En août 2014, Jeremy Freeborn interviewait la championne olympique (quatre titres) et championne du monde (sept titres) de hockey, Hayley Wickenheiser, pour l'Encyclopédie canadienne (par courriel). Beaucoup considèrent Hayley Wickenheiser, native de Shaunavon en Saskatchewan, comme la meilleure joueuse de hockey, non seulement de l'histoire des Jeux olympiques mais de tous les temps. Elle a répondu aux questions suivantes au retour de son troisième séjour en Afrique, où elle fait du travail bénévole pour l'organisme Right to Play.

Jeremy Freeborn : Pendant ton enfance en Saskatchewan, as-tu trouvé difficile de jouer au hockey avec des garçons?

Hayley Wickenheiser : Jouer avec des garçons comportait quelques défis, certes, mais c'était surtout en raison des parents de mes coéquipiers, et non pas à cause de mes coéquipiers eux-mêmes. Mes parents ont tout fait pour me protéger de cette négativité, mais malgré tous leurs efforts, j'ai souvent perçu beaucoup de ressentiment. Aujourd'hui, je n'en garde aucune rancune, ces expériences ayant été pour moi des occasions d'en apprendre plus sur moi-même, sur ma résilience et sur ma détermination à foncer.

JF : Tu as vécu tes premiers Jeux olympiques à l'âge de 19 ans. Qu'est-ce qui t'a le plus marquée à Nagano? Tes coéquipières de l'époque t'ont-elles appris quelque chose qui t'aura aidée à mener ton équipe vers la victoire à quatre reprises consécutives entre 2002 et 2014?

HW : Quand tu passes des années à te préparer et à prendre des bonnes habitudes qui deviennent en quelque sorte une seconde nature, tu n'as pas besoin de penser à ce que tu dois faire. Ainsi, tu as toute ton énergie pour te concentrer sur le jeu et pour t'adapter au momentum du match.

JF : Parle-moi de ta première médaille d'or en 2002, et du défi que cela représentait de devoir réussir huit tirs de fusillade lors de la finale.

HW : Oui, c'était mémorable, et le mot est faible. Notre approche était celle de toujours (autant que possible) : coller au plan de match. Si tu es bien préparée, normalement, c’est tout ce qu’il faut.

JF : En 2006, le Canada a défait la Suède et a remporté l'or olympique. Tu as été la joueuse en tête du tournoi avec 17 points. Est-ce qu'il y a un point qui t'a particulièrement marquée?

HW : Pour être honnête, la plus grande surprise a été de ne pas rencontrer les États-Unis en finale. Ça, personne ne s'y attendait.

JF : Était-ce gratifiant de remporter la médaille d'or en sol canadien en 2010?

HW : Évidemment. C'était particulièrement gratifiant puisqu'on était à la maison, chez nous. Mais il n'en demeure pas moins que chaque partie a un petit quelque chose de spécial.

JF : En 2014, l'excellence de l'équipe canadienne de hockey féminin a été confirmée une fois de plus, avec les deux magnifiques buts de Marie-Philip Poulin qui ont mené le Canada jusqu'en finale contre les États-Unis. Comment te sens-tu lorsque tu vois la nouvelle génération de joueuses briller ainsi sur la scène internationale?

HW : C'est un honneur immense d'avoir pu être témoin de l'évolution du hockey féminin et d'y participer en même temps. Je sais que Hockey Canada s'efforce d'avoir une équipe composée d'un certain nombre de vétérans qui ont de l'expérience, ainsi que de jeunes joueuses qui ont de l'énergie et qui s'améliorent chaque année. C'est une formule qui a fait ses preuves, ça ne fait aucun doute.

JF : Tu as décidé de poursuivre ta carrière de hockeyeuse professionnelle et de tenter ta chance aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang en 2018. Pourquoi as-tu décidé de continuer pendant quatre ans de plus?

HW : Je prends la vie au jour le jour, année par année, mais au fond de moi je sais que c'est ce que je veux. Je n'arrêterai pas de jouer de sitôt. Je crois que j'ai des atouts, sur la glace comme en-dehors de l'aréna, qui peuvent contribuer grandement au succès de l'équipe, et je pense que lorsque ça ne sera plus le cas, je saurai m'arrêter. Mais encore aujourd'hui, il n'y a rien au monde qui me rend plus heureuse que d'être sur la glace et d'être une athlète. Je me trouve extrêmement privilégiée.

JF : Mis à part le hockey, tu souhaiterais faire carrière en médecine. Est-ce que tu envisages encore sérieusement cette option? Qu'est-ce qui t'attire le plus dans la médecine?

HW : Oui, je prévois poursuivre une carrière en médecine. Je pense que ça a à voir avec le fait que je suis accro à l'adrénaline. Tu dois prendre des décisions rapidement, travailler en équipe, et ton boulot est différent tous les jours, chaque minute de chaque jour est unique. Ça ressemble beaucoup à ce que je fais aujourd'hui!