Construite de 1967 à 1969 à Saint-Boniface, au Manitoba, l'église du Précieux-Sang est dessinée par Étienne-Joseph Gaboury, du bureau d'architectes Gaboury, Lussier, Sigurdson. Gaboury est un des architectes canadiens les plus imaginatifs et inventifs de sa génération et l'auteur de certains projets publics importants, entre autres la Monnaie canadienne à Winnipeg et l'ambassade du Canada à Mexico. Il se distingue aussi dans la conception d'églises. Après avoir obtenu son diplôme à l'Université du Manitoba en 1958, il passe un an à Paris, et Winnipeg devient le centre de ses activités. Chaque concept d'église représente une approche unique de la création d'un lieu qui inspire le recueillement.

La diversité architecturale de ces églises et autres bâtiments du Manitoba témoigne non seulement de la créativité prodigieuse de cet architecte, mais aussi de la scène architecturale dynamique du Winnipeg des années 1960. Grâce en grande partie à la présence de John Russell à la direction de l'école d'architecture de l'Université du Manitoba, celle-ci peut se vanter d'avoir un personnel enseignant de classe internationale et des diplômés exceptionnels. La ville devient un centre architectural important d'exploration et d'innovation. C'est dans ce contexte fertile et favorable à la création que l'église du Précieux-Sang se démarque par son évocation convaincante du sens de l'utilité, de la communauté, du lieu et du temps.

La disposition du plan de base de l'église respecte les directives du concile Vatican II en disposant les fidèles en demi-cercle assez près de l'autel. Situés sur un site à angle ouvert, les murs incurvés en brique créent une relation harmonieuse avec les maisons de banlieue environnantes, tandis que la partie supérieure revêtue de bardeau de cèdre incliné constitue une silhouette dramatique qui domine l'horizon de cette zone résidentielle tranquille de la ville. Réponse prudente au rude climat du Manitoba, les ouvertures minimales servent aussi à moduler la lumière du jour qui entre et génère une atmosphère spirituelle dans un lieu d'une tranquillité transcendantale.

Comme l'église dessert avant tout une communauté métisse, une référence culturelle subtile y est intégrée : la structure de l'espace suggère, sans la reproduire vraiment, la configuration fondamentale d'un tipi. Avec la technologie des éléments laminés du 20e siècle à une asymétrie audacieuse dans la disposition de ses composantes spatiales, l'église est bien un produit de son temps. Pourtant, dans l'intégration disciplinée de sa géométrie, de sa structure et des matériaux, elle représente les valeurs architecturales fondamentales qui transcendent le temps et le lieu. C'est par cette cohérence formelle ancrée dans l'usage et la culture que l'église du Précieux-Sang se distingue en tant qu'œuvre d'architecture canadienne.