Jeunesse et formation

Gloria Mary Maureen George, qui utilise un nom anglais pour interagir avec les autorités canadiennes et dans sa vie professionnelle, possède des descendants wet’suwet’en (dakelh), st’át’imc, cris, gallois et français. En wet’suwet’, Gloria George se nomme Goo-htse Awh, qui désigne le titre de sous-chef dans son clan Laksamshu (nom de l’épilobe à feuilles étroites). Elle détient aussi le titre de chef héréditaire, Smogelgem. Gloria George est élevée de manière traditionnelle sur une petite ferme d’Hubert, en Colombie-Britannique (près de Prince George), suivant les coutumes des Wet’suwet’en. Elle grandit avec ses frères et sœurs et sa famille élargie, tout en apprenant à respecter la terre et autrui.

Lorsqu’elle commence à aller à l’école, Gloria George devient, selon ses mots, un « caméléon », parce qu’elle s’habille à la mode pour aller à l’école puis repasse dans ses vêtements traditionnels le soir. Dès son plus jeune âge, Gloria George apprend ainsi à louvoyer entre les systèmes traditionnels autochtones et la culture occidentale.

Cependant, à l’occasion d’un entretien enregistré en 2011 lors de la campagne We Can BC – une initiative visant à mettre fin à la violence sexiste – Gloria George explique que ce louvoiement entre les deux univers culturels n’était pas si facile pour elle. Elle raconte ainsi avoir été victime de racisme, de stéréotypes et de discrimination à l’école. Elle confiera aussi avoir subi des sévices infligés par des hommes adultes et, plusieurs fois, par un missionnaire quand elle était encore enfant. Elle a également raconté comment ses parents ont retiré deux de ses frères de leur pensionnat indien après avoir appris qu’ils y étaient maltraités. Cet acte de défi vaudra à ses parents la perte de leur statut d’Indien. Gloria George défendra plus tard, dans sa vie d’adulte, les Indiens non inscrits. Sa victimisation et celle de sa famille entraînent des blessures psychologiques profondes et durables que Gloria George ne sera à même de confronter que plus tard dans sa vie. « L’alcoolisme a ravagé ma famille », explique-t-elle dans un entretien. Aujourd’hui libérée du fléau, Gloria George défend la cause des Autochtones qui souffrent du traumatisme intergénérationnel engendré par les pensionnats, de divers abus, de la toxicomanie et de leur situation de défavorisés.

Elle a étudié le droit dans le cadre du programme réservé aux étudiants autochtones à l’Université de la Saskatchewan et obtenu un baccalauréat en droit de l’Université de la Colombie-Britannique en 1989. Elle étudiait en 2011 dans le cadre d’une maîtrise sur les Premières Nations à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique.

British Columbia Association of Non-Status Indians

La fin des années 1960 est une période tendue au niveau politique pour les Autochtones au Canada. Le Livre blanc de 1969 du gouvernement Trudeau, qui appelle à l’élimination de tout statut spécial pour les Autochtones, ainsi que l’intensification des activités d’exploration pétrolière et gazière sur les terres traditionnelles ancestrales par les industries extractives, est une bonne raison pour que les Autochtones mettent sur pied des organismes politiques officiels destinés à protéger leurs moyens de subsistance, leurs modes de vie et leurs terres natales. (Voir aussi Autochtones : organisations et activisme politiques.)

La British Columbia Association of Non-Status Indians naît dans ce contexte, en 1969. Gloria George est l’une des premières personnes à s’investir dans cette organisation, en tant que représentante qualifiée. Elle travaille ainsi à l’amélioration des conditions pour que les personnes non inscrites puissent avoir accès à une bonne éducation. Elle se bat aussi pour que les droits des femmes autochtones soient préservés et pour abolir la législation et les politiques gouvernementales discriminatoires basées sur la notion artificielle du statut d’Indien. (Voir aussi Droits des Autochtones.)

Conseil national des autochtones du Canada

Avec le temps, un nombre croissant d’organisations voient le jour pour représenter les personnes inscrites et non-inscrites. Certains groupes, tels que la Fraternité nationale des Indiens (aujourd’hui l’Assemblée des Premières Nations), ont pour vocation de représenter les personnes inscrites, d’autres, comme la Canadian Métis Society, se donnent le mandat de représenter les non-inscrits. En 1971, la Canadian Métis Society est rebaptisée Conseil national des autochtones du Canada (aujourd’hui le Congrès des Peuples autochtones) et fait office de porte-parole nationale pour les organisations provinciales et territoriales qui œuvrent pour représenter les Autochtones qui n’ont pas le statut d’Indiens.

En 1972, Gloria George est élue secrétaire-trésorière du Conseil national des autochtones du Canada, un poste qu’elle occupera jusqu’en 1974, date à laquelle elle est élue vice-présidente de l’organisation. Entre 1975 et 1976, avec son élection au poste de présidente, Gloria George devient la première femme élue à la tête d’une importante organisation politique autochtone. En tant que présidente, elle se bat pour que le gouvernement reconnaisse mieux l’autorité du Conseil national des autochtones du Canada et que la police et le système judiciaire respectent de plus près les droits des Autochtones dans l’ensemble du pays.

Commission canadienne des droits de la personne

En 1977, le Parlement adopte la Loi canadienne sur les droits de la personne dans l’intention clairement exprimée d’offrir à ceux qui ont pu être victimes de discrimination les mêmes chances qu’aux autres. Cette loi engendre la création de la Commission canadienne des droits de la personne qui a pour mandat d’enquêter sur les plaintes faisant état de discrimination. Gloria George est élue commissaire de cet organisme en 1978 et restera à ce poste jusqu’en 1980.

Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique

En 1980, Gloria George est nommée, avec Charles Paris et Renate Shearer, commissaire de la Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique. La Commission travaille à la distribution des subventions, collabore avec les médias sur les questions liées aux droits de la personne et produit des brochures et de courtes vidéos à l’usage des enseignants pour faire découvrir aux élèves des exemples de discrimination. En tant que critiques déclarés du gouvernement, les commissaires n’ont de cesse de moderniser et d’améliorer les textes qui ont servi de base à la Commission. Les recommandations de la Commission visant à modifier le Code des droits de la personne n’ont cependant jamais été adoptées. La Commission a été dissoute en 1983.

Statut d’Indien et identité autochtone

Après l’adoption, le 28 juin 1985, du projet de loi C-31 (qui modifie la Loi sur les Indiens), Gloria George retrouve le statut d’Indienne qu’elle avait perdu enfant lorsque ses parents avaient perdu le leur (voir Indien et Femmes autochtones et le droit de vote). Bien que de nombreuses personnes voient dans le projet de loi C-31 un pas en avant dans la protection des droits des femmes autochtones, Gloria George déclare que son statut d’Indienne n’a que peu de valeur pour elle. Elle refuse en fait d’être définie par la Loi sur les Indiens. Comme elle le déclare lors de la campagne We Can BC en 2011 : « Aucun gouvernement ne devrait dire [aux Autochtones] ce qu’ils sont ». Pour Gloria George, la véritable identité des Autochtones est liée à la nation, à la culture, à la communauté et à l’héritage autochtones de chacun d’entre eux.

Campagne We Can BC

Pour soutenir la campagne We Can BC, Gloria George participe à une série d’entretiens intitulée Breaking the Cycle. Projet géré par la Justice Education Society of BC, Breaking the Cycle donne la parole à plusieurs chefs autochtones qui décrivent la violence qui affecte leurs communautés. Gloria George relate des anecdotes personnelles et explique la nature de l’identité autochtone, la violence et les abus, et le traumatisme intergénérationnel qu’ont engendré les pensionnats. Elle offre également des conseils sur la manière de mettre fin à la spirale des abus, notamment en rétablissement un lien avec l’identité et le patrimoine autochtones.

Enseignement

En 2011, Gloria George vivait à Prince George, en Colombie-Britannique, et était enseignante dans le cadre du Northern Advancement Program (programme de développement du Nord) à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique.

Importance

Gloria George s’est consacrée à la protection des droits des Indiens non inscrits, des femmes autochtones et des Autochtones en général au Canada. Ses efforts ont permis de sensibiliser le public aux facteurs socioéconomiques et historiques qui ont dépossédé de nombreux Autochtones, aux retombées douloureuses des pensionnats, aux droits des Autochtones et aux stratégies permettant d’identifier et d’éliminer les stéréotypes concernant les Autochtones.