Edward Palmer, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard (1859-1863), politicien, juge, avocat, agent foncier (né le 1er septembre 1809 à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard; décédé le 3 novembre 1889 à Charlottetown). Edward Palmer était clairement un membre conservateur du Pacte de famille de l’Île-du-Prince-Édouard. Il a assisté à la Conférence de Charlottetown et à la Conférence de Québec, et s’opposait fermement à la Confédération.

Jeunesse et début de carrière

Edward Palmer est le fils de James Bardin Palmer, un avocat irlandais arrivé à l’Île-du-Prince-Édouard en 1802 et qui s’est parfaitement intégré à l’élite locale avant sa mort, en 1833, c’est-à-dire qu’il s’est inséré dans le dominant régime de location des terres (voir Question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard). Plusieurs seigneurs non résidents importants ont employé son père comme agent. Ce dernier lègue donc à sa famille une réclamation qui mène à la prise de possession d’environ 12 000 acres.

Après avoir étudié le droit avec son père, Edward Palmer est admis au Barreau en 1830. Lorsqu’il entre en politique, gagnant un bastion du Pacte de famille en 1834, le sujet de l’heure est la confiscation (la saisie des titres de propriété de seigneurs absents qui n’ont pas su respecter les termes de leur concession). Il est un fervent défenseur des droits de propriété, et devient rapidement un représentant du Parti conservateur (aussi connu sous le nom de « tory ») important à l’Assemblée.

Carrière politique

Edward Palmer représente Charlottetown sans interruption jusqu’en 1870, d’abord à la Chambre d’assemblée, puis au Conseil législatif. Au cours des années 1840, il gagne en reconnaissance au sein du Parti conservateur. En 1849, il devient chef du parti à l’Assemblée, poste qu’il occupe une décennie. Il s’oppose à un gouvernement responsable (adopté en 1851) et à la législation libérale comme le projet de loi sur la gratuité scolaire de 1852 et le projet de loi sur le droit de vote de 1853, qui visent principalement à renforcer la position des fermiers, occupants majoritaires des terres (voir Question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard).

Les années 1850 s’avèrent difficiles pour la carrière d’Edward Palmer. Alors que les Tories s’apprêtent à siéger pour une longue période à l’opposition, Edward Palmer affirme qu’il « a toujours été un défenseur des droits des propriétaires », ce qui n’est pas le genre de déclaration qui rallie la majorité des Prince-Édouardiens. En quête d’une nouvelle stratégie politique, il réussit à diviser les libéraux et les fondements de leur soutien populaire avec une « approche biblique ». Edward Palmer, anglican, appuie fortement la campagne du clergé protestant pour l’utilisation de la « Bible ouverte », avec quelques restrictions, dans les écoles publiques, qu’il reproche au gouvernement libéral d’ignorer. Les électeurs protestants, alors majoritaires, semblent convaincus par les arguments des conservateurs. En 1859, les Tories réussissent à former un gouvernement exclusivement protestant, mené par Edward Palmer, tandis que la « disposition biblique » introduite par le nouveau régime donne une base législative au statu quo.

En janvier 1863, Edward Palmer porte une seconde fois les conservateurs au pouvoir après une campagne marquée par une plus grande amertume sectaire, aboutissant à un autre gouvernement entièrement protestant. Quelques semaines plus tard, un autre conservateur, John Hamilton Gray, chasse Edward Palmer de la charge de premier ministre. Les personnalités semblent être plus importantes que la politique dans les conflits du parti.

Confédération

En novembre 1864, la question d’une union de l’Amérique du Nord britannique dévoile les différends entre John Hamilton Gray et Edward Palmer au grand jour. John Hamilton Gray est un grand défenseur de la Confédération, tandis qu’Edward Palmer s’y oppose fortement. Ce dernier assiste à la Conférence de Charlottetown, puis à la Conférence de Québec, bien documenté, et il se fait décrire comme un protestataire tenace et intransigeant. Peu de temps après le retour des délégués prince-édouardiens, une série de confrontations entre les chefs conservateurs mène à l’exclusion de John Hamilton Gray et d’Edward Palmer de la refonte du Cabinet, mené par James Colledge Pope, un important homme d’affaires dont l’attitude envers la Confédération est ambiguë.

La Confédération est au centre des préoccupations d’Edward Palmer pour le restant de sa carrière, et le nom de ce dernier devient synonyme d’« anticonfédération » à l’Île-du-Prince-Édouard. Edward Palmer change même de parti politique lorsqu’il est évident qu’un deuxième gouvernement conservateur mené par James Colledge Pope poursuivrait un projet ferroviaire (que la province ne peut pas accepter) et mènerait la province à la Confédération. En 1872, Edward Palmer conteste avec succès le Conseil législatif grâce à une élection partielle pour une circonscription rurale et se joint à un gouvernement libéral qui s’oppose à la Confédération. Cependant, le dé est déjà lancé, et la province entre dans la Confédération le 1er juillet 1873.

L’explication derrière l’opposition d’Edward Palmer à la Confédération n’est pas un mystère. Bien que le politicien ait peut-être eu ses raisons personnelles, il ne croit pas, comme la plupart des Prince-Édouardiens, qu’elle serait bénéfique pour la province.

Voir aussi L’Île-du-Prince-Édouard et la Confédération.

Vie après la politique

La Confédération marque la fin de la carrière politique d’Edward Palmer. En 1873, ce dernier est nommé juge de la cour du comté de Queens. L’année suivante, il est nommé juge en chef provincial, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort. La dernière nomination est toutefois controversée, puisque le gouvernement fédéral ignore deux juges honorables déjà. Edward Palmer est un juriste compétent, mais quelconque.

Héritage

Edward Palmer est au cœur, ou presque, de la vie publique canadienne à l’Île-du-Prince-Édouard, à titre de politicien ou de juriste, pendant plus de 50 ans. D’abord, il amorce sa carrière principalement comme représentant de Charlottetown et de ses intérêts particuliers, puis il devient chef parlementaire du Parti conservateur. Dès l’arrivée du gouvernement responsable, il entame lentement mais sûrement la revitalisation du soutien au parti avec une technique largement fondée sur les sentiments sectaires. Avec la Confédération au centre des discussions politiques, il devient une sorte de tribune populaire en raison de son ardente opposition à unir les colonies, position qui le place en parfait accord avec l’opinion publique générale dans la province.