Jeunesse et formation

Georges Erasmus est le fils d’une Tlicho (Déné) et d’un Cri-Métis. Sa famille, qui compte 12 enfants, vit dans une petite communauté de Tlichos à Fort Rae, dans les Territoires du Nord-Ouest. Lorsqu’il a un an, sa famille déménage à Yellowknife pour qu’il puisse aller dans une école catholique. Il sort de l’école secondaire dans les années 1960.

Georges Erasmus se lance très tôt dans l’activisme. En 1967, il se porte volontaire auprès de la Compagnie des Jeunes Canadiens, un organisme gouvernemental éphémère mis sur pied pour encourager le développement social, économique et communautaire chez les défavorisés. Doté d’un charisme naturel et d’un talent pour prononcer des discours passionnés et enflammés, Georges Erasmus se positionne rapidement, sur le plan politique, comme le porte-parole de ceux qui militent pour l’autodétermination des Autochtones. (Voir aussi Autonomie gouvernementale des Autochtones.)

Fraternité des Indiens et Nation dénée

En 1976, à 28 ans, Georges Erasmus est élu président de la Fraternité des Indiens des Territoires du Nord-Ouest, un poste qu’il occupera jusqu’en 1983. (Voir aussi Indien.) Rebaptisée Nation dénée en 1978, la Fraternité des Indiens est un groupe politique ayant pour but de protéger les intérêts des Autochtones. (Voir aussi Droits des Autochtones.) À la fin des années 1960, dans les Territoires du Nord-Ouest, la Fraternité des Indiens s’oppose aux organismes gouvernementaux qui empiètent de plus en plus sur les territoires traditionnels pour extraire des ressources naturelles qui sont cruciales pour l’existence et le mode de vie des Autochtones de la région.

Georges Erasmus parle au nom de la Nation dénée à maintes occasions. Connaissant bien plusieurs auteurs pertinents, tels que l’organisateur communautaire américain Saul Alinsky, le philosophe allemand Herbert Marcuse et les leaders de l’American Indian Movement aux États-Unis, Georges Erasmus utilise un langage expressif et des positions radicales qui le différencient des autres leaders autochtones. En 1976, lorsque les responsables de Shell Canada Limitée rencontrent les leaders de la Nation dénée pour discuter de l’exploration minière dans les Territoires du Nord-Ouest, Georges Erasmus explique sans détour à la compagnie qu’une réponse violente sera au besoin envisagée pour l’empêcher de détruire les terres ancestrales. Shell Canada finit par s’incliner cette fois-ci, mais les Dénés et plusieurs autres peuples autochtones ont continué à défendre leurs droits sur leurs terres traditionnelles.

Enquête Berger

En 1974, le gouvernement canadien met sur pied l’enquête Berger visant à rassembler des témoignages sur les impacts environnementaux et sociaux que pourrait avoir le gazoduc dont le tracé proposé traverse plusieurs communautés autochtones dans la vallée du fleuve Mackenzie, notamment la Nation dénée. La commission d’enquête entend donc les témoignages de plusieurs leaders autochtones et en particulier celui de Georges Erasmus.

Le rôle de celui-ci dans le déroulement de l’enquête est couronné de succès et l’enquête elle-même est par la suite considérée comme un modèle du genre en matière de consultation des communautés autochtones avant le lancement de tout grand projet de développement. Grâce à son rôle dans l’enquête, Georges Erasmus retient l’attention à l’échelle nationale. Son affirmation de la souveraineté autochtone et sa vision de l’identité nationale vont dorénavant donner le ton au mouvement des peuples autochtones. Il déclare en 1978 :

Nous avons pleinement le droit, si nous le désirons, d’établir de nous-mêmes une nation séparée dotée d’un gouvernement complètement indépendant, indépendant du gouvernement fédéral canadien. Nous avons le droit de restructurer de manière complète et radicale les services gouvernementaux, les systèmes gouvernementaux, etc. […] C’est cet objectif que nous visons et nous n’avons pas l’intention de céder nos droits à l’indépendance totale pour moins que ça. Nous avons obtenu la reconnaissance de la communauté internationale en tant que nation autochtone ayant droit à l’autodétermination.

Le rapport de l’enquête Berger, publié en 1977, conclut que l’impact environnemental d’un pipeline posé à travers les délicats milieux naturels du Yukon serait trop sévère et s’oppose de manière décisive à tout projet de construction dans cette région. Devant cette opposition, le projet est annulé, une décision saluée comme une victoire monumentale par les groupes autochtones et les associations de protection de l’environnement.

Assemblée des Premières Nations

De plus en plus frustré par le blocage des négociations relatives aux revendications territoriales au sein de la Nation dénée, Georges Erasmus démissionne de son poste de leader. Sa réussite dans le cadre de l’enquête l’a entre-temps propulsé sur la scène nationale. En 1983, il est élu vice-chef pour le Nord de l’Assemblée des Premières Nations, une organisation politique fondée en 1982 pour représenter les Autochtones au Canada. (Voir aussi Autochtones : organisations et activisme politiques.)

En 1985, à 37 ans, Georges Erasmus devient le plus jeune chef national de l’Assemblée des Premières Nations et il positionne rapidement ce groupe comme étant le « représentant indiscutable » des Autochtones au Canada. Trois ans plus tard, lors d’une réunion à Edmonton, il prononce un discours très engagé qui, pour certains, a préfiguré divers actes de résistance politique dans les années 1990 au sein des communautés autochtones d’un bout à l’autre du pays, tels que la crise d’Oka et la crise d’Ipperwash: « Si le gouvernement du Canada ne négocie pas avec la génération actuelle de leaders pour trouver des solutions pacifiques, nous pouvons vous garantir que vous n’apprécierez probablement pas le genre d’actions politiques violentes que la prochaine génération vous fera subir. »

Leader habile, il parvient à obtenir le soutien de plusieurs communautés autochtones de la Saskatchewan, de l’Alberta et des provinces de l’Atlantique et il guide efficacement l’organisation tout au long de la crise d’Oka. Son travail lors de ces événements lui vaut le titre d’« onzième premier ministre », un surnom qui reflète la puissance et la portée de son leadership. Il restera chef de l’Assemblée des Premières Nations jusqu’en 1991.

Commission royale sur les peuples autochtones

Après la crise d’Oka, le gouvernement fédéral met sur pied, en 1991, la Commission royale sur les peuples autochtones pour étudier la relation passée et présente entre les Autochtones et les Canadiens non autochtones. À l’époque, Georges Erasmus vient de terminer son deuxième mandat de trois ans au poste de chef national de l’Assemblée des Premières Nations et il vient de quitter ses fonctions. On lui demande alors de bien vouloir coprésider la commission avec le juge du Québec René Dussault.

Le rapport de la commission, publié en cinq volumes en 1996, contient des recommandations sur la manière de rebâtir la relation entre les Autochtones et les non-autochtones. Une des premières retombées des travaux de la Commission est une déclaration de réconciliation formulée par le gouvernement fédéral au sujet des abus généralisés subis par les enfants autochtones dans les pensionnats indiens (le gouvernement offrira des excuses officielles en 2008). Un certain nombre de procès et de revendications territoriales importantes ont également été réglés entre le gouvernement fédéral et les Autochtones, notamment par la création du Nunavut en 1999. Toutes les recommandations n’ont pas été mises en œuvre. Par exemple, le gouvernement n’a toujours pas éliminé le ministère des « Affaires indiennes », aujourd’hui rebaptisé Affaires autochtones et du Nord Canada. Les leaders autochtones continuent à réclamer des réformes politiques.

125e anniversaire de la Confédération du Canada

En 1992, en préparation des célébrations du 125e anniversaire de la Confédération, le gouvernement fédéral invite Georges Erasmus à se joindre à un comité de planification spécial. Ayant à l’esprit toutes ces années d’injustice, de luttes politiques et d’inégalités socioéconomiques, George Erasmus décline l’invitation, expliquant qu’il y avait plus de travail encore à faire pour les Autochtones que pour des célébrations. (Voir aussi : Conditions sociales des Autochtones; Autochtones : conditions économiques.) Dans un discours passionné qu’il prononce en 1989, George Erasmus souligne les nombreuses façons dont les Autochtones ont été maltraités au Canada et pose la question des futures relations entre les Autochtones et les Canadiens :

Qu’allons-nous célébrer? Allons-nous célébrer qu’il a fallu attendre 1959 pour que nous puissions voter dans ce pays? Allons-nous célébrer qu’il a fallu attendre 1968 pour que nous puissions voter au Québec? […] Allons-nous célébrer le fait que nos langues autochtones ne sont pas considérées comme étant suffisamment importantes dans ce pays pour être prises en compte d’une manière ou d’une autre sur le plan juridique? […] Je n’aime pas ce qui s’est passé au cours des derniers 500 ans, au cours des derniers 125 ans […] Qu’allons-nous faire durant les prochaines 500 années? Qu’allons-nous faire durant les prochaines 10 années? […] Je ne pense pas que l’on devrait célébrer un événement isolé, à moins que nous soyons prêts à agir différemment.

Fondation autochtone de guérison

En 1998, Georges Erasmus devient président de la Fondation autochtone de guérison, un organisme de bienfaisance au niveau national fondé l’année précédente. Financé par le gouvernement canadien, l’organisme a pour mandat d’aider les personnes affectées par les pensionnats indiens. Les projets communautaires de guérison mis en place par la fondation ont pour objet de remédier aux traumatismes intergénérationnels et d’offrir des ressources qui favorisent la durabilité et la réconciliation. La Fondation autochtone de guérison ferme ses portes le 30 septembre 2014.

Premières Nations du Deh Cho

De 2003 à 2015, Georges Erasmus occupe le poste de négociateur en chef pour les Premières Nations du Deh Cho, qui participent aux discussions portant sur les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale depuis le début des années 1990. Georges Erasmus quittera ces fonctions à l’âge de 67 ans en invoquant des raisons familiales et personnelles.

Distinctions honorifiques et prix

Georges Erasmus a reçu de nombreuses distinctions honorifiques et de nombreux prix durant sa carrière. En 1999, il est fait Officier de l’Ordre du Canada. Il a également obtenu une série de doctorats honorifiques d’au moins sept universités canadiennes, dont l’Université Queen’s, l’Université de Toronto, l’Université de Winnipeg, l’Université York et l’Université de la Colombie-Britannique. En 2009, il reçoit la Médaille du Gouverneur généralpour la nordicité.

Écrits choisis

Georges Erasmus a contribué à de nombreux travaux, en rédigeant notamment l’introduction de l’ouvrage intitulé Drumbeat: Anger and Renewal in Indian Country. Publié en 1989, cet ouvrage offre une tribune aux chefs autochtones qui y livrent des anecdotes sur leur vie et leur travail. Écrivain et cinéaste, Larry Krotz a interviewé Georges Erasmus pour un chapitre de son livre, Indian Country: Inside Another Canada (1990). La fameuse expression de Georges Erasmus, « We the Dene » (Nous, les Dénés), a été citée plusieurs fois par divers auteurs. Le discours dont cette expression est tirée est reproduit dans le livre intitulé Dene Nation: The Colony Within (1977).

Importance

Georges Erasmus a été un porte-parole passionné et efficace pour les Autochtones au Canada. Ses travaux pour l’enquête Berger, la Commission royale sur les peuples autochtones et divers organismes autochtones ont fait prendre conscience des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels auxquels doivent faire face les communautés autochtones. Ses paroles résonnent encore aujourd’hui et elles inspirent toujours de nombreux chefs autochtones.