Ethnies, langues des

Alors que les mouvements d'immigration du XIXe siècle amènent au Canada surtout des personnes d'origine britannique, la population immigrée du XXe siècle est d'origines incroyablement diverses.

Populations variées

Une première vague commence dans les années 1880 et atteint son apogée vers 1910. Parmi les milliers d'immigrants venus d'Écosse, d'Irlande, mais aussi d'autres pays comme l'Allemagne, l'Italie, la Scandinavie et l'Ukraine, plusieurs sont recrutés comme fermiers pour exploiter les vastes terres à blé des Prairies, provinces nouvellement ouvertes, ou vont travailler dans les villes ontariennes en cours d'industrialisation et à Montréal. Une autre vague commence en 1946 et culmine vers 1960, amenant une population beaucoup plus diversifiée. La diaspora d'après-guerre en Europe a forcé des milliers d'Italiens, de Portugais, de Hollandais, de Belges, de Grecs, d'Ukrainiens, de Polonais, de Finlandais et de Yougoslaves à émigrer. Plus tard arrivent des immigrants de toutes sortes de pays, comme de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Corée, de Chine, du Viêt-nam, et des États-Unis, qui fuient l'agitation politique.

Depuis 1980, le Canada a reçu une autre vague importante d'immigrants de divers horizons, composée souvent de réfugiés politiques venant de pays comme le Pakistan, le Chili, le Brésil, le Cambodge, la Somalie et le Salvador, mais aussi de pays anglophones des Caraïbes et de Hong-Kong. Aujourd'hui, ces Canadiens qui ne sont ni d'origine britannique ni d'origine française représentent plus de 35 groupes ethniques différents et constituent plus de 30 p. 100 de la population du pays.

En conséquence, le Canada jouit d'un riche multilinguisme. Même s'ils sont libres de s'installer là où ils le veulent, une forte proportion d'immigrants ont choisi de vivre en Ontario. En 1961, sur une population totale de 7,7 millions vivant en Ontario, plus d'une personne sur six parle encore sa langue maternelle étrangère. Près de 42 p. 100 des habitants de Toronto sont nés en dehors du pays. Ailleurs, les proportions sont également significatives. Les provinces des Prairies et la Colombie-Britannique comptent respectivement 58 et 21 p. 100 d'immigrants dans leur population. Une génération plus tard, le recensement de 1991 montre que cette proportion demeure élevée en Ontario et a augmenté dans le reste du pays. À Toronto, sur une population d'environ 3 millions, près d'une personne sur trois (32 p. 100) parle une langue de son pays d'origine. Ces pourcentages sont de 27 p. 100 à Vancouver, de 21 p. 100 à Winnipeg et de 17 p. 100 à Montréal.

Stabilité des communautés d'immigrants

Sous le poids du nombre, les communautés immigrées dans les plus grandes villes du Canada sont relativement stables. Installées depuis plus longtemps que les générations présentes, elles sont souvent solidaires. La politique officielle encourage également la conservation de la langue et de la culture d'origine. La Commission royale d'enquête de 1961 sur le BILINGUISME ET LE BICULTURALISME montre clairement que les Canadiens d'origine autre qu'anglaise et française choisissent de préférence l'intégration à l'assimilation. À leurs yeux, l'assimilation équivaut à une « absorption presque totale par un autre groupe linguistique et culturel. Un individu assimilé renonce à son identité culturelle et peut même [...] changer de nom ». Par contre, l'intégration « ne veut pas dire la perte de l'identité d'un individu et de ses caractéristiques d'origine ou celle de sa langue et de sa culture d'origine ». Partout au Canada, les systèmes éducatifs offrent de plus en plus aux groupes ethniques l'occasion de garder leur langue maternelle. Des programmes d'immersion dans des langues autres que les langues officielles sont largement disponibles (voir LANGUES SECONDES, ENSEIGNEMENT DES). Dans les villes du Canada, on peut ainsi entendre couramment l'anglais utilisé comme langue seconde, par des gens dont ce n'est pas la langue, et dans certaines familles, la langue d'origine est conservée jusqu'à la troisième ou la quatrième génération, voire plus longtemps.

Modèles de bilinguisme

En 1991, dans une réaction unique et ingénieuse à la réalité multilingue du Canada, le Bureau du Recensement a demandé aux personnes interrogées de faire la distinction entre leur « langue maternelle », la langue parlée en premier, et la « langue de la maison », celle qu'ils utilisent chaque jour dans des situations domestiques avec leurs familles immédiates. La langue maternelle est autre que l'anglais ou le français pour plus de 4 millions. Parmi eux, plus de 50 p. 100 gardent aussi leur langue maternelle comme langue domestique. Alors que les premiers immigrants étaient rapidement assimilés en une génération dans un des groupes de langues officielles, leur descendance a abandonné ce modèle au profit d'un autre schéma de bilinguisme. Elle maîtrise une langue officielle tout en conservant son héritage ethnique linguistique.

Voir aussi ETHNIES, LITTÉRATURE DES;LANGUES EN USAGE.