Le jour d’ouverture de la saison 1991 des Blue Jays de Toronto, l’équipe avait un nouveau joueur de deuxième but, Roberto Alomar. Durant les cinq saisons suivantes, celui-ci impressionne les amateurs de baseball canadiens par sa constance, tant en offensive qu’en défensive. Le 10 août 2014, il fait partie d’un groupe prestigieux d’anciens Blue Jays qui organisent un camp de baseball à Okotoks, en Alberta. Entre deux leçons de baseball aux enfants pour leur montrer comment s’élancer ou courir les buts, il a pris le temps de s’entretenir avec Jeremy Freeborn de l’Encyclopédie canadienne.

JF : Le 5 décembre 1990, Joe Carter et vous étiez échangés par San Diego à Toronto contre Tony Fernandez et Fred McGriff lors de l’un des échanges les plus importants de l’histoire des Blue Jays. Quelles étaient vos premières réactions en apprenant que vous veniez à Toronto?

RA : J’étais vraiment surpris, tout d’abord, d’être échangé par les Padres de San Diego. Au début, j’étais un peu nerveux. Je ne savais pas grand-chose au sujet de la ville, ni de l’équipe. En revanche, je me suis informé. J’ai posé quelques questions à mon père [l’ancien deuxième-but du baseball majeur, Sandy Alomar Sr], ainsi qu’à des amis. Ils ont tous dit que c’était une place merveilleuse, une ville merveilleuse qui m’attendaient. Quand je suis arrivé ici, tout le monde m’a accueilli. C'était génial.

JF : En 1991, votre première année à Toronto, les Blue Jays se sont rendus jusqu’à la série de championnats de la Ligue américaine, mais ont perdu à Minnesota. Même si l’équipe a perdu, vous avez frappé 0,474 dans votre première série éliminatoire. Dans quelle mesure l’après-saison de 1991 a-t-elle augmenté votre confiance, et cette expérience vous a-t-elle aidé pendant les deux années suivantes?

RA : C’était ma première expérience éliminatoire; un grand moment. J’adore ce genre de défis. C’était super de faire partie d’une grande équipe, et d’en être arrivé aux éliminatoires. Ce n’est pas chaque fois qu’on peut s’y rendre. C’était comme un rêve qui devenait réalité, pour tous les joueurs. Nous avions beaucoup de plaisir. À partir de ce moment-là, nous avons gagné deux titres de la Série mondiale (1992 et 1993).

JF : Quel effet cela vous a fait d’être membre de la toute première équipe championne de la Série mondiale des Blue Jays de Toronto en 1992?

RA : C’était très satisfaisant. En tant que joueur de baseball, on veut toujours atteindre cet objectif. C’est l’un des buts les plus difficiles à atteindre. Il faut faire preuve de bon travail d’équipe. Il ne s’agit pas d’une réussite individuelle. Nous avions une équipe excellente, un bon gérant [Cito Gaston] et un bon organisme. Nous avons foncé et nous avons joué de la bonne façon.

JF : Parlez-moi de votre réaction quand vous avez vu Joe Carter frapper le coup de circuit de trois points qui vous a permis de gagner la sixième partie de la Série mondiale en 1993.

RA : C’était incroyable, d'autant plus que nous étions du côté gagnant. Le pointage était à égalité avec deux pour chaque équipe. Il a frappé sur un bon lancer et la balle est sortie du parc. Il était un des plus grands frappeurs qu’on ait jamais eu dans l’organisme.

JF : Pendant le temps que vous avez passé à Toronto, vous avez été nommé joueur étoile à cinq reprises et avez gagné un gant doré chaque saison. Quel jeu défensif vous a rendu le plus fier et pourquoi?

RA : J’ai joué beaucoup de bonnes parties, mais si je dois en choisir une seule, je dirais qu’il s’agissait du jeu que j’ai effectué lors de la Série mondiale derrière John Olerud. Je dois choisir cette partie-là à cause du contexte : nous jouions dans la Série mondiale. Oui, ce serait certainement celle-là.

JF : Votre meilleure saison offensive au classement général était probablement celle à Cleveland en 1999, à 31 ans. Il devait être satisfaisant, pendant cette saison, de frapper 24 circuits et 120 points produits au sommet de votre carrière?

RA : Il est toujours satisfaisant, en tant qu’individu, d’obtenir ces chiffres. En tant qu’équipe, nous n’avons pas atteint le but que nous nous étions fixé. Nous n’avons pas été à la hauteur dans la Série mondiale [ayant perdu cinq parties face aux Red Sox de Boston dans la série divisionnaire de la ligue américaine]. En tant qu’individu, je pense que j’ai eu une de mes meilleures années à Cleveland. C’était une très bonne saison.

JF : Après votre retraite en 2004, vous êtes resté très près des Blue Jays. Parlez-moi de certains projets auxquels vous avez participé avec les Blue Jays au cours des dix dernières années.

RA : Nous avons le programme Super Camp. Je contribue à la fondation Blue Jays Care, qui s’implique au sein de la communauté. Je suis conseiller spécial à l’équipe et à l’organisme. Je veux continuer à aider les jeunes. Je veux qu’ils restent dans la bonne voie. Je viens d’une petite collectivité à Porto Rico et je sais ce que ça prend pour aller jusqu’au bout et arriver aux ligues majeures. Je crois qu’il est très important de rendre à la collectivité. C’est ce que je fais en ce moment, et c’est quelque chose que j’adore. J’ai également ma propre entreprise à Toronto, appelée Alomar Baseball. Nous fabriquons des bâtons, des gants et des gants de frappeur, uniquement des produits pour le baseball. Je m’amuse beaucoup et je profite de la vie jusqu’ici.

JF : Il est donc significatif pour vous de vous rendre dans de petites collectivités canadiennes comme Okotoks pour y enseigner le baseball?

RA : J’adore ça. J’adore me rendre dans différentes collectivités canadiennes. Ma conjointe est canadienne; découvrir le Canada, rencontrer les gens et redonner aux communautés est quelque chose que je n’oublierai jamais. Je suis content de faire partie de ce programme, et heureux qu’il prenne de l’ampleur. Simplement offrir aux jeunes l’occasion de prendre plaisir au jeu, et venir ici entouré d’autres anciens prêts à aider, c’est tellement plaisant.

JF : En 2011, vous êtes devenu le premier joueur des Blue Jays à être intronisé au Temple de la renommée du baseball de Cooperstown. Quelle impression cela vous a fait d’être le tout premier joueur des Blue Jays de Toronto dans l’un des musées sportifs les plus prestigieux au monde?

RA : C’était une très grande journée pour moi, je m’en souviens. Tout d’abord, je n’arrive pas à croire que j’ai été intronisé au Temple de la renommée. Quand on est enfant, on rêve de jouer le jeu, mais on ne rêve jamais de faire partie du Temple de la renommée. C’était donc un grand accomplissement. On se souviendra de moi comme étant l’un des joueurs élites. J’étais très ému en prononçant mon discours. C’était comme dans un rêve; j’étais avec ma famille, et beaucoup d’amateurs canadiens, latinos et portoricains étaient présents. Je me sentais comme un enfant qui se rend de sa première partie dans la Petite Ligue jusqu’à la Ligue majeure, et voilà qu’il est intronisé au Temple de la renommée. Il s’agit d’un accomplissement incroyable.

JF : Qui vous a le plus influencé dans votre carrière de baseball?

RA: Je dirais que c’était mon père, qui m’a toujours donné de précieux conseils. Il était toujours présent pour moi. Ma mère était le cœur et l’âme de la famille. C’est elle qui m’amenait à mes parties de la Petite Ligue. Elle assistait toujours à mes parties de la Ligue majeure. Je n’aurais pas pu demander mieux. Mes parents, toute ma famille, mon frère [Sandy Alomar Jr, qui était receveur dans la Ligue majeure], ma sœur; ils étaient toujours présents pour moi.

JF : Côté personnel, quel est selon vous le plus grand moment de votre vie, et pourquoi?

RA : La première fois que j’ai frappé dans les Ligues majeures, contre Nolan Ryan. Pour moi, c’était un rêve qui s’est réalisé. Ou bien, jouer avec mon frère lors du match des étoiles (1990–1992 et 1996–1998). Mais si je devais choisir un seul moment, le plus grand serait notre victoire au championnat de la Série mondiale. Tout de suite après, en deuxième place, serait mon intronisation au Temple de la renommée : de voir Hank Aaron, Frank Robinson, et tous ces grands joueurs derrière moi – c’était un moment grandiose.

JF : Que diriez-vous aux jeunes joueurs de baseball canadiens qui rêvent de faire partie des Ligues majeures de baseball?

RA : Il faut qu’ils croient en eux, qu’ils se dépassent et travaillent fort.; il faut voir grand. Quand on voit grand, on obtient des résultats. C’est le meilleur consil que je puisse donner.