Le mot « Esquimau » est un terme offensant autrefois couramment utilisé pour désigner les membres du peuple inuit habitant depuis des millénaires les régions arctiques de l’Alaska, du Groenland et du Canada, une terre qu’ils appellent « Inuit Nunangat ». Ce terme était aussi appliqué au peuple Yupik d’Alaska et du Nord-Est de la Russie, ainsi qu’aux Inupiaks d’Alaska. Désormais considéré péjoratif au Canada, le terme a longtemps été largement utilisé dans la culture populaire, ainsi que par les chercheurs, les auteurs et le grand public à travers le monde. On a longtemps cru que le mot « Esquimau » signifiait « mangeur de viande crue », mais on pense maintenant que sa véritable source est un mot innu-aimun (ou montagnais) signifiant « quelqu’un qui lace des raquettes à neige ».

Origine

Le débat entourant l’origine du mot « Esquimau » n’est pas encore terminé, mais il semblerait être d’origine algonquienne, plus précisément innu-aimun (montagnaise). On a longtemps cru qu’il voulait dire « mangeurs de viande crue ». Les locuteurs algonquiens (incluant les dialectes cris, innu-aimuns et ojibwés) ont utilisé des mots pour décrire les Inuits qui supportent cette définition, notamment ashkipok (ojibwé oriental), eshkipot (ojibwé), askamiciw (cri) et kachikushu (montagnais de la Côte-Nord).

Cependant, certains chercheurs, notamment Ives Goddard, affirment que ces formes supportent seulement une origine ojibwée plutôt que l’origine innu-aimun communément acceptée. Cette théorie suggère que ce mot provient de l’innu-aimun awassimew ou ayassimew, qui signifie à peu près « quelqu’un qui lace des raquettes à neige ». Il est possible que ce terme ait été utilisé par les Innus pour décrire les Mi’kmaqs, et est ensuite transféré aux Inuits quand les Innus rencontrent ces derniers. Quand le mot est adopté par les Ojibwés, son sens original se perd peut-être, car le préfixe « ashk » peut aussi vouloir dire « cru » ou « frais » en ojibwé. Les explorateurs et colons français traduisent ensuite le mot par « Esquimau », dont l’orthographe danoise (Eskimo) persiste encore dans la langue anglaise.

Dénotation péjorative et signification moderne

Peu importe la véritable origine du nom, beaucoup de gens utilisent pendant longtemps le terme « Esquimau » pour désigner les Inuits en croyant que le terme signifie « mangeur de viande crue ». Cet usage provoque un changement dans les années 1970. En 1977, des représentants inuits se rassemblent à Barrow, en Alaska, pour la première Conférence circumpolaire inuit. Les délégués provenant des États-Unis, du Canada et du Groenland forment le Conseil circumpolaire inuit (CCI). La charte du CCI, signée en 1980, définit les Inuits comme étant des « membres indigènes de la terre natale inuite reconnus par les Inuits comme étant membres de leur peuple, et incluant les Inupiaks, les Yupiks (Alaska), les Inuits, les Inuvialuiks (Canada), les Kalaallits (Groenland) et les Yupiks (Russie) ». En définissant ainsi les Inuits, ils rejettent l’usage des termes « Eskimo » ou « Esquimau ».

Tandis qu’« Inuit »est l’endonyme (le nom qu’un groupe utilise pour se décrire lui-même) accepté pour désigner les Inuits, plusieurs non-Inuits continuent d’utiliser le terme « Esquimau ». L’utilisation de cet exonyme (le nom donné à un groupe de gens par un autre groupe) entretient le stéréotype que les Inuits sont isolés et politiquement insignifiants, en plus de promouvoir une vision romantique de l’Arctique. Peut-être que cette persistance est due à une sorte d’ignorance anodine, ou peut-être que les gens sont indifférents au manque de respect et à la suprématie culturelle sous-entendue par son usage.

« Eskimo ou Esquimau » est encore utilisé par les linguistes pour désigner la famille de langues eskimo-aléoutes et les membres de la branche dite « esquimaude » de ce groupe linguistique. L’eskimo-aléoute inclut l’inuktitut et ses dialectes, ainsi que le langage aléoute parlé par le peuple indigène des îles Aléoutiennes et du Nord-Est de la Russie. Certaines organisations politiques inuites, surtout en Alaska, utilisent encore le mot « Eskimo » dans leur nom.

Culture populaire

L’Eskimo Pie, une barre de crème glacée enrobée de chocolat, devient populaire aux États-Unis en 1922, la même année où paraît le documentaire avant-gardiste Nanook l’Esquimau. Cette friandise est encore vendue par Nestlé aux États-Unis. Les Eskimos, ou Eskimo Lollies, sont des bonbons à la guimauve vendus en Nouvelle-Zélande par Cadbury et Pascall. Ils font les manchettes en 2009 quand la touriste inuite Seeka Lee Veevee Parsons critique l’utilisation du mot dans les médias nationaux et internationaux après son séjour en Nouvelle-Zélande. Cadbury et Pascall fabriquent encore ces bonbons dont la forme rappelle un Inuk portant un parka à capuchon.

Au Canada, les Edmonton Eskimos, une équipe de football professionnelle dans la Ligue canadienne de football, portent ce nom depuis leur création, en 1949. Ils suivent les traces des autres équipes de la région d’Edmonton ayant choisi de s’appeler ainsi depuis le début du XXe siècle. Certains leur reprochent de garder ce nom, d’autant plus que les Inuits ne sont pas originaires de la région d’Edmonton.

Popularisé par Nanook l’Esquimau, un bisou esquimau (appelé « kunik » en inuktitut) est une sorte de salut dans lequel les deux personnes frottent lentement leur nez l’un contre l’autre. Cependant, ce qu’on appelle un bisou esquimau n’est pas la même chose que le kunik. En effet, dans un kunik, on doit presser son nez contre la joue de l’autre et respirer son odeur. Ce salut est surtout réservé aux bébés et aux jeunes enfants.

Voir aussi Autochtones : l’Arctique, Inuit.