L'éducation préscolaire englobe une variété de programmes de services de garde et d'éducation destinés aux jeunes enfants et à leurs parents. L'importance traditionnelle accordée aux programmes de services de garde, de prématernelle et de maternelle s'est récemment élargie aux enfants en bas âge et aux écoliers du niveau primaire, mais les programmes conçus pour les enfants âgés entre deux et huit ans dépassent en nombre ceux destinés aux enfants plus jeunes et plus âgés.

Divers programmes de services de garde et de maternelle sont conçus pour les besoins de garde et d'éducation des enfants d'âge préscolaire. Bien qu'il existe plusieurs sortes de services de garde, la demande croît pour les programmes de groupes dispensés dans un centre. Dans les écoles, les niveaux de la maternelle et de la première année du primaire sont considérés comme les débuts de l'apprentissage. Pour certains enfants canadiens, l'entrée à la maternelle ou en première année représente la première expérience d'éducation encadrée.

Bien que les programmes soient axés, selon l'âge et l'expérience des enfants, sur les soins ou l'enseignement, toute l'éducation préscolaire repose sur le principe du respect de la personnalité de l'enfant et de l'importance accordée à son développement complet. La pratique de l'éducation préscolaire reflète la pensée de Johann Pestalozzi (1746-1829), éducateur suisse renommé dont le travail auprès des jeunes orphelins est généralement reconnu pour avoir donné naissance à l'éducation préscolaire.

L'influence des éducateurs européens, tels Friedrich Froebel, Maria Montessori et Margaret McMillarn, est évidente dans l'éducation préscolaire nord-américaine et européenne. Au Canada, les écoles Montessori en sont l'exemple concret, mais leur influence à long terme se manifeste surtout dans les pratiques en classe fondées sur le développement et le respect de la personnalité de l'enfant. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, l'éducation préscolaire est fortement influencée par les théories du psychologue suisse Jean Piaget. Ses recherches sur la pensée enfantine, en particulier, suscitent une vague de recherches sur le développement intellectuel de l'enfant et donnent lieu à plusieurs innovations dans les programmes préscolaires.

Il existe une controverse à propos de ce qui constitue le meilleur enseignement donné à un enfant en bas âge, bien que ce soient généralement les moyens qui sont discutés plutôt que les buts. Ces dernières années, les approches ludiques appliquées à l'enseignement et à l'apprentissage ont fait l'objet de critiques de la part des parents et de la population, qui réclament une responsabilité éducationnelle et un retour à un enseignement strict. Les convictions s'opposent : quel est le moment propice où les enfants pourraient et devraient diriger leur propre apprentissage? À quel degré un enseignant ou tout autre adulte peut-il intervenir dans l'apprentissage d'un enfant? Cette question est discutable, particulièrement lorsque l'intervention prend la forme d'un enseignement direct.

Un deuxième point faisant l'objet de controverse concerne l'utilité des objectifs fixés à l'avance. Une bonne part du débat touche les programmes scolaires pour les enfants âgés entre cinq et huit ans, mais il s'étend également aux programmes préscolaires, probablement en raison du nombre élevé d'enfants qui fréquentent des établissements préscolaires pendant un à deux ans avant de commencer l'école.

L'éducation compensatoire pour les enfants d'âge préscolaire, offerte principalement aux États-Unis grâce à un financement public massif, est destinée à répondre aux besoins des enfants socialement et économiquement défavorisés. Certains programmes conçus par des équipes de chercheurs remettent en question l'importance que l'éducation préscolaire donne depuis longtemps au développement social et émotif et mettent plutôt l'accent sur le développement intellectuel. Le conflit entre les programmes plus traditionnels et les programmes expérimentaux et l'effet de ces programmes sur les enfants deviennent alors partie intégrante du débat sur les tenants et les aboutissants de l'enseignement préscolaire. Au Canada, le débat porte surtout sur les enfants « à risque », c'est-à-dire ceux qui, en raison de leurs antécédents, sont susceptibles de faire face à des difficultés à l'école et dans la société.

Au Canada, certaines de ces questions sont associées à l'apprentissage d'une langue seconde et concernent les enfants ayant des troubles particuliers d'apprentissage ou de développement. Les enfants d'immigrants arrivés récemment entrent souvent en maternelle ou en première année avec peu de connaissance (ou aucune) du français ou de l'anglais. Les opinions diffèrent quant à la meilleure technique pour leur enseigner l'une des langues. Le dépistage précoce adopté par plusieurs commissions scolaires a pour but de déceler les besoins particuliers et les aptitudes de l'enfant au moment où il entre à l'école. Là encore, il existe différents points de vue quant aux meilleurs moyens d'isoler les problèmes réels ou potentiels et de répondre aux besoins de l'enfant.

Le dépistage précoce sert à déterminer les troubles physiques, sociaux, émotionnels et d'apprentissage chez les enfants d'âge préscolaire et du niveau primaire. On a élaboré des méthodes à cette fin, et on encourage un certain suivi afin de déterminer les besoins de chaque enfant.

C'est probablement la philosophie et les pratiques britanniques qui ont exercé la plus grande influence sur l'éducation préscolaire au Canada. Souvent qualifiée d' « informelle » ou d'« ouverte », cette démarche est perçue par plusieurs comme l'incarnation de la philosophie de l'éducation « axée sur l'enfant ». Les efforts pour implanter une éducation « parallèle » au Canada et aux États-Unis se sont dirigés en particulier vers les maternelles et les programmes du niveau primaire. En Ontario, près de 400 écoles à aires ouvertes ont été construites entre 1967 et 1972. Même dans les écoles où les aires ouvertes n'existent pas, on utilise des tables à colorier, du matériel de création et des accessoires utilisés en Angleterre. On tente également, au Canada, de regrouper des enfants d'âges différents, comme cela se fait en Angleterre.

D'autres changements dans l'éducation et la société influencent aussi la portée et l'orientation de l'éducation préscolaire. Pendant plusieurs années, les recherches sur le développement de l'enfant et les pratiques en éducation préscolaire sont dominées par les spécialistes du domaine qui s'opposent à l'intervention directe des enseignants. Cependant, depuis les années 60, des spécialistes et des chercheurs appartenant à d'autres disciplines et professions s'intéressent à l'étude des enfants et à l'élaboration de l'enseignement préscolaire. Aujourd'hui, au Canada, un certain nombre de départements d'éducation et de psychologie universitaires sont engagés dans des recherches sur le développement et l'apprentissage de l'enfant ainsi que sur l'étendue et les perspectives des pratiques préscolaires. La recherche en linguistique, par exemple, fournit une nouvelle compréhension de l'évolution du langage et de ses relations avec la pensée. Ces découvertes suscitent de nouvelles discussions sur le rôle de l'enseignant dans l'apprentissage du langage.

L'évolution du mode de vie et les changements sociaux touchent également l'éducation préscolaire en raison des exigences et des besoins changeants en matière de soins et d'éducation de l'enfant. Le nombre croissant de femmes actives, dont plusieurs d'entre elles sont mères de jeunes enfants, donne lieu à une demande accrue de services de garde. Au Canada, cette demande et le financement de ces services retiennent l'attention de plusieurs groupes de pression et des décideurs, et la réponse de l'école à ces besoins est devenue un sujet de débat.

Le plus grand défi des praticiens et des chercheurs d'aujourd'hui consiste sans doute à déterminer si l'éducation préscolaire atteint ses objectifs. L'élaboration de mesures valables et fiables pour évaluer l'efficacité des programmes ou même pour définir les critères d'efficacité s'avère difficile parce que certains éducateurs ne sont pas disposés à appuyer l'évaluation normative des effets d'un programme sur les enfants. Cette réticence semble venir du fait que toute évaluation normative s'oppose à la notion de respect des différences individuelles. Quoi qu'il en soit, les progrès que l'on enregistre dans la conception et la méthodologie de la recherche, conjugués à la conscience de la nécessité d'appuyer les revendications avec des preuves, viennent étayer un nombre croissant de recherches dans le domaine. Celles-ci démontrent de plus en plus que l'on se soucie des résultats immédiats et à long terme des programmes d'éducation préscolaire, et de la relation entre les programmes et entre les perspectives d'apprentissage.