Histoire

Avant la colonisation, la chasse, la pêche et la cueillette sont au centre de l’économie ​dénée​. Les Dénés parcourent leur vaste territoire traditionnel, qui va de la baie d’Hudson aux Territoires du Nord-Ouest en passant par le Yukon jusqu’à l’intérieur de l’Alaska, pendant le printemps et l’été afin d’accumuler des vivres, ainsi que des matériaux qui serviront à fabriquer des vêtements, des abris et des outils. Certaines bandes dénées chassent également le gibier pendant les mois d’hiver, franchissant d’immenses distances en raquettes ou en toboggan.

Les jeux des Dénés les préparent au voyage, ainsi qu’à la chasse, à la pêche et à la cueillette. Ils testent l’endurance, la vitesse, la force, la tolérance à la douleur et l’agilité mentale des joueurs. Par exemple, les hommes se préparent à transporter de lourds poissons en s’adonnant au jeu de la traction du doigt, où les joueurs entrecroisent leurs majeurs et tirent le plus fort possible jusqu’à ce que l’un des participants abandonne. Comme la plupart de ces jeux sont créés et pratiqués par les chasseurs et les pêcheurs, tous des hommes, ils sont traditionnellement réservés au sexe masculin.

Quand ils ne servent pas à tester l’endurance et l’habileté des joueurs, les jeux dénés sont également pratiqués pour le plaisir; certains sont créés pour amuser ceux de tous les âges, hommes comme femmes. La bascule dénée, par exemple, est un jeu où les participants tentent de faire tomber leur adversaire d’une balançoire, le tout dans un esprit de compétition amicale. Bien que l’on trouve des variantes des jeux dénés à travers les différentes communautés, ils présentent des ressemblances frappantes, puisqu’ils ont été créés pour la même raison.

Jeux modernes

Les jeux dénés sont encore pratiqués aujourd’hui, mais à des fins d’éducation et de divertissement, pour démontrer les aptitudes athlétiques et l’habileté des joueurs. Plusieurs enseignants du Nord intègrent les jeux dénés à leur cursus scolaire afin de transmettre l’histoire et la culture dénée et de promouvoir un mode de vie sain et actif.

Les femmes prennent désormais part à plusieurs des jeux qui étaient traditionnellement réservés aux hommes. Les jeux dénés sont donc ouverts à tous dans plusieurs écoles et centres communautaires. En 2004, les Jeux d’hiver de l’Arctique (JHA) permettent aux jeunes femmes de participer à certains jeux dénés pour la première fois, notamment la poussée du poteau, la traction du doigt et les jeux de mains. Bien que cette inclusion offre aux femmes de nouvelles possibilités, certains affirment qu’elle ne garantit pas une égalité réelle : en 2016, il est interdit pour les femmes nées avant 1996 de prendre part aux jeux dénés à l’occasion des JHA, tandis qu’il n’existe pas de restriction d’âge pour les hommes. Quelques communautés dénées ont exprimé des réserves par rapport au fait d’inclure des joueuses dans certaines compétitions, invoquant des raisons culturelles. Malgré tout, les femmes parviennent peu à peu à faire accepter leur participation totale aux JHA. En mai 2016, par exemple, la Yukon Hand Games Society organise le premier tournoi entièrement féminin de jeux de mains.

Catégories de jeux dénés

Bien qu’il existe toute une variété de jeux dénés, les cinq plus répandus sont la traction du doigt, le serpent des neiges, la traction du bâton, les jeux de mains et la poussée du poteau. Plusieurs compétitions sportives régionales comprennent ces jeux, dont la plus connue demeure les JHA. La compétition de jeux dénés des JHA présente quatre catégories en fonction de l’âge et du sexe des joueurs : compétition ouverte aux hommes (sans restriction d’âge), hommes junior (joueurs nés en 1996 ou depuis), femmes junior (joueuses nées en 1996 ou depuis) et femmes juvénile (joueuses nées en 2000 ou depuis). Chaque groupe d’âge ou catégorie désigne quatre athlètes provenant des différents territoires participants pour s’affronter pendant ces cinq événements sportifs. Les JHA établissent généralement la norme en ce qui concerne les règles de ces jeux dénés, mais d’autres compétitions sportives présentent des règles et des règlements légèrement différents.

Traction du doigt

Il s’agit d’un jeu pratiqué à un contre un qui servait à l’origine à renforcer les doigts des pêcheurs, obligés de transporter de lourds poissons depuis le rivage jusqu’à leur campement en utilisant leurs doigts en guise de crochet. Le jeu met donc face à face deux joueurs dans un test d’endurance; ceux-ci entrecroisent leurs majeurs et tirent de toutes leurs forces jusqu’à ce que l’un d’entre eux abandonne.

Dans la version moderne du jeu, deux joueurs s’affrontent assis l’un en face de l’autre; l’un est défenseur, l’autre attaquant. Le but du joueur en défense est d’empêcher son adversaire de défaire l’entrecroisement de leurs doigts ou d’amener le bras du défenseur en extension. Chaque joueur doit conserver une position précise pendant la partie. Le joueur en défense doit tendre la jambe gauche, plier la jambe droite et placer le pied droit au creux de sa cuisse gauche. Il place ensuite son bras droit sur sa jambe pliée, tourne la paume droite vers le haut et place sa main gauche sur la jambe gauche de son opposant. Le joueur en attaque place ses deux pieds contre la jambe pliée de l’opposant, avant de placer la main gauche sur l’épaule gauche de son adversaire. Les joueurs doivent alors entrecroiser les majeurs de leur main droite. Le joueur en attaque commence à tirer, lentement et à un rythme régulier, tentant de faire lâcher prise à son adversaire ou de l’amener à changer de position. Si ceci se produit, le joueur en attaque l’emporte. Si le joueur en défense tient bon, il gagne. En général, ce jeu dure environ 8 s chez les jeunes joueurs et 10 s chez les plus âgés. La compétition est composée de trois parties, et le joueur en ayant remporté une de plus que l’autre gagne.

Serpent des neiges

Ce sport individuel qui s’apparente au lancer du javelot (voir Athlétisme) servait autrefois à enseigner aux hommes comment chasser le gibier. Le caribou occupait une place centrale dans l’économie et le mode de vie traditionnels des Dénés. Par conséquent, il était primordial que les hommes maîtrisent les techniques de chasse. Aux aurores, les chasseurs dénés se rendaient furtivement jusqu’aux lacs couverts de neige où se trouvaient les caribous. Ils atteignaient et tuaient le gibier en projetant leurs lances, ce qui nécessitait une précision et une agilité remarquables. Les chasseurs pratiquaient donc cette technique grâce à un exercice que l’on a fini par surnommer le « serpent des neiges ».

Aujourd’hui, le serpent des neiges est essentiellement un jeu de distance. Les joueurs doivent projeter le plus loin possible une lance mesurant 1,4 m vers une étendue de neige plane, soit une piste délimitée par un bac. Le mouvement doit partir de sous la hanche. Le joueur qui lance le plus loin l’emporte. On accorde aux compétiteurs une course de 7,62 m maximum pour se donner un élan avant chaque lancer, et ils ont tous droit à trois essais.

Si le serpent des neiges est considéré comme un jeu déné, d’autres peuples autochtones pratiquent également ce jeu ou une de ses variantes, dont les Ojibwés et les Haudenosaunee. Puisque l’objectif original de ce jeu est d’entraîner les chasseurs, il est normal que plusieurs nations autochtones, dont les économies ancestrales sont souvent basées sur la chasse au gibier, aient développé leur version du serpent des neiges.

Traction du bâton

Le but de ce jeu individuel est, aujourd’hui comme autrefois, de retirer un bâton graissé de la main d’un opposant en tirant, reproduisant les difficultés de la pêche à la main. Autrefois, les chasseurs s’adonnaient à ce jeu après que la communauté se soit rassemblée pour partager la nourriture qu’ils avaient ramenée. Il arrivait à l’occasion que plusieurs communautés dénées se réunissent pour se disputer amicalement le bâton convoité.

Dans les compétitions modernes, deux joueurs debout se font face. Ils ont chacun une main sur le bâton. Ils tirent ensuite avec une force contrôlée, la main serrée contre la hanche, pour tenter de libérer le bâton de la prise de leur adversaire. Les joueurs ne peuvent effectuer une torsion du bras ou un contact physique, tout comme ils ne peuvent dépasser avec leurs pieds une ligne tracée sur le sol. Le bâton doit demeurer parallèle au sol en tout temps. Le joueur qui parvient à faire lâcher prise à son adversaire ou qui réussit à ramener le bâton derrière sa hanche, sur le côté de son corps, pendant 8 s tandis que son adversaire le tient encore l’emporte. La compétition est elle aussi composée de trois parties; il faut en remporter deux pour être déclaré vainqueur.

Jeux de mains

Ce sport d’équipe, aussi connu sous le nom « jeu de bâtonnets », est l’un des jeux les plus populaires parmi les Premières Nations dénées. Contrairement à la plupart des jeux dénés qui servent à tester l’habileté physique, les jeux de mains sont des jeux de devinettes pratiqués pour le plaisir ou à des fins d’échange. Des troupes de chasseurs pariaient des armes, des outils ou des couvertures sur le résultat de ces jeux. Deux équipes composées chacune d’une vingtaine d’hommes s’assoient face à face, souvent séparées par des couvertures tendues sur le sol. Certains des membres d’une équipe tiennent de petits objets cachés au creux de leurs mains tandis que l’autre groupe tente de deviner qui détient un objet. La partie est souvent accompagnée de chants et de tambours. Afin de compliquer la tâche de l’équipe qui doit deviner, les joueurs bougent les bras autour d’eux ou sous les couvertures. Ceux qui devinent indiquent de la main les endroits où ils croient que sont dissimulés les objets. Des bâtonnets récompensent ceux qui visent juste. L’équipe avec le plus de bâtonnets remporte la partie et, par le fait même, les biens ou les items qui ont été pariés.

La version moderne des jeux de mains dénés est très semblable à l’ancienne. Deux équipes d’environ quatre joueurs et un capitaine s’assoient face à face, et des couvertures ou des manteaux tracent une limite entre les deux groupes. Les membres de l’une des équipes cachent des objets au creux de leurs mains pour ensuite les bouger au rythme des tambours, les passant sous leurs vêtements ou les couvertures. Il arrive souvent que les joueurs croisent les bras sur leur poitrine et utilisent leur gestuelle, leurs expressions faciales et certains sons pour induire en erreur le capitaine de l’équipe adverse, qui doit deviner où sont cachés les objets. Lorsque le capitaine est prêt à deviner, il l’indique par un sifflement ou un autre bruit distinctif. Le capitaine emploie ensuite divers signes de la main pour indiquer ses hypothèses. Les joueurs adverses doivent d’abord montrer leurs poings fermés au capitaine, puis ouvrir la main qu’il leur désigne. Si le capitaine s’est trompé et qu’il n’y a pas d’objet dans cette main, l’équipe opposée remporte un bâtonnet; s’il a vu juste, l’adversaire en question est éliminé. Le jeu se poursuit jusqu’à ce que le capitaine ait deviné autant de fois que possible ou que l’équipe adverse ait obtenu tous les bâtonnets (il y en a habituellement 12 par partie).

Une controverse entoure les jeux de mains depuis quelques années, puisque les femmes tentent de plus en plus d’y prendre part. Les traditionalistes affirment que les femmes étaient autrefois bannies des jeux de mains à cause de la croyance spirituelle selon laquelle une femme menstruée distrairait les hommes par son « pouvoir médicinal », compromettant la capacité des hommes à profiter de ce jeu de paris. Si certains hommes et femmes dénés adhèrent toujours à ces croyances, d’autres sont d’avis que les femmes devraient être autorisées à participer aux jeux de mains. D’autres encore soutiennent que les femmes n’étaient pas nécessairement bannies des jeux autrefois, mais qu’elles n’avaient simplement jamais l’occasion de s’y adonner, puisqu’ils étaient réservés aux chasseurs, un statut exclusivement masculin. De nos jours, des femmes et des filles participent de plus en plus aux jeux de mains dénés, représentant leurs territoires respectifs sur des plateformes nationales et internationales.

Poussée du poteau

Ce jeu, qui s’apparente au tir à la corde, met à l’épreuve l’endurance et la force physique des joueurs. Traditionnellement, ces derniers formaient un cercle autour d’un feu et, à tour de rôle, tentaient de pousser l’un de leurs adversaires en dehors du cercle. Bien que ce jeu soit souvent tenu dans le cadre de festins communautaires ou de festivals, la tradition orale des Gwich’in d’Alaska raconte qu’il pouvait autrefois être organisé en l’honneur d’un chef décédé.

Aujourd’hui, les joueurs de la poussée du poteau (généralement quatre par équipe) ont pour objectif de pousser le centre d’un poteau d’environ 6,10 m de long en dehors d’un cercle tracé à même le sol. Les joueurs ancrent leurs pieds dans le sol pour s’assurer d’une bonne prise et d’un meilleur équilibre, et ceux de la même équipe entrecroisent parfois leurs bras afin de pouvoir pousser tous ensemble. Le poteau ne peut se trouver au-dessus de leurs épaules ou en dessous de leur taille. Il est en outre interdit aux participants de se déplacer vers la droite ou la gauche s’ils sont en train d’être poussés hors du cercle. Si les joueurs tombent au sol ou sont incapables de maintenir leur position pendant la compétition, il leur est permis de se relever ou de se remettre en position si le centre du poteau est toujours à l’intérieur du cercle. Encore une fois, la meilleure équipe au terme de trois parties remporte la victoire.

Autres jeux

Certains jeux dénés sont moins répandus, propres à certaines communautés. Par exemple, le jeu cerceaux et poteaux, jeu dans lequel les participants tirent des flèches à travers un cerceau en mouvement, est populaire parmi les bandes du sud-ouest américain parlant la langue dénée, tandis que les jeux de mains n’étaient quasiment pas connus des peuples Gwich’in.

Dans d’autres cas, des jeux populaires ont suivi une évolution différente au fil du temps selon la communauté dénée, ce qui a donné naissance à plusieurs variantes ou visées du même jeu. Par exemple, au jeu de la balle en peau d’orignal (également connu sous le nom « ballon-esclave » ou « ballon prisonnier yukonnais »), les participants tentent de placer un ballon dans un panier ou un trou dans le sol. Selon la région, toutefois, le jeu peut ressembler par certains aspects au ballon prisonnier, au volleyball ou au rugby. Dans certaines versions du jeu, les joueurs atteints par le ballon lancé sont automatiquement éliminés, tandis qu’ils ont droit à plus d’une chance dans d’autres variantes. D’autres interprétations du jeu ne prévoient ni gagnants ni perdants, et le score n’est pas comptabilisé. Malgré ces différences, des jeux comme celui de la balle en peau d’orignal étaient souvent ouverts aux hommes et aux femmes, et donc plus inclusifs que d’autres jeux dénés. Des parties du jeu de la balle en peau d’orignal ou de ses variations sont encore tenues dans de nombreuses communautés dénées et autochtones.

D’autres jeux, en revanche, ont presque entièrement disparu, tels que la bascule dénée, un jeu que se remémorent les anciens de la communauté comme étant amusant et généralement non compétitif (quoiqu’il était parfois question de paris), ouvert à ceux de tous les âges et de tous les sexes. L’objectif du jeu était de faire tomber un adversaire d’une balançoire. Certains Dénés tentent de préserver ce jeu en organisant des parties dans les écoles, au sein de leurs communautés et lors d’événements culturels internationaux.

Importance

Au-delà de leur fonction de compétitions athlétiques ou de sports récréatifs, ces jeux possèdent une forte valeur spirituelle, culturelle et historique pour les populations dénées. Ils représentent un lien avec leur passé tout en leur permettant de préserver leur culture et de promouvoir un mode de vie sain. Bien que les versions modernes des jeux présentent de légères différences par rapport aux originales, elles conservent les mêmes règlements et maintiennent les mêmes traditions.