Contant, Alexis

(Joseph Pierre) Alexis Contant. Compositeur, organiste, professeur, pianiste (Montréal, 12 novembre 1858 - 28 novembre 1918). Fils d'un violoniste amateur, il commença ses études de piano avec sa mère qui, née à Chambly, avait étudié cet instrument avec Emma Albani. Il travailla ensuite avec l'organiste et pianiste Joseph A. Fowler, se produisant en public à 13 ans. Lorsque Calixa Lavallée rentra de Paris en 1875, il l'accepta comme élève. Contant accompagna en concert plusieurs artistes dont le violoniste Jehin-Prume qui lui conseilla d'aller étudier en Europe. Mais son père, craignant qu'un tel séjour ne mette en danger la foi de son fils, le lui refusa. De septembre 1880 à février 1881, il enseigna au collège de L'Assomption. Désireux d'approfondir ses connaissances en écriture, Contant rejoignit Lavallée à Boston en janvier 1883. Il travailla avec lui l'harmonie, le contrepoint et la composition, et, à l'occasion, remplaça son maître malade dans des concerts. Il assista à de nombreux spectacles lyriques et concerts, notamment à une audition de l'oratorio La Rédemption de Gounod qui l'impressionna vivement. Réalisant qu'il était sujet à un trac insurmontable, il décida de se consacrer à l'orgue, à la composition et à l'enseignement. Il revint à Montréal en juin de la même année et sollicita les conseils de Guillaume Couture qu'il quitta bientôt à la suite d'un désaccord. Il consacrait beaucoup de temps à l'étude et à l'analyse des grandes oeuvres de Bach, Gounod, Wagner, Saint-Saëns, Massenet et Franck. En 1885, il devint organiste à l'église Saint-Jean-Baptiste, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort. Mais son enseignement au collège de Montréal (1883-90), au couvent d'Hochelaga (v. 1887), au collège du Mont-Saint-Louis (1900-18) et au Cons. national (1905-17), de même que les leçons privées, allaient accaparer la plus grande partie de son temps et de ses énergies. Son studio fut fréquenté par de nombreux élèves dont plusieurs s'affirmèrent, tels Victor Brault, Claude Champagne, Orpha-F. Deveaux, J.-J. Gagnier, Rodolphe Mathieu et Wilfrid Pelletier.

Jusqu'alors, Contant avait relativement peu écrit mais une « fantaisie nocturne » pour piano, dans la veine de Chopin, La Lyre enchantée, connaissait une grande vogue au concert et dans les salons. De ses quatre messes avec orchestre, la troisième fut créée le 1er février 1903 au Monument national par un choeur de 180 voix et un orchestre de 50 instrumentistes dirigés par Edmond Hardy. La marche héroïque Les Alliés et deux pièces pour violoncelle, Romance et Méditation, figuraient au même programme. Ce concert, qui obtint un vif succès et consacra la réputation du compositeur, fut substantiellement repris dans la même salle le 8 novembre suivant. Contant entreprit bientôt ce qui sera son oeuvre majeure et l'un des premiers oratorios composé par un Canadien, Caïn, créé le 12 novembre 1905 au Monument national, sous la direction de J.-J. Goulet, en présence de sir Wilfrid Laurier, Premier ministre du Canada. Contant s'attaqua ensuite à un second oratorio, Les Deux Âmes, sur un poème d'Henri Roullaud. Il ne l'achèvera qu'en 1909 et l'oeuvre ne sera exécutée qu'en 1913. (Voir Oratorios canadiens 4 et 5.) Dans l'intervalle, Contant se tourna vers la musique de chambre et produisit un Trio pour violon, violoncelle et piano, joué en 1907 et maintes fois repris depuis. Une cantate patriotique pour baryton, choeur et orchestre, Le Canada, fut aussi présentée la même année. En 1912, il termina un poème symphonique, L'Aurore, qui dénote un métier plus solide et des connaissances accrues de l'écriture et de l'instrumentation. Il orchestra sa Méditation à la demande du chef d'orchestre Agide Jacchia qui la fit entendre à un concert dominical au His Majesty's. Désireux d'aborder le théâtre lyrique, Contant choisit comme sujet Veronica, drame de Louis Fréchette. Il ne peut cependant en achever que le prélude au premier acte et esquisser le troisième acte, une attaque de paralysie ayant brutalement interrompu son activité. De 1914 jusqu'à sa mort, il n'écrira presque plus, sauf une mélodie, « Sur un crucifix », poème d'Albert Lozeau.

Contant est le premier compositeur canadien de quelque importance ayant reçu toute sa formation au Canada. S'il séjourna six mois à Boston, ce fut pour travailler avec son maître Lavallée. Il fut autodidacte dans une large mesure, par nécessité et non par choix, se forgeant un métier par l'étude des partitions des maîtres qu'il vénérait. Cette formation, acquise au prix de grands efforts et dans un milieu assez peu propice, l'a cependant tenu éloigné des courants nouveaux. Par la forme et l'esthétique, ses oeuvres se rapprochent de celles de Gounod, Dubois ou Saint-Saëns et sa mélodie rappelle souvent, par son élégance, celle de Fauré. Si sa réserve naturelle lui interdisait toute audace, il composait pour répondre à une forte impulsion chez lui. « Je n'écris pas de la musique pour la gloire mais plutôt pour satisfaire un besoin irrésistible » disait-il (Jean-Yves Contant, Vie musicale).

Au lendemain de la première de la Messe no 3 de Contant, Achille Fortier écrivait : « Composition solidement charpentée; oeuvre de valeur où l'inspiration se manifeste en une mélodie élégante et expressive que soutient une harmonie à la fois savante et distinguée dans sa discrétion » (La Patrie, Montréal, 2 février 1903). Le jugement de Léo-Pol Morin est, par contre, beaucoup plus sévère : « Si... une certaine facilité, ou mieux encore, une certaine fécondité n'a pas manqué à Alexis Contant, le goût et le sens critique lui ont toujours fait défaut... Ses oratorios sont de grands essais où il s'avère un musicien consciencieux, mais dépourvu d'originalité de pensée et de forme, et en possession d'un métier enfantin. Caïn et Les Deux Âmes trahissent une grande insuffisance de métier et une imagination à la fois généreuse et d'un goût discutable » (Papiers de musique, Montréal 1930). Morin reproche aux oeuvres de Contant « d'avoir été écrites un demi-siècle trop tard et de révéler plutôt qu'une véritable inspiration, un verbiage ambitieux et sans caractère ».

Dans son ensemble, l'oeuvre de Contant reste celui d'un pionnier qui voyait grand et, si le résultat n'a pas toujours atteint le niveau de ses ambitions, il témoigne d'une sincérité et d'une honnêteté dignes d'admiration.

Des oeuvres de Contant ont été publiées à Paris chez Hamelle, Haussman et L. Grus ainsi qu'à Montréal chez Archambault, Beauchemin, J.-É. Bélair, A.J. Boucher, L. Cardinal, l'Édition belgo-canadienne, J.-G. Yon et dans Le Passe-Temps. De ses pièces majeures, c'est le Trio pour violon, violoncelle et piano qui demeure la plus souvent exécutée.

À l'occasion du centenaire de la naissance d'Alexis Contant, la SRC présenta le 13 novembre 1958 une émission spéciale consacrée à ses oeuvres, sous la direction de Roland Leduc, et diffusée de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montréal où il avait été organiste pendant plus de trois décennies. Son nom fut donné à une avenue de la métropole en 1962. Ses manuscrits et documents personnels ont été acquis en 1971 par la Bibliothèque nationale du Canada et ont fait l'objet d'une exposition à Ottawa en 1979; la Université Laval publia en 1982 le Catalogue Contant compilé par Stephen C. Willis.

Sa soeur Marie (Alida), Mme Eugène L'Africain (Montréal, v. 1860 - ?), étudia le chant avec Rosita del Vecchio et Achille Fortier, puis au Cons. de Paris à partir de 1897 avec Romain Bussine. Son frère Joseph-Albert (Montréal, 1er octobre 1877 - Joliette, Québec, 16 avril 1942), organiste et maître de chapelle, fut élève d'Alexis ainsi que d'Alcibiade Béique. Il occupa des postes à Granby, Chambly, Beauharnois et Joliette et composa quelques oeuvres religieuses. En 1918, il fonda à Joliette la Musique des Zouaves qu'il dirigeait encore en 1935.

Une fille d'Alexis, Fleurette (Montréal, 3 décembre 1892 - 14 avril 1987), étudia le chant avec Albert Clerk-Jeannotte (1912) et Salvator Issaurel puis avec Félia Litvinne à Paris. De retour à Montréal à cause de la guerre, elle poursuivit ses études avec Béatrice La Palme et enseigna à partir de 1918. Une autre fille, Aline, épousa le peintre Georges Delfosse en 1908.

Son petit-fils Jean-Yves Contant (Montréal, 28 mars 1918) fut réalisateur à la radio de la SRC (1938-79) et fut responsable d'émissions musicales telles qu'« Adagio » (1945-55) et « Les Grands concerts » (1975-77). C'est dans le cadre de cette dernière émission que furent repris en 1976 des extraits de Caïn, à la salle Claude-Champagne, sous la direction de Jean Deslauriers.

COMPOSITIONS (Sélection)

Orchestre

Fantaisie sur des airs canadiens W. 4 : 1900; ms.

Les Alliés "Grande marche héroïque" W. 5 : 1902; orch (harm ou p); à compte d'auteur 1914 (p).

Marche pontificale Pie X W. 6 : 1903; ms.

L'Aurore W. 9, poème symphonique : 1912; ms; CBC SMCD-5090 (O métropolitain).

Veronica W. 41, ouverture d'un opéra inachevé : 1916; ms.

Choeur et orchestre

Messe en ré mineur W. 42 : 1884; org; ms.

Messe en si bémol W. 45 : 1896?; org; ms.

Messe no 2 W. 46 : 1897; org; ms.

Tantum ergo W. 71 : 1897; ms.

L'Angelus W. 72 : 1898; ms.

Messe no 3 W. 47 : 1902; org; ms.

Le Canada W. 110, cantate patriotique (O. Crémazie) : 1906?; bar; ms.

Voir aussi Caïn W. 39 et Les Deux Âmes W. 40.

Choeur

Messe brève en do W. 44 : 1894; TTBB, org; L. Cardinal 1894.

Messe des morts W. 48 : 1908; TTB, org; L. Grus 1908.

Messe brève en sol W. 49 : 1910; TTB, org; ms.

Messe des anges W. 50 : SATB, org; ms.

Musique de chambre

Méditation W. 12 : 1897; vc (vn), p ou orch; Éd. belgo-canadienne 1925; RCI 612 (Dubeau), CBC Musica Viva MVCD-1043 (Tsutsumi).

Romance W. 14 : 1900; vc (vn), p; Éd. belgo-canadienne 1925; RCI 612 (Dubeau).

La Charmeuse W. 15 : 1903; vc (vn), p; Éd. belgo-canadienne 1925; RCI 612 (Dubeau), CBC Musica Viva MVCD-1043 (Tsutsumi).

Musique W. 98 (A. Lozeau) : 1907; v, vc, p; Hamelle 1910.

Trio W. 17 : 1907; vn, vc, p; PMC XI; RCI 229, RCA CCS-1023 et 4-RCI 513 (Trio de l'Université de Brandon), CBC Musica Viva MVCD-1042 (Hertz).

Piano

La Lyre enchantée W. 19 : 1875; ? 1876, Hardy 1896, Yon v. 1903, Boucher 1938, PMC VI; RCI 252 (J. Dufresne).

La Cavalcade W. 22 : 1883; p-4 mains (p-2 mains); ms.

Vive Laurier W. 26 : 1897; p (harm); Boucher 1897, Yon v. 1903.

Autres oeuvres pour p dont 2 publiées dans PMC VI, ainsi que des variations (mss) sur « Un Canadien errant » W. 25 (1896) et « God Save the King » W. 30 (1907).

Également des mélodies pour v et p (dont plusieurs publiées dans PMC VII) et des motets pour ch et org (dont 4 sont parus dans PMC IX).