Jeunesse et formation

Né dans le camp de chasse de son père, Tagak Curley a été élevé dans la tradition des Inuits. Il grandit en développant un fort attachement à la terre et à sa culture, passant des journées entières à chasser et à piéger avec son père. À huit ans, il déménage avec sa famille à Coral Harbour, au sud, pour que lui et ses frères et sœurs puissent aller à l’école de jour.

En 1963, Tagak Curley part à Chilliwack, en Colombie-Britannique, pour suivre un cours de conducteur d’équipement lourd. Revenu chez lui, il travaille pendant six mois au sein du ministère des Transports en qualité d’opérateur de machine.

Inquiet des influences du monde extérieur qui menacent la culture et la façon de vivre inuites, Tagak Curley cherche à contribuer à sa communauté. Il suit des cours à l’Ottawa Technical High School et au Collège Algonquin qui lui permettent d’améliorer son anglais. De 1966 à 1970, il occupe un poste d’agent de développement au sein du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (aujourd’hui Affaires autochtones et du Nord Canada). Il occupe également le poste de superviseur du camp de Naujaat (Repulse Bay) de 1970 à 1971. Dans ces fonctions, Tagak Curley a l’occasion de se frotter aux défis du développement et du logement propres aux collectivités inuites. À cette époque, il assume aussi les fonctions de rédacteur en chef du premier journal inuktitut du Canada, le Keewatin Echo.

Carrière politique

Tagak Curley aide à la mise sur pied de l’Inuit Tapirisat du Canada (aujourd’hui Inuit Tapiriit Kanatami) en 1971 et sera son premier président. L’ITK est une organisation dirigée par des Inuits qui a pour vocation de représenter leurs besoins et leurs intérêts sur les plans politique, économique et social. Tagak Curley a beaucoup accompli en tant que président de cet organisme. Il a notamment pris la tête du mouvement qui a obtenu du gouvernement que le terme Eskimo soit remplacé par Inuit dans tous les documents et discours officiels.

Après quatre années à la tête de l’ITK, Tagak Curley assume d’autres postes de leader au sein de la communauté inuite, notamment en tant que directeur général de l’Inuit Cultural Institute (de 1975 à 1983) et président de la Nunasi Corporation, une société de développement inuite responsable de l’investissement des fonds obtenus dans le cadre du règlement des revendications territoriales inuites. Tagak Curley a également joué un rôle crucial pour la négociation et la mise en œuvre de l’entente concernant le règlement des revendications territoriales du Nunavut.

Carrière législative

En 1979, Tagak Curley se présente sous l’étiquette du parti libéral aux élections fédérales, mais il sera battu de peu par Peter Ittinuar. Cette même année, il est cependant élu à l’Assemblée législative des Territoires du Nod-Ouest, pour représenter Keewatin South. Il prend la tête d’un caucus inuit fantôme qui rassemble le groupe le plus important au sein de l’assemblée.

Le 21 novembre 1983, Tagak Curley est réélu pour la circonscription nouvellement rebaptisée d’Aivilik (anciennement Keewatin South). Il est nommé au Conseil exécutif des Territoires du Nord-Ouest en 1984 et sera ministre du Développement économique jusqu’au début de l’année 1987. Durant sa carrière au gouvernement, Tagak Curley occupe plusieurs autres postes au Cabinet, notamment celui de ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources (de 1984 à 1987), de ministre des Services publics (de 1984 à 1987) et de ministre des Services gouvernementaux (de 1986 à 1987). Il essuie une défaite lors des élections territoriales du 5 octobre 1987, mais restera un leader et un activiste inuit, principalement actif dans le secteur privé.

Tagak Curley revient sur la scène politique territoriale en 2004, lorsqu’il est nommé par acclamation pour représenter la circonscription de Rankin Inlet North à l’Assemblée législative du Nunavut (aucun autre candidat ne s’étant présenté, le vote n’a pas eu lieu). Il est également nommé par acclamation lors des élections générales du Nunavut en 2008. Il essaie en vain de se faire élire premier ministre du Nunavut en 2004. De 2004 à 2008, Tagak Curley siège dans un certain nombre de comités, notamment le Bureau de régie et des services, le Comité permanent du Règlement, des procédures et des privilèges et le Comité permanent sur les opérations gouvernementales et la reddition de comptes. Il est aussi président du Comité permanent sur les infrastructures, l’habitation et le développement économique. Le 27 octobre 2008, Tagak Curley est nommé ministre de la Santé et des Services sociaux et il est simultanément responsable de la Commission de la sécurité et de l’indemnisation des accidents du travail ainsi que du Conseil d’examen des taux des entreprises de services (pour l’année fiscale 2008-2009).

Le 15 septembre 2010, Tagak Curley est nommé une nouvelle fois au poste de ministre de la Santé et des Services sociaux. Il sera également leader du gouvernement à la Chambre et ministre responsable de la Société d’habitation du Nunavut et des sans-abri.

En 2011, il s’oppose à la scission du ministère de la Santé et des Services sociaux. Il démissionne du Cabinet en novembre pour protester contre cette scission, déclarant que le ministère doit rester uni pour être en mesure de fournir les meilleurs soins et services aux habitants du Nunavut. Tagak Curley reste néanmoins membre de l’Assemblée législative.

Controverse

En 2004, Tagal Curley – un chrétienfondamentaliste – s’oppose à l’introduction – défendue par le premier ministre Paul Okalik – du droit des gaisdans une nouvelle Loi sur les droits de la personne. Selon lui, le problème du droit des gais relève d’une question plus large qui ne se cantonne pas à la religion et à la morale, mais qui fait ressortir le problème de l’influence des nouveaux arrivants canadiens venus du Sud.

Activités dans les secteurs public et privé

À la fin des années 1990, Tagak Curley est directeur des affaires de Nunavut Tunngavik Inc., l’organisation qui a mis en œuvre l’entente concernant les revendications territoriales du Nunavut. Il est également président de la Nunavut Construction Corporation, qui construit et loue des bureaux gouvernementaux et des logements au Nunavut.

Distinctions honorifiques et prix

En 1998, Tagak Curley reçoit le prix national d’excellence décerné aux Autochtones (aujourd’hui appelé le prix Indspire) pour ses contributions à la communauté autochtone des affaires.

En 2003, il est fait membre de l’Ordre du Canada, et en 2015, membre de l’Ordre du Nunavut.

Tagak Curley apparaît également dans deux films documentaires : Passage (qui relate l’histoire vraie de l’équipage de l’expédition Franklin) et Arctic Defenders (sur l’entente portant sur les revendications territoriales du Nunavut).