Le 11 juin 2008, le premier ministre Stephen Harper a pris la parole dans la Chambre des communes pour offrir, au nom du gouvernement du Canada, des excuses aux peuples autochtones du Canada pour les abus, la souffrance et le déracinement culturel et générationnel qu’ont engendré les pensionnats, des institutions approuvées par le gouvernement et basées sur des politiques d’assimilation. Les excuses (voir ci-dessous le texte complet) portent spécifiquement sur les points suivants : les pratiques d’assimilation du gouvernement, le retrait forcé des enfants de leur famille, les abus subis par un grand nombre de ces enfants et les effets de ces politiques.

Contexte

Le dernier pensionnat du Canada n’a fermé ses portes qu’en 1996, mais le système est en déclin depuis les années 1970. La volonté croissante des survivants de parler publiquement de leurs souffrances et de demander des réparations fait que les églises et d’autres organismes ont fini par formuler des excuses officielles pour avoir participé au système des pensionnats scolaires. Les églises anglicanes (le 6 août 1993), presbytériennes (le 5 juin 1994) et unies du Canada (le 27 octobre 1998) ont présenté leurs excuses pour avoir généralement présumé de leur supériorité culturelle et pour les sévices sexuels, physiques, émotionnels et psychologiques infligés souvent systématiquement sous leur responsabilité. En 2004, la GRC a présenté ses excuses pour le rôle qu’elle a joué lors du retrait des enfants de leur famille pour les envoyer dans les écoles. Certains organismes de l’Église catholique du Canada se sont également excusés, comme les Oblats de Marie Immaculée (24 juillet 1991), mais à ce jour l’église n’a toujours pas présenté d’excuses officielles. En 1998, le gouvernement libéral publie une déclaration de réconciliation qui reconnaît les abus infligés dans les pensionnats et met sur pied la Fondation autochtone de guérison. Cette mesure ne pouvait cependant être prise pour une présentation officielle d’excuses.

Excuses officielles

Après une pression continue des communautés autochtones qui réclament la reconnaissance des abus et des mesures de compensation, le gouvernement libéral, les églises, l’Assemblée des Premières nations et les plaignants signent la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI) en 2005. Elle sera ratifiée en 2006 par le nouveau gouvernement conservateur. Lorsque la CRRPI entre en vigueur en 2007, de nombreux activistes demandent au gouvernement de présenter des excuses officielles. Le gouvernement conservateur répond alors qu’aucune présentation d’excuses n’a été prévue dans l’entente. Cependant, le 1er mai 2007, le député libéral Gary Merasty présente une motion appelant le gouvernement à présenter des excuses officielles aux survivants des pensionnats. Cette motion sera adoptée à l’unanimité.

Réception

Après la présentation par Harper des excuses du gouvernement devant la Chambre des communes, les chefs des partis d’opposition ajoutent leurs propres remarques. Les excuses ont été reçues par : Phil Fontaine, chef national de l’Assemblée des Premières nations, Patrick Brazeau, chef national du Congrès des Peuples Autochtones, Mary Simon, présidente de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Clem Chartier, président du Ralliement national des Métis et Beverley Jacobs, présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada. Ces représentants profitent également de l’occasion pour faire un discours devant la Chambre, décrivant la souffrance que leur peuple a endurée et relevant le caractère apaisant et inspirant de telles excuses. Phil Fontaine déclare notamment :

Nos peuples, notre passé et notre présent constituent l'essence du Canada. Les tentatives pour effacer notre identité nous ont grandement meurtris tout comme elles ont blessé tous les Canadiens et appauvri le caractère de notre pays.

Il ne faut pas faillir à notre devoir. Enhardis par ce moment historique, nous pouvons, ensemble, mettre fin à notre cauchemar racial. Les souvenirs des pensionnats déchirent parfois impitoyablement notre âme, tels des couteaux. Cette journée nous aidera à mettre cette douleur derrière nous.

De nombreux peuples autochtones ont malgré tout critiqué le manque de consultation durant la préparation des excuses, soulignant qu’elles ne reconnaissent pas suffisamment les effets persistants du système. Avec la naissance du mouvement Idle No More, le cri de ralliement Honour the Apology (« Honorez les excuses ») a pris de l’ampleur. Il synthétise la demande faite au gouvernement d’agir plus efficacement pour traiter les problèmes auxquels font face les Autochtones.

Texte complet des excuses tiré du Hansard

11 juin 2008

Chambre des communes, Ottawa

Le très hon. Stephen Harper (premier ministre, PCC):

Je me lève aujourd'hui pour présenter nos excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens. Le traitement des enfants dans ces pensionnats est un triste chapitre de notre histoire.

Pendant plus d'un siècle, les pensionnats indiens ont séparé plus de 150 000 enfants autochtones de leurs familles et de leurs communautés.

Dans les années 1870, en partie afin de remplir son obligation d’instruire les enfants autochtones, le gouvernement fédéral a commencé à jouer un rôle dans l’établissement et l’administration de ces écoles.

Le système des pensionnats indiens visait deux objectifs principaux: isoler les enfants et les soustraire à l’influence de leurs foyers, de leurs familles, de leurs traditions et de leur culture, et les intégrer par l’assimilation dans la culture dominante.

Ces objectifs reposaient sur l’hypothèse que les cultures et les croyances spirituelles des Autochtones étaient inférieures.

D’ailleurs, certains cherchaient, selon une expression devenue tristement célèbre, « à tuer l’Indien au sein de l’enfant ».

Aujourd'hui, nous reconnaissons que cette politique d'assimilation était erronée, qu'elle a fait beaucoup de mal et qu'elle n'a aucune place dans notre pays. Cent trente-deux écoles financées par le fédéral se trouvaient dans chaque province et territoire, à l'exception de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.

La plupart des pensionnats étaient dirigés conjointement avec les Églises anglicane, catholique, presbytérienne ou unie.

Le gouvernement du Canada a érigé un système d’éducation dans le cadre duquel de très jeunes enfants ont souvent été arrachés à leur foyer et, dans bien des cas, emmenés loin de leur communauté.

Bon nombre d’entre eux étaient mal nourris, mal vêtus et mal logés. Tous étaient privés des soins et du soutien de leurs parents, de leurs grands-parents et de leur communauté.

Les langues et les pratiques culturelles des Premières nations, des Inuits et des Métis étaient interdites dans ces écoles.

Malheureusement, certains de ces enfants sont morts en pension et d’autres ne sont jamais retournés chez eux.

Le gouvernement reconnaît aujourd'hui que les conséquences de la politique sur les pensionnats indiens ont été très néfastes et que cette politique a causé des dommages durables à la culture, au patrimoine et à la langue autochtones.

Bien que certains anciens élèves aient dit avoir vécu une expérience positive dans ces pensionnats, leur histoire est de loin assombrie par les témoignages tragiques sur la négligence et l'abus émotifs, physiques et sexuels d'enfants sans défense, et par leur séparation de familles et de communautés impuissantes à les aider.

L'héritage laissé par les pensionnats indiens a contribué à des problèmes sociaux qui persistent dans de nombreuses communautés aujourd'hui.

Il a fallu un courage extraordinaire aux milliers de survivants qui ont parlé publiquement des mauvais traitements qu’ils ont subis. Ce courage témoigne de leur résilience personnelle et de la force de leur culture.

Malheureusement, beaucoup des anciens élèves sont décédés avant d’avoir reçu les excuses du gouvernement du Canada.

Le gouvernement reconnaît que l'absence d'excuses a nui à la guérison et à la réconciliation. Alors, au nom du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens et Canadiennes, je me lève devant vous, dans cette Chambre si vitale à notre existence en tant que pays, pour présenter nos excuses aux peuples autochtones pour le rôle joué par le Canada dans les pensionnats pour Indiens.

Devant les quelque 80 000 anciens élèves toujours en vie, devant les membres de leurs familles et de leurs communautés, le gouvernement du Canada admet aujourd’hui qu’il a eu tort d’arracher les enfants à leur foyer et s’excuse d’avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant que nous avons eu tort de couper les enfants de leur culture et de leurs traditions riches et vivantes, créant ainsi un vide dans tant de vies et de communautés, et nous nous excusons d’avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant qu’en séparant les enfants de leurs familles, nous avons réduit la capacité de nombreux anciens élèves à élever adéquatement leurs propres enfants et avons scellé le sort des générations qui ont suivi, et nous nous excusons d’avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant que, beaucoup trop souvent, ces institutions donnaient lieu à des cas de sévices ou de négligence et n’étaient pas contrôlées de manière adéquate, et nous nous excusons de ne pas avoir su vous protéger.

En plus d'avoir vous-mêmes subi ces mauvais traitements pendant votre enfance, une fois devenus parents à votre tour, vous avez été impuissants à éviter le même sort à vos enfants, et nous le regrettons.

Le fardeau de cette expérience pèse sur vos épaules depuis beaucoup trop longtemps. Ce fardeau nous revient directement, en tant que gouvernement et en tant que pays. Il n'y a pas de place au Canada pour que les attitudes qui ont inspiré le système de pensionnats indiens puissent prévaloir à nouveau.

Vous tentez de vous remettre de cette épreuve depuis longtemps, et d’une façon très concrète, nous vous rejoignons maintenant dans ce cheminement. Le gouvernement du Canada présente ses excuses les plus sincères aux peuples autochtones du Canada pour avoir si profondément manqué à son devoir envers eux, et leur demande pardon.

Nous le regrettons.

[Nimitataynan. Niminchinowesamin. Mamiattugut.]

Entrée en vigueur le 19 septembre 2007, la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens s’inscrit dans une démarche de guérison, de réconciliation et de règlement des tristes séquelles laissées par les pensionnats indiens. Des années d’efforts de la part des survivants, des communautés et des organisations autochtones ont abouti à une entente qui nous permet de prendre un nouveau départ et d’aller de l’avant en partenariat.

La Commission de divulgation des faits et de réconciliation est au cœur de la Convention de règlement. Cette commission constitue une occasion unique de sensibiliser tous les Canadiens à la question des pensionnats indiens. Il s’agira d’une étape positive dans l’établissement d’une nouvelle relation entre les peuples autochtones et les autres Canadiens, une relation basée sur la connaissance de notre histoire commune, sur un respect mutuel et sur le désir de progresser ensemble, avec la conviction renouvelée que des familles fortes, des communautés solides et des cultures et des traditions bien vivantes contribueront à bâtir un Canada fort pour chacun de nous.

Que Dieu vous bénisse et bénisse notre pays.