Contexte

Depuis leurs débuts, les patriotes et leurs partisans se heurtent à l’opposition farouche des Bas-Canadiens anglophones, que l’on surnomme « constitutionnalistes ». Ces derniers cherchent à défendre les intérêts britanniques dans la colonie, préserver les liens qui unissent le Bas-Canada à leur mère patrie, limiter le pouvoir politique des Canadiens français et les assimiler par l’union des deux Canada.

Après la parution des 92 résolutions, qui marque la radicalisation des patriotes, plusieurs constitutionnalistes sentent le besoin de s’armer et de former un corps militaire pour protéger la colonie de la menace patriote. Le British Rifle Corps, une milice formée de volontaires, est donc créé le 16 décembre 1835. Ses membres ont pour but de défendre « le lien entre la Grande-Bretagne et le Bas-Canada, et de conserver intacts les droits et les privilèges que leur garantit la Constitution ». Critiquée par le gouverneur lord Archibald Acheson Gosford, qui soutient que les intérêts britanniques ne sont pas du tout menacés au Bas-Canada, la milice est défaite un mois après qu’il l’ait déclarée illégale.

Création et visées

Quelques mois plus tard, au mois de mars 1836, plusieurs anciens membres du British Rifle Corps rejoignent les rangs d’une nouvelle association politique et paramilitaire, le Doric Club, fondée par Adam Thom. Né en Écosse, Adam Thom s’installe à Montréal en 1832, où il devient rapidement une figure haïe des Canadiens français. En 1835, il est nommé rédacteur en chef du Montréal Herald,un journal bien connu pour ses positions résolument contre les Canadiens français. Adam Thom condamne, entre autres, leurs coutumes et leur code de lois (voir Code civil), qui, selon lui, sont responsables des difficultés économiques et politiques des Britanniques vivant dans la colonie. Il affirme également que la plupart des Canadiens français sont des traîtres qui cherchent à détruire l’Empire britannique. Enfin, il condamne les politiques conciliatoires de lord Archibald Acheson Gosford.

Le Doric Club encourage la population du Bas-Canada restée loyale à la Couronne britannique à s’unir pour défendre les intérêts britanniques contre les patriotes. À l’instar du British Rifle Corps, le Doric Club déclare qu’il ne faut pas hésiter à employer la violence : « Si nous sommes abandonnés par le gouvernement et le peuple britanniques, nous sommes déterminés à nous battre pour notre libération avec nos armes plutôt que de subir l’humiliation de devenir sujets d’une République canadienne-française ». Les membres du Doric Club désignent également le gouvernement colonial comme responsable de la crise politique de l’époque. Il aurait pu, selon eux, mettre fin à la menace patriote en envoyant tous les fauteurs de trouble à l’échafaud.

Le Doric Club peut compter sur un grand soutien à Montréal, où la communauté anglophone est en majorité et comprend des hommes importants comme Thomas Workman, George Moffatt, Peter McGill et John Molson. Selon l’historien Allan Greer, ceci représente un immense avantage pour le Doric Club : « La richesse, le pouvoir et l’influence politique sont du côté des constitutionnalistes, et une impressionnante structure militaire a tendance à être sympathique à leur cause. »

Doric Club vs Société des Fils de la Liberté

Le Doric Club a pour principale opposante la Société des Fils de la Liberté, une organisation paramilitaire affiliée aux patriotes. Le 6 novembre 1837, une altercation violente opposant les deux groupes éclate dans les rues de Montréal. Anticipant une assemblée publique des Fils de la Liberté, qui se réunissent tous les premiers lundis du mois, le Doric Club fait appel à tous ses partisans loyalistes et leur donne rendez-vous sur la place d’Armes, où doit avoir lieu l’assemblée des Fils de la Liberté, afin de tuer dans l’œuf ce qu’ils considèrent comme une possible rébellion. La violence éclate après l’assemblée. André Ouimet, le président des Fils de la Liberté, est blessé au genou, et les demeures d’autres patriotes tels que T. S. Brown, Joshua Bell et Robert Nelson sont vandalisées. Les bureaux du Vindicator,à l’époque le seul journal appuyant les patriotes de langue anglaise de toute la colonie, sont également endommagés. La confrontation fournit également aux autorités un prétexte pour lancer des mandats d’arrestation contre les meneurs des patriotes, ce qui donnera naissance aux rébellions canadiennes.

Rébellion

Bien que lord Archibald Acheson Gosford soit opposé au Doric Club, sir John Colborne, qui est nommé commandant en chef des forces impériales de l’Amérique du Nord britannique en mai 1836, s’en formalise beaucoup moins. En fait, le Doric Club s’avère très utile pour lui dans sa lutte contre les patriotes. Dans les mois précédant la rébellion, John Colborne cherche à renforcer ses troupes à Montréal et permet la formation de « corps volontaires ». Selon Allan Greer, les membres du Doric Club sont les premiers et les plus nombreux à répondre à cet appel. Pendant les rébellions, ces derniers jouent également un rôle de premier plan, organisant les groupes de volontaires et assistant John Colborne dans sa lutte contre les rebelles. Le Doric Club se dissout après que ses membres aient rejoint John Colborne au tout début des rébellions.