Charles (Charlie) Edenshaw, Tahayren de son nom haïda, chef haïda et maître-artiste (né en 1839 à Skidegate sur l’archipel Haida Gwaii en Colombie‑Britannique; décédé le 10 septembre 1920 à Masset sur l’archipel Haida Gwaii en Colombie‑Britannique). Charlie Edenshaw a été l’un des premiers artistes professionnels haïdas. Il s’est fait remarquer pour son exécution impeccable de formes flottantes et dynamiques dans le cadre d’une tradition artistique par ailleurs stricte et rigoureuse.

Ascendance, jeunesse et premières œuvres

Charlie Edenshaw est porteur de plusieurs prestigieux noms haïdas de la puissante lignée de l’aigle Stastas. Selon Margaret B. Blackman, la biographe de l’artiste, la fille de ce dernier, Florence Davidson, a expliqué que les noms de son père signifiaient « Fées venant à toi comme dans une grosse vague », « Bruit dans la fosse de la maison » et « Ils ont donné dix potlatchs pour lui ». Elle a également déclaré à l’anthropologue Wilson Duff que s’il était prénommé « Charlie » plutôt que « Charles », c’est parce qu’il était héritier d’un autre artiste de renom qui portait le titre de chef Idisaw, son oncle maternel Albert Edward Edenshaw : celui-ci s’est donné les noms du roi d’Angleterre de l’époque, Albert Edward, comme nom de baptême, choisissant celui de l’héritier présomptif du trône, Bonnie Prince Charlie, pour son propre neveu et héritier.

Charlie Edenshaw passe une grande partie de sa jeunesse dans les villages de Kiusta et de Yatze. Ayant survécu à l’épidémie catastrophique de variole de 1862 qui avait réduit la population haïda de 30 000 personnes à moins de 600, le clan de l’aigle Stastas déménage à Masset. C’est son oncle John Robson qui forme le jeune Charlie aux traditions haïdas. Entre 1878 et 1881, l’oncle érige un mât à la mémoire de Qwa'Kuna que sculpte le neveu en tant qu’apprenti sculpteur. Chaque été, Charlie Edenshaw va rejoindre son oncle à Kung pour y apprendre son art auprès de lui. Finalement, il déménage à Masset pour achever son apprentissage à temps plein. Une fois obtenu le titre de maître-artisan, il donne un potlatch dans la maison de son oncle. Il produit ses premières œuvres pendant une période durant laquelle la culture traditionnelle haïda risque de disparaître sous le coup d’amendements aggravant encore les dispositions de la Loi sur les Indiens en restreignant les cérémonies tribales et les pratiques artistiques autochtones.

Œuvres de la maturité

Si les premières œuvres de Charlie Edenshaw sont essentiellement des mâts totémiques, son répertoire s’enrichit progressivement et finit par inclure une grande variété d’objets en bois, en argilite et dans différents métaux précieux. On citera notamment un large bracelet à motif d’ours de mer en argent profondément gravé qui représente une créature surnaturelle, mi-ours mi-orque, ouvrant large sa gueule et dévoilant ses dents dans ce qui est peut-être un sourire moqueur, tandis que d’autres formes s’insinuent en lui et serpentent sur toute la surface du bijou; l’un des magnifiques plateaux d’argilite réalisé au début de sa carrière donnant à voir des créatures paniquées, mi-animal mi-esprit, ramant avec l’énergie du désespoir dans leur canot tandis qu’un monstre marin s’agite violemment en dessous; et l’un des coffres qu’il réalise en bois courbé décoré de têtes, d’une bouche géante d’où émergent des narines saillantes, de visages aplatis et d’yeux soulignés en noir dansant à la surface du bois pigmenté en orange.

À Masset et à Prince Rupert, Charlie Edenshaw rencontre souvent des anthropologues travaillant pour des musées, des conservateurs et des collectionneurs. Ses contributions à l’art mondial prennent donc non seulement la forme d’œuvres exquises en or, en argent, en ivoire, en argilite et en bois, mais elles se retrouvent aussi dans les archives et la documentation relatives à la langue et à la culture haïda.

Travaillant avec des érudits et des collectionneurs notoires tels que C.F. Newcombe, Franz Boas, John Swanton et Marius Barbeau, Charlie Edenshaw produit un corpus riche et diversifié d’objets d’art : boîtes peintes et entaillées, bijoux en or et en argent, sculptures en argilite de toutes sortes, pommeaux de cannes en ivoire ainsi que masques, crécelles et fronteaux de coiffures pour les cérémonies. Les historiens de l’art et les anthropologues continuent d’étudier son œuvre abondante tandis que des artistes, tels ses petits-fils Reg et Robert Davidson, perpétuent la tradition d’excellence qui est la sienne. Son travail exerce également une influence déterminante sur l’œuvre de son arrière-petit-neveu Bill Reid.