George Woodcock

George Woodcock, auteur, éditeur, humaniste (Winnipeg, 8 mai 1912 - Vancouver, 28 janv. 1995). Le nom de George Woodcock, écrivain prolifique, apparaît dans plus de 150 livres ou pamphlets, comme auteur ou comme éditeur, ainsi que dans de nombreux scénarios pour la radio et la télévision et dans des documentaires, tandis que des milliers de ses lettres n'ont pas été publiées. Comme l'indique George Fetherling dans sa biographie, The Gentle Anarchist (2003), la vie de Woodcock se divise entre les deux pays où il a résidé. Bien que né au Canada, il est d'une famille d'immigrants qui repartent au Royaume-Uni moins de deux ans après sa naissance. Woodcock s'y fait une carrière littéraire et ne revient au Canada qu'en 1949. Les auteurs et les critiques pigistes peuvent encore trouver de quoi gagner leur vie dans le marché littéraire de Londres, et les vieilles relations de Woodcock avec les écrivains et les journalistes qui gravitaient autour du quartier connu sous le nom Fitzrovia créaient un milieu favorable à son écriture. Dans ce bouillon d'idées, des journaux éphémères florissent, et le travail de Woodcock l'amène à être rédacteur pour des périodiques tels que Now (1940-1947) et War Commentary and Freedom. À cette époque, ses inclinations philosophiques et politiques personnelles trouvent à s'exprimer dans l'anarchisme philosophique; pendant la Deuxième Guerre mondiale, il est objecteur de conscience. Ces opinions l'amènent à produire l'une de ses œuvres les plus durables, Anarchism (1962), qui sert encore de guide à ce mouvement. Sa relation professionnelle avec George Orwell, l'auteur d'Animal Farm (trad. La ferme des animaux) et de 1984, pendant ces années de Fitzrovia le prépare pour une autre de ses grandes œuvres, The Crystal Spirit (1966), biographie qui lui vaut le Prix littéraires du Gouverneur général.

Woodcock revient au Canada, écrivain accompli, en 1949, et s'associe à long terme à Ingeborg Linzer Roskelly, qui partage et influence tous les aspects de sa vie personnelle et professionnelle. Ne pouvant subsister dans l'île de Vancouver en faisant de la culture maraîchère, le couple déménage définitivement à Vancouver en 1955. C'est là, à l'Université de la Colombie-Britannique, que prend racine et fleurit la contribution la plus reconnue de Woodcock à la culture canadienne.

Le premier numéro du périodique trimestriel Canadian Literature paraît en septembre 1959 sous la direction de Woodcock, qui dure 17 ans. À la différence de la plupart des revues universitaires, Canadian Literature nourrit des liens étroits avec la communauté des écrivains contemporains, que ce soit par intérêt académique ou autre. Un lecteur peut trouver dans ses pages une critique utile autant pour le grand public que pour les universitaires, ainsi que de la poésie originale et des mémoires personnels. Le périodique stimule immédiatement l'intérêt pour la littérature canadienne et rend compte de cet intérêt. Il contribue à un climat culturel qui attire le soutien des institutions à l'entreprise littéraire canadienne. Canadian Literature apparaît à un moment qui semble, rétrospectivement, être parfait et où les écrivains, critiques et chercheurs s'entendent sur le fait que les écrits canadiens méritent qu'on s'y intéresse sérieusement. Woodcock crée ainsi un forum de discussion plus ouvert que tous ceux qui sont offerts par une revue universitaire typique. Ce point de vue renforce la conviction croissante que la littérature canadienne se doit d'être présente dans les salles de classe, présence que notre culture considère comme le moyen le plus sûr d'assurer la pérennité d'un patrimoine littéraire. Woodcock écrit aussi beaucoup d'introductions à la portée de nombreux lecteurs pour de nouveaux livres canadiens qui l'intéressent. La vision qui le guide dans les 73 numéros de Canadian Literature qu'il publie comme rédacteur-fondateur appartient au même élan : le postulat qu'un engagement critique envers la littérature canadienne peut attirer un public tant professionnel que profane. Canadian Literature est plus proche de la réalisation de cette vision qu'aucun autre périodique littéraire canadien ne l'a été auparavant.

Les tâches éditoriales de Woodcock ne ralentissent pas sa production d'essais et de livres. Son chef-d'œuvre, Gabriel Dumont (1975), paraît à cette époque. Chez le capitaine rebelle Métis, Woodcock trouve un sujet qui correspond à ses propres critères de la grandeur : un personnage d'abord discret, très compétent et représentant une communauté qui résiste héroïquement aux empiètements d'un État abusif, dans ce cas, l'État canadien naissant. La biographie décrit en détail la chasse au bison - avec ses coutumes démocratiques et ses lois réglées par la communauté - qui est la base de l'économie des Métis des prairies. Le compte rendu de Woodcock analyse aussi le respect désastreux qu'avait Dumont pour le personnage lettré et mystique de Louis Riel, dont l'idéologie inapplicable garantissait, pour la cause de son peuple, une victoire initiale, mais aussi une défaite finale. Gabriel Dumont, Anarchism et The Crystal Spirit sont les livres de Woodcock qu'on gardera le plus longtemps en mémoire. Ils traitent de personnes ou de groupes que l'histoire perçoit comme des esprits libres. On se rappellera aussi plusieurs volumes de sa poésie surtout pour le récit imaginatif qu'ils offrent des expériences interculturelles nourries par ses voyages.

Voyageur invétéré et observateur curieux, Woodcock est à même de rédiger une étude novatrice de l'art autochtone de la côte Ouest dès qu'il arrive en Colombie-Britannique (Ravens and Prophets, 1952), c'est typique de lui. Publié en 1979, The Canadians démontre à quel point il comprend le pays dont il se réclame à sa maturité. Les voyages détaillés et relatés de Woodcock l'amènent à jouer un rôle humanitaire. Impressionné par la force collective de la communauté Tibétaine en exil rencontrée lors d'une visite en Inde, le couple Woodcock se lie d'amitié avec le Dalaï-Lama. Résulte de cette rencontre la fondation de la Tibetan Refugee Aid Society, soutenue par une activité fébrile de la part du couple. Le même genre de travail donne naissance à la fondation Canada-India Village Aid. Le couple donne toutes ses économies pour créer un fonds d'urgence pour écrivains canadiens en détresse.

Fidèle à ses principes, Woodcock refuse de devenir membre de l'Ordre du Canada, mais il accepte d'autres honneurs qu'il considère comme venant de ses pairs plutôt que de l'État. Titulaire de six diplômes honorifiques, il accepte aussi le Prix Molson du Conseil des arts du Canada. La Ville de Vancouver proclame le 7 mai 1994 Journée George Woodcock. À son décès, il travaille à une traduction du roman en sept volumes de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu.