeman perd l'entreprise. En 1905, la ville achète l'entreprise qui avait été renommée Guelph Radial Railway. Ontario Hydro opère les tramways à partir de 1919. Cependant, la popularité grandissante des automobiles et des camions, combinée aux difficultés financières de la Crise des années 1930, mènent à la disparition des tramways de Guelph en 1937.

Le réseau routier de Guelph connaît une croissance rapide après la Première Guerre mondiale. Les autoroutes provinciales 6, 7 et 24 traversent la ville. La promenade Hanlon est construite en 1972 afin de relier Guelph à l'autoroute 401. Aujourd'hui, le réseau de transport de Guelph comprend aussi les autobus urbains de la Guelph Transit, les trains et les autobus de GO Transit, et les trains de VIA Rail Canada.

Communications

Guelph compte sur une longue tradition de journaux imprimés. Les premiers journaux de Guelph sont le Guelph Herald, publié à partir de 1842, et The Wellingtonian, qui fait son apparition en 1843. Ces deux journaux ne font pas long feu. Fondé en 1867, année de la Confédération, le Guelph Mercury est l’un des plus vieux journaux du pays. The Advertiser est fondé en 1844, alors que le Wellington Mercury l’est en 1853. Un autre journal, The Advocate, est établi dans les années 1890. À la fin du XXe siècle, Guelph compte un seul quotidien toujours en circulation, le Guelph Mercury, et un seul bihebdomadaire, le Guelph Tribune. En 1999, le Mercury fusionne avec le Cambridge Reporter et le Kitchener-Waterloo Record au sein des Grand River Valley Newspapers de Torstar. En raison de l’évolution constante du paysage médiatique national au XXIe siècle, le Mercury, comme bien d’autres journaux, éprouve des difficultés financières. Le 29 janvier 2016, après 149 ans d’existence, le quotidien cesse d’être publié. Le Tribune, quant à lui, est toujours imprimé deux fois par semaine en plus d’être publié en ligne.

La première station de radio de Guelph, CJOY, entre en ondes en 1949. Elle diffuse une émission de variétés depuis le théâtre Capitol. CJOY est encore en ondes aujourd'hui. La ville compte aussi sur la station de radio sans but lucratif CFRU, qui offre un large éventail de contenu local. Celle-ci diffuse depuis l'Université de Guelph depuis 1980.

La ville compte aussi sur une station de télévision locale, Rogers Cable 20. En décembre 1952, Fred Metcalf, pionnier de la télévision par câble, fonde Neighborhood Television Limited à Guelph. En 1968, il vend l'entreprise à Maclean-Hunter. En 1994, elle passe aux mains de Rogers TV, ce qui mène à la création de Rogers Cable 20.

Gouvernement et politique

Entre 1856 et 1879, Guelph est dirigée par un maire et 12 conseillers élus chaque année lors de scrutins par quartiers. Après 1880, le nombre d'échevins atteint 18, mais en 1903, l'électorat choisit de passer à un système d'élections générales (ce qui veut dire que l'ensemble de la municipalité vote pour les conseillers, et non pour un candidat qui représente une circonscription de la ville). Au cours des décennies qui suivent, le système électoral local change de façon régulière, et le nombre de conseillers varie de 11 à 18. En 1930, la ville choisit d'avoir 11 conseillers et un maire. Au début, les représentants sont élus chaque année, mais on introduit des mandats de deux ans en 1966, puis des mandats de trois ans après 1983. En 1992, les résidents choisissent de revenir au système de scrutins par quartiers lors d'un référendum.

Depuis les changements apportés en 1992, l'élection de 2000 est digne de mention. Lors de celle-ci, les résidents élisent Karen Farbridge au poste de maire. Guelph devient alors la première ville au Canada à être dirigée par des femmes aux trois paliers de gouvernement, car Brenda Chamberlain est alors la députée fédérale et Brenda Elliot la députée provinciale.

Vie culturelle

La ville et le district de Guelph comptent dans leurs rangs plusieurs artistes connus, notamment Ken Danby et Thomas King. Le centre d'arts Macdonald-Stewart, situé sur le campus de l'Université de Guelph, fournit une aide importante aux activités artistiques alors que le River Run Centre est un lieu de diffusion de musique et de théâtre. De plus, le Centre Sleeman, d'une capacité de 4 500 personnes, accueille des événements sportifs, des salons professionnels et des concerts. Cependant, la tradition culturelle de Guelph est avant tout musicale. Edward Johnson (1878-1959), ténor d’opéra de renommée mondiale et directeur du New York Metropolitan Opera, est né et a étudié à Guelph. La Edward Johnson Music Foundation perpétue sa mémoire en parrainant chaque année le très réputé Guelph Spring Festival, au cours duquel on présente, pendant deux semaines, des concerts, des opéras, des films et des pièces de théâtre. Parmi les autres événements musicaux annuels, mentionnons le Kiwanis Music Festival, le Guelph Jazz Festival et le Hillside Festival. Guelph compte aussi sur plusieurs équipes sportives, dont le Storm de Guelph, de la Ligue de hockey de l'Ontario.

La maison où John McCrae, auteur du poème « In Flanders Fields » (trad. « Au champ d’honneur »), est né est aujourd'hui un lieu historique national et a été convertie en musée. Le Guelph Civic Museum retrace le développement de la ville de Guelph depuis sa fondation. En 2012, le musée déménage dans le couvent des sœurs de Loretto, rénové depuis peu, près de l'église Our Lady Immaculate.

La ville abrite l'Université de Guelph. Fondée en 1964, elle résulte toutefois de la fusion de plusieurs collèges dont l'existence remonte à plus d'un siècle. Le Collège d'agriculture de l'Ontario est fondé en 1874 sur une ferme expérimentale de 200 hectares au sud de la ville. Il joue un rôle important dans la recherche agricole à l'échelle mondiale. Parmi ses diplômés de renom se trouve l'économiste John Kenneth Galbraith. À l'instigation d'Adelaide Hoodless, un deuxième collège, le Macdonald Institute, est construit en 1903 pour l'enseignement des arts ménagers (voir Économie domestique). En 1922, l'Ontario Veterinary College déménage sur le campus de Guelph. La recherche actuelle menée à l'université jouit d'une reconnaissance internationale dans de nombreux domaines, surtout dans ceux visant à résoudre les problèmes agricoles complexes des pays en voie de développement.