Farley Mowat, officier de l’Ordre du Canada, auteur, environnementaliste, activiste (né le 12 mai 1921 à Belleville, ON; décédé en mai 2014 à Port Hope, ON), est l’un des auteurs canadiens les plus lus. Ses livres sont traduits dans quelque 52 langues et sont vendus à plus de 17 millions d’exemplaires partout dans le monde. Son œuvre est amèrement critiquée par certains et portée aux nues par d’autres, mais peu de lecteurs demeurent indifférents. Les sujets qu’il traite ont souvent à voir avec la défense des animaux : son célèbre livre Never Cry Wolf (1963, trad. Mes amis les loups) contribue à changer les stéréotypes négatifs qui représentent les loups comme des animaux méchants et dangereux; Sea of Slaughter (1984) se veut une chronique des espèces menacées de l’Atlantique Nord; Virunga: The Passion of Dian Fossey (1987, trad. Dian Fossey au pays des gorilles, 1988) est une biographie de la célèbre primatologue.

Enfance et début de carrière

Arrière petit-neveu du premier ministre de l’Ontario Sir Olivier Mowat et fils d’un vétéran de la bataille de la crête de Vimy, Farley Mowat écrit dès la préadolescence et se rappelle que lorsqu’il vivait à Windsor avec ses parents (1930-1933), il composait surtout de la poésie. Après avoir déménagé avec sa famille à Saskatoon, il tient une chronique sur ses observations d’oiseaux dans le Star Phoenix. Farley Mowat fréquente l’Université de Toronto. Au cours d’une excursion pédagogique comme étudiant en biologie, il est outré de constater les difficultés que vivent les Inuits, situation qu’il impute à l’incompréhension et à l’exploitation de ceux-ci par les Blancs. Ses observations lui inspirent son premier ouvrage, People of the Deer (1952, trad. Mœurs et coutumes des esquimaux Caribous, 1953), qui le rend célèbre du jour au lendemain, même si cela donne naissance à une certaine controverse.

Tendance autobiographique

Farley Mowat est considéré comme étant un conteur inné, mais il sait aussi manier avec brio la langue. Quel que soit le contexte, ses récits et ses anecdotes au rythme haletant sont remarquables; le ton y est élégant, personnel et conversationnel. Son adhésion à des idéaux lui a inspiré de véritables explosions verbales : lorsqu’il s’enthousiasme, il abonde en descriptions poétiques et en images vivantes; par contre, lorsqu’il montre son opposition, il devient railleur, virulent et satirique, maniant même parfois l’anathème évangélique.

La plupart de ses ouvrages sont autobiographiques : dans The Dog Who Wouldn’t Be (1957) et Owls in the Family (1961, trad. Deux grands ducs dans la famille, 1980), il relate avec humour des souvenirs de jeunesse; The Regiment (1961) et And No Birds Sang (1979) traitent de ses expériences durant la Deuxième Guerre mondiale. Trois ouvrages sont consacrés aux huit années qu’il a vécues à Burgeo, à Terre-Neuve : The Rock Within the Sea: A Heritage Lost (1968) décrit ses voisins marins comme des héros, car ils ne sont pas corrompus par la technologie moderne; The Boat Who Wouldn’t Float (1969; trad. Fleur de passion : le bateau qui ne voulait pas flotter) traduit sa désillusion après quelques années de vie dans ce village, et lui vaut la médaille Leacock en 1970; A Whale for the Killing (1972) transforme le meurtre gratuit d’une baleine prise au piège en tragédie symbolique. Dans My Discovery of America (1985), l’auteur s’interroge avec ironie sur les raisons pour lesquelles son nom figure dans un livre recensant les indésirables et qui ont motivé son interdiction de séjour aux États-Unis en 1985.

Littérature jeunesse

Les romans de Farley Mowat destinés aux enfants, tels que The Dog Who Wouldn’t Be (1957) et Owls in the Family (1961, trad. Deux grands ducs dans la famille, 1980), sont des classiques de la littérature enfantine de langue anglaise canadienne. Lost in the Barrens (1956, trad. Perdus dans le Grand Nord, 1974), chef-d’œuvre où l’on retrouve beaucoup de thèmes présents dans ses ouvrages destinés aux adultes, lui vaut le prix du Gouverneur général. Si ce livre apparaît d’abord comme un récit d’aventures, sa structure est allégorique : deux jeunes, un Blanc originaire de Toronto et un Cri, parviennent à survivre à l’hiver arctique pendant un certain temps grâce au partage de leurs compétences, mais, manquant de connaissances du Grand Nord, ils échappent de près à la mort. Leur salut repose sur un jeune Inuit dont les connaissances viennent compléter les leurs.

Controverse

Depuis le tout début, certains doutent de la véracité des dires de Farley Mowat sur son expérience dans le Nord. Une critique de People of the Deer de 1952 par la revue The Beaver, par exemple, soutient que les observations de l’auteur sont erronées, ce qui vaut à ce dernier le surnom dérogatoire « Hardly Know-It ». Puis, dans l’article de 1996 « A Real Whopper », tiré de la revue Saturday Night, le journaliste John Goddard compare les notes originales de Farley Mowat avec ses livres, documentant les différences systématiques et importantes. Les défenseurs de l’auteur soutiennent que bien que les exagérations soient réelles, l’œuvre de Farley Mowat met en lumière les enjeux inuits et environnementaux et cause des changements importants de politiques à Ottawa. En 1974, dans une préface d’essais personnels qu’il dépose à l’Université McMaster, Farley Mowat se défend. Il écrit contourner l’approche purement factuelle sans non plus adhérer à la voie facile de la fiction. Selon lui, son métier repose entre les deux, dans une zone grise entre les faits et la fiction.

Fin de carrière

Farley Mowat, qui habite maintenant Port Hope, en Ontario, est toujours un auteur prolifique et parfois controversé. Dans Rescue the Earth!: Conversations with the Green Crusaders (1990), il poursuit sa défense des enjeux environnementaux. Deux œuvres autobiographiques, My Father’s Son (1992) et Born Naked (1993), offrent un aperçu intime des relations familiales et traitent de son expérience à la guerre. The Farfarers: Before the Norse (1998, trad. Les hauturiers : ils précèdent les Vikings en Amérique) est un autre roman historique. Farley Mowat refait une incursion nordique dans High Latitudes: An Arctic Journey (2002), dans lequel il raconte son périple dans le Nord canadien en 1966, et dans No Man’s River (2004), où il relate son aventure arctique en 1947. Le film The Snow Walker (2003, trad. Le détour), unanimement salué, est inspiré de sa nouvelle « Walk Well, My Brother ».

Dans les années 2000, Farley Mowat se consacre davantage à l’écriture de mémoires : Bay of Spirits: A Love Story (2006) relate ses moments passés à Terre-Neuve; Otherwise (2008) décrit son enfance, son service militaire et ses voyages dans le Nord, qui lui ont donné un objectif et ont inspiré sa carrière littéraire; Eastern Passage (2010) raconte sa vie dans les années 1940 et 1950, alors qu’il devient célèbre en tant qu’écrivain et qu’il repense sa vie, quittant Toronto pour adopter la vie maritime à Terre-Neuve.

Farley Mowat est honoré de diverses manières : il est nommé officier de l’Ordre du Canada en 1981; en 2002, la Sea Shepherd Conservation Society nomme son navire RV Farley Mowat en reconnaissance de son militantisme contre l’industrie baleinière, et l’école publique Farley Mowat ouvre à Barrhaven, près d’Ottawa, en 2006. En 2012, la maison d’édition Douglas & McIntyre annonce le lancement de la Farley Mowat Library, et de nouvelles éditions de ses plus grands succès paraissent en format imprimé et en format électronique.