Étymologie : origine du terme « Cri »

Le nom Cri provient d’un groupe de peuples autochtones situé près de la baie James, dont le nom a été enregistré en tant que Kiristinon par les Français, puis a ensuite été raccourci à « Cri ». La plupart des Cris utilisent ce nom uniquement lorsqu’ils parlent ou écrivent en français et possèdent d’autres noms plus localisés. Nehiyawak signifie Cri pour le peuple cri, même s’il est souvent utilisé également pour décrire les Cris des plaines. (Voir aussi Autochtones : les Plaines.)

Territoire et population

Les Cris occupent un territoire qui s’étend de l’Alberta au Québec dans les régions subarctiques et des Plaines, une répartition géographique plus vaste que n’importe quel autre groupe autochtone au Canada. En se déplaçant d’ouest en est, les principales divisions des Cris, fondées sur l’environnement, la langue et le dialecte sont les Cris des plaines (paskwâwiyiniwak ou nehiyawak) en Alberta et en Saskatchewan, les Cris des bois (sakâwiyiniwak) en Saskatchewan et au Manitoba, les Moskégons (maskêkowiyiniwak) en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario, et les Cris de la baie James/de l’Est (Eeyouch) au Québec; les Cris de Moose (en Ontario) sont considérés comme étant un sous-groupe/dialecte des Moskégons. Le suffixe –iyiniwak, qui signifie peuple, est utilisé pour différencier les peuples d’un sous-groupe en particulier. Par exemple, kâ-têpwêwisîpîwiyiniwak est le peuple de Calling River, tandis qu’amiskowacîwiyiniwak est le peuple de Beaver Hills.

Les Cris de l’Est sont étroitement liés, tant sur le plan culturel que linguistique, aux Innus (Montagnais-Naskapi) et aux Atikamekw. Plusieurs Premières Nations cries dans les provinces de l’Ouest comptent des populations mélangées d’Ojibwés, Saulteaux, Assiniboines, Chipewyans et autres. De plus, les Oji-Cris du Manitoba et de l’Ontario sont un peuple distinct ayant un mélange de la culture et du patrimoine des Cris et des Ojibwés. La plupart des Métis sont aussi des descendants de femmes cries et de commerçants de fourrures et voyageurs canadiens-français. (Voir aussi traite des fourrures.)

En mars 2015, la population totale de plus de 130 Premières Nations cries inscrites s’élève à approximativement 317 000, dont environ 170 000 (54 %) vivent dans une réserve. Les Premières Nations de la Saskatchewan constituent le plus important groupe autochtone inscrit approximatif avec une population de 115 000, suivi du Manitoba avec 81 000, de l’Alberta avec 78 000 et de l’Ontario et du Québec avec 25 000 et 18 000 respectivement. Il est important de noter que ces chiffres comprennent plusieurs communautés mixtes qui comptent d’autres peuples autochtones à part les Cris. De plus, ils ne reflètent pas les Cris qui ont eux-mêmes ou par l’entremise de leurs ancêtres perdu ou se sont vu refuser leur statut à la suite de l’émancipation ou autres injustices historiques en vertu de la Loi sur les Indiens. (Voir aussi droit de vote des peuples autochtones.)

Vie traditionnelle

Pendant des milliers d’années, les ancêtres des Cris sont dispersés sur la majorité de la superficie boisée qu’ils occupent toujours. Connus sous le nom de Ndooheenou (« nation de chasseurs »), les Cris suivent les migrations saisonnières des animaux afin d’obtenir de la viande pour se nourrir et des peaux et des os d’animaux pour fabriquer des outils et des vêtements. Ils voyagent en canot durant l’été, en raquettes et en toboggan pendant l’hiver, et vivent dans des huttes en forme de cône ou de dôme, revêtues de peaux d’animaux (voir histoire de l’architecture : Autochtones). La plupart des Cris considèrent toujours la chasse comme un élément important de leur culture et leur mode de vie; la chasse et le trappage d’orignal, de caribou, de lapin et d’autres animaux sont passablement répandus dans les communautés cries.

Après l’arrivée des Européens, la participation à la traite des fourrures pousse les Moskégons en direction ouest, dans les Plaines. À cette époque, plusieurs Cris demeurent dans la forêt boréale et la région de la toundra vers le nord, où une culture stable subsiste. Ils continuent de dépendre de la chasse à l’orignal, au caribou, au gibier de plus petite taille, à l’oie, au canard et de la pêche du poisson, qu’ils préservent en les séchant au-dessus du feu. Les Cris font également le commerce de la viande, des fourrures et d’autres biens en échange contre des outils en métal, de la ficelle et des biens européens. Les Cris des plaines échangent le canot contre des chevaux, et vivent principalement de la chasse au bison.

Société

Les Cris vivent en petites bandes ou groupes de chasse durant la plus grande partie de l’année, et se réunissent en groupes plus importants pendant l’été pour socialiser, échanger et organiser des cérémonies. Par le passé, ils ont eu des rapports socioculturels et commerciaux avec d’autres nations de langue algonquine, plus directement avec les Innus (Montagnais-Naskapi), les Algonquins et les Ojibwés.

Bien que les Cris s’efforcent de maintenir une société communautaire et égalitaire, certaines personnes sont considérées comme plus puissantes, tant dans le cadre d’activités pratiques comme la chasse, que lors d’activités spirituelles influençant d’autres personnes (voir Chaman). On octroie aux leaders des chasses, attaques et activités commerciales en groupe l’autorité de diriger ces tâches, mais autrement, la situation idéale consiste à diriger en effectuant des actions exemplaires. Parmi les chefs et les leaders cris les mieux connus, on retrouve Mistahimaskwa (Big Bear), Pitikwahanapiwiyin (Poundmaker) et Piapot — qui s’efforcent tous de maintenir leur mode de vie traditionnel face au changement après l’arrivée des Européens.

Culture

Les Cris participent à divers cérémonies et rituels culturels, y compris la Danse du Soleil (également connue sous le nom de « danse de la soif », et celle-ci est célébrée plus particulièrement par les Cris des plaines), les pow-wow, les quêtes de vision, les festins, les cérémonies du calumet, les sueries, etc. La plupart de ces rituels sont interdits en vertu de la Loi sur les Indiens jusqu’en 1951; toutefois ces traditions ont été maintenues jusqu’à nos jours.

L’une de ces cérémonies est la « cérémonie des premiers pas » — un rituel où les enfants sont officiellement accueillis dans la communauté. La tradition crie veut que les pieds des enfants ne touchent pas le sol à l’extérieur d’une tente jusqu’à ce que la cérémonie ait lieu. Par conséquent, le rituel est habituellement organisé dès que l’enfant est capable de se tenir debout ou de marcher tout seul. Le matin de la cérémonie, l’enfant — vêtu de vêtements traditionnels — attend l’arrivée des aînés. Lorsqu’ils arrivent, les aînés font sortir les enfants de la tente. Les enfants, accompagnés d’un adulte, marchent autour d’une zone désignée à l’extérieur de la tente. Normalement, on leur dit de mimer une activité de chasse ou autres rôles traditionnels effectués par les adultes. Une fois que cela est fait, les enfants entrent de nouveau dans la tente et offrent des cadeaux aux aînés. La communauté réunie à l’intérieur de la tente accueille les enfants en tant que nouveaux membres de leur société. Un festin s’en suit habituellement.

L’art et la musique sont des éléments importants de la culture crie. Bien connues pour leurs activités de perlage, les femmes cries confectionnent de magnifiques vêtements, sacs et meubles fonctionnels. Les Cris des plaines décorent aussi l’extérieur de leurs tipis avec de la peinture. George Littlechild est un artiste cri moderne bien connu. Le son du tambour est significatif pour les Cris, de même que pour la plupart des autres nations autochtones. Les tambours sont sacrés, et la musique qui provient de cet instrument est comparée au rythme de la nation. On peut entendre la musique des tambours à l’occasion de festivals et de cérémonies religieuses.

Religion et spiritualité

La vision du monde crie décrit l’interconnectivité entre les gens et la nature; la santé et le bonheur sont atteints en vivant en équilibre avec la nature. La vie religieuse est basée sur les relations avec les animaux et les autres esprits qui se manifestent souvent dans les rêves. Les gens essayent de favoriser un respect mutuel par le biais d’un idéal incorporant l’éthique de la non-ingérence, selon lequel chaque personne est responsable de ses actes et des conséquences de ces actes. La nourriture est toujours la priorité première, et est partagée pendant les périodes difficiles ou durant les périodes d’abondance lorsque les gens se réunissent pour célébrer en organisant un festin.

La vision du monde crie comprend également la mythologie du filou (wîsahkêcâhk). Un filou est un personnage culturel et spirituel qui démontre une grande intelligence, mais qui l’utilise pour faire des mauvais coups et s’attirer des ennuis. Les Cris croient qu’une personne peut apprendre des leçons importantes sur la façon de vivre — et de ne pas vivre — de bonnes vies selon les exemples donnés par les filous. Un filou commun de la spiritualité crie est Wisakedjak — un demi-dieu et un héros culturel qui figure dans certaines versions de l’histoire de la création crie. (Voir aussi Autochtones : religion.)

Histoire d’origine

Les histoires sur les Cris racontent leur passé ainsi que leur système de croyances. Chacune des nations cries possède une version légèrement différente de l’histoire de la création, mais elles ont souvent des éléments communs, comme la présence du Créateur ou du Grand (Kitchi/Kitche) Manitou. L’histoire suivante est une version paraphrasée d’une histoire de la création, telle qu’enregistrée par l’explorateur et le géographe David Thompson:

À l’origine des temps, le Créateur crée les animaux et le peuple. Le Créateur dit à Wisakedjak (un filou) d’enseigner aux gens comment vivre une bonne vie paisible et de prendre soin d’eux. Wisakedjak n’écoute pas le Créateur et, en peu de temps, les gens se battent et se font mal. Le Créateur est déçu et menace Wisakedjak de vivre une vie misérable s’il n’obéit pas. Wisakedjak ne l’écoute quand même pas, et les gens continuent d’être violents entre eux. Le Créateur décide d’inonder les terres, emportant tout sur son passage. Seuls Wisakedjak, Loutre, Castor et Rat Musqué survivent. Coincé sur les eaux libres, Wisakedjak a une idée : si les animaux peuvent l’aider à plonger et à recueillir une partie de la vieille terre, il pourra l’agrandir et créer un nouveau territoire. Cela n’est pas une tâche facile; Loutre et Castor tentent à plusieurs reprises d’aller chercher la terre, mais ils échouent, et perdent presque la vie en essayant. Rat Musqué est le dernier à essayer. Il demeure sous l’eau longtemps, mais lorsqu’il refait surface, il a de la terre mouillée dans sa patte. La Terre que nous connaissons aujourd’hui provient de cette boue.

Langue

La langue crie appartient à la famille linguistique algonquienne, qui est un continuum ou une famille de dialectes. Selon la région, certains Cris parlent une version légèrement différente de la langue comparativement aux Cris provenant d’autres régions. Plus les communautés de locuteurs sont proches, plus elles sont susceptibles de se comprendre. Par exemple, le dialecte des Cris de l’Est est plus étroitement lié à l’innu-aimun, la langue des Innus, et est par conséquent moins intelligible (compréhensible) aux locuteurs du dialecte de l’Ouest, comme les Cris des plaines (voir écriture syllabique crie).

Michif, la langue des Métis, est également considérée comme un dialecte du cri; et le cri a une nette influence sur l’oji-cri, un dialecte des Ojibwés.

En 2011, l’Enquête nationale auprès des ménages enregistre plus de 95 000 locuteurs du cri, dont plus de 6 000 locuteurs de l’atikamekw (considéré comme un dialecte distinct du cri), près de 12 000 locuteurs de l’innu-aimun, environ 10 000 locuteurs de l’oji-cri et 640 locuteurs du michif.

Histoire coloniale

Les missionnaires jésuites indiquent avoir eu leur premier contact avec les groupes cris dans la région située à l’ouest de la baie James vers 1640. Les postes de traite établis après 1670 donnent suite à une période de migration fondée sur des motifs économiques, alors que les bandes tentent de tirer profit du volume croissant de la traite des fourrures. Pendant plusieurs années, les commerçants européens dépendent des peuples autochtones pour obtenir de la viande fraîche. Graduellement, un nombre croissant de Cris demeurent près des postes, en s’occupant à chasser et à faire de petits travaux et en jouant un rôle actif dans les églises, les écoles et les postes de soins infirmiers. L’évangélisation commence lorsque des commerçants de fourrures organisent des services religieux; les missionnaires chrétiens formés suivent peu après.

Vers la fin des années 1700 et les années 1800, les Cris trappeurs et chasseurs de la forêt qui ont migré vers les Plaines se sont rapidement transformés en guerriers à cheval et chasseurs de bison. Les épidémies, la destruction des troupeaux de bisons et les politiques du gouvernement ont pour effet de forcer les Premières Nations à céder les terres par le biais de traités; toutefois, dès les années 1880, cela ruine les Cris des plaines et autres nations de « culture équine » (voir traités numérotés). Le gouvernement canadien, sous la direction de sir John A. Macdonald, retient activement les rations et autres ressources afin de forcer les peuples des plaines affamés à signer des traités et à déménager dans les réserves. À cet endroit, les Cris vivent de l’agriculture, de l’élevage et de petits travaux occasionnels, et sont soumis à une destruction culturelle supplémentaire en endurant des décennies de traumatisme au sein du système des pensionnats indiens.


Numbered Treaties made with Cree peoples (Treaties 1, 2, 4, 5, 6, 8 and 9).
(courtesy Victor Temprano/Native-Land.ca)

Même si le gouvernement a fait des promesses générales pour protéger les droits fonciers des Cris ainsi que leur mode de vie traditionnel, les traités donnent aux gouvernements fédéral et provinciaux le pouvoir d’intervenir dans la culture traditionnelle crie. Les services gouvernementaux, les programmes de santé et l’éducation, y compris les pensionnats, sont habituellement administrés par le biais des missionnaires et des commerçants jusqu’à la fin du XXe siècle.

Vie contemporaine

L’exploitation des ressources naturelles par les corporations soutenue par le gouvernement au XXe siècle et au XXIe siècle amène des changements radicaux dans plusieurs communautés cries. Dans les années 70 au Québec, les Cris de la baie James négocient avec succès la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Cette entente est conclue en réponse au projet hydroélectrique de la baie James, qui est entrepris sans consulter les communautés affectées. Ce projet pousse les Cris de la baie James à agir, et l’entente qui en résulte constitue un premier pas vers l’autonomie gouvernementale. Depuis, une série d’ententes ont été conclues entre les Cris du Québec, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. Les Cris jouent aussi un rôle prépondérant dans le cadre des négociations des Nations Unies, y compris la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007).

James Bay and Northern Québec Agreement.
(courtesy Victor Temprano/Native-Land.ca)

Plusieurs membres inscrits des nations cries ne vivent plus dans leur réserve. Néanmoins, pour de nombreuses nations, plus particulièrement dans les régions de la baie James et des Plaines, la portion de membres inscrits vivant sur les réserves est très élevée. Par exemple, le taux de la population de Cris de la baie James vivant sur la réserve se chiffre en moyenne à 83 % en 2015, atteignant 96 % dans le cas de Whapmagoostui.

L’autonomie gouvernementale et le développement économique représentent d’importants objectifs contemporains pour les Cris. Les Premières Nations cries à l’échelle du Canada ont tenté de négocier avec les sociétés de développement et les gouvernements. Par exemple, les membres de la Première Nation Lubicon en Alberta ont poursuivi les gouvernements provincial et fédéral devant les tribunaux pour leur part de revenus découlant du gaz naturel et pour une meilleure reconnaissance de leurs droits issus des traités, tandis qu’au Manitoba, plusieurs nations cries ont conclu des ententes avec les gouvernements fédéral et provincial, ainsi qu’avec les sociétés de ressources naturelles.

Plusieurs leaders cris ont joué un rôle national dans la promotion des objectifs des peuples autochtones au Canada, y compris les chefs de l’Assemblée des Premières Nations Noel Starblanket, Ovide Mercredi, Matthew Coon Come et Perry Bellegarde, ainsi que la chef de la bande d’Attawapiskat Theresa Spence, qui a retenu l’attention à l’échelle nationale pour sa participation au mouvement Idle No More en 2012 et en 2013.