Eugénique

Le terme « eugénique » (ou eugénisme) est dérivé du mot grec qui signifie « bien né ». Il est utilisé pour la première fois en 1883 par sir Francis Galton, qui fonde le mouvement eugénique en Angleterre en 1904. D'abord axé sur l'eugénique positif et négatif, le mouvement se préoccupe surtout du second. L'eugénique positive vise entre autres choses à favoriser la procréation par des individus et des groupes considérés comme porteurs de caractères et de gènes désirables, et à améliorer de cette façon le patrimoine génétique de la société. L'eugénique négative cherche à décourager et à diminuer la procréation par des individus et des groupes considérés comme possédant des caractères ou des gènes inférieurs ou non désirables. L'eugénique négative tente d'arriver à ses fins par différentes méthodes visant à limiter la capacité et l'opportunité de procréer, entre autres par la stérilisation sexuelle, l'interdiction du mariage, la ségrégation et le placement en établissement.

Postulats scientifiques et sociaux

Au coeur du mouvement eugénique se trouvent certains postulats sociaux et scientifiques. L'un d'eux, inspiré des travaux de Mendel, soutient que certains traits et caractères sont héréditaires. Selon un autre postulat, ces traits et caractères seraient socialement indésirables. De là vient la croyance que la société a intérêt à réduire la propagation de ces traits indésirables par la limitation du potentiel reproductif des individus et des groupes qui en sont porteurs. Au nombre des caractères considérés comme presque exclusivement héréditaires par plusieurs tenants de l'eugénique figurent l'arriération mentale, la maladie mentale, l'indigence, la criminalité et diverses tares sociales dont la prostitution, la perversion sexuelle et d'autres types de comportement immoral. Les partisans de l'eugénique croient aussi que ces groupes ont un taux de reproduction plus élevé que chez les autres. S'il est un sujet important et constamment repris dans la philosophie eugénique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, c'est la relation entre l'arriération mentale et la criminalité, d'où la « menace » que cette arriération fait planer sur la société. Plusieurs Canadiens importants, y compris le Dr E.W. McBride, la professeure Carrie Derick et la Dre Helen MacMurchy, prônent cette philosophie et la stérilisation eugénique. Dans les années 20, plusieurs Albertaines importantes, dont Emily MURPHY, Louise MCKINNEY et Nellie MCCLUNG, manifestent leur appui à la stérilisation eugénique.

Au début du XXe siècle, la philosophie eugénique influence fortement la promulgation de lois visant à la stérilisation sexuelle en Amérique du Nord. De nombreux États américains adoptent une loi de ce type et deux provinces canadiennes font de même : l'Alberta (en 1928) et la Colombie-Britannique (en 1933). La Commission de l'eugénique, constituée par la loi albertaine, est dotée du pouvoir d'autoriser la stérilisation sexuelle de certaines personnes, dont celles déclarées « psychotiques » ou « déficientes mentales », de manière à éliminer « le risque de multiplier le mal par la transmission de l'incapacité à la descendance » ou le risque « de dommage d'ordre mental, soit pour la personne, soit pour sa descendance ». Cette loi est abrogée en 1972. Durant ses 44 ans d'existence, la Commission de l'eugénique a approuvé 4725 cas de stérilisation parmi lesquels on a effectué 2822 stérilisations. Abrogée en 1973, la loi de la Colombie-Britannique fut beaucoup moins utilisée que celle d'Alberta. En 1996, un tribunal albertain attribue une somme d'environ 750 000 $ à une femme stérilisée injustement en vertu de la loi de l'Alberta.