Incertitude en Grande-Bretagne

À l’été 1866, les législatures coloniales du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse et de la province du Canada se sont entendues pour aller de l’avant avec la Confédération et doivent maintenant obtenir le consentement du gouvernement britannique. Un projet de loi pour l’Amérique du Nord britannique est complété à Londres en juillet. Les délégués des colonies y sont attendus pour approuver les détails, afin qu’il puisse être soumis au Parlement.

Le projet de loi se situe déjà sur un terrain instable. Le gouvernement britannique du premier ministre John Russell, favorable à la Confédération, a été défait à la Chambre des communes. Le successeur de Russell, Edward Smith Stanley (lord Derby), a nommé Henry Herbert (lord Carnarvon) secrétaire aux colonies afin qu’il prenne en charge le dossier de la Confédération. Lord Carnarvon est favorable au projet de loi de l’Amérique du Nord britannique, mais le nouveau gouvernement Derby est faible. Une crise politique au Parlement pourrait stopper le processus d’adoption de la loi et fournir une occasion favorable à ses détracteurs.

Retards et opposition

Les arrangements sont faits pour que les délégués des colonies se rencontrent à Londres à la fin de juillet 1866. Les représentants de Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick arrivent, mais la délégation de la province du Canada, conduite par John A. Macdonald et George-Étienne Cartier, se fait attendre.

John A. Macdonald attribue son retard aux troubles avec les fenians, mais en réalité il est aux prises avec des formalités politiques. En particulier, les constitutions des deux nouvelles provinces (l’Ontario et le Québec) qui doivent être créées à même la province du Canada doivent encore être approuvées par la législature coloniale. Charles Tupper rappelle à John Macdonald qu’une élection, portant en grande partie sur l’enjeu de la Confédération, doit se tenir en Nouvelle-Écosse avant mai 1867, et que son issue est incertaine. « Nous devons réussir à faire bouger le parlement impérial durant la présente session, sans quoi tout pourrait être perdu », écrit Charles Tupper.

Les délégués des Maritimes se trouvent dans une position potentiellement embarrassante. Ils ne peuvent rien faire d’important à Londres sans les délégués de la province du Canada, et ils ne peuvent revenir chez eux sans avoir accompli leur mission. Pendant ce temps, un autre groupe de visiteurs, opposé à la Confédération et dirigé par Joseph Howe, de Nouvelle-Écosse, essaie de gagner à ses vues les hommes politiques.

Sir Charles Stanley Monck, gouverneur général de la province du Canada, fait comprendre à John Macdonald qu’il est essentiel d’amener le projet d’union devant le parlement britannique sans attendre.

Le leadership de Macdonald

La délégation de la province du Canada arrive enfin à Londres en novembre 1866. La conférence de Londres qui en résulte, dirigée par John A. Macdonald, a lieu dans la salle de conférence du Westminster Palace Hotel. Impressionné par la performance de John Macdonald, sir Frederic Rogers, du British Colonial Office, le décrit comme « le génie souverain » de la réunion.

John Macdonald laisse Joseph Howe (qui n’est pas délégué à la conférence) dans le noir en amenant les délégués à s’entendre pour que tout ce qui se dit et se fait dans la salle de conférence reste confidentiel. Il n’y aura pas de procès verbal. Il obtient aussi la coopération de lord Carnarvon pour éviter toute publicité susceptible d’« entraîner des discussions prématurées sur la base d’informations imparfaites, à la fois dans ce pays et en Amérique. »

John Macdonald est bien renseigné sur la situation politique en Grande-Bretagne et les affaires du Colonial Office. Il développe une relation personnelle et professionnelle étroite avec lord Carnarvon et réussit à contrecarrer la tentative de Joseph Howe de le discréditer en le présentant comme un alcoolique. S’il est vrai que l’alcoolisme de John Macdonald – son « vice notoire » – exaspère parfois lord Carnarvon, il n’en considère pas moins John Macdonald comme « l’homme politique le plus habile du Haut-Canada ».

Débat sur les résolutions de Québec

John Macdonald presse maintenant les délégués de travailler aussi rapidement que possible car un gouvernement opposé à la Confédération pourrait être élu en Nouvelle-Écosse (voir La Nouvelle-Écosse et la Confédération) et le gouvernement Derby pourrait tomber en Grande-Bretagne. Il veut qu’on apporte le moins possible de changements aux résolutions de Québec, déjà approuvées à la Conférence de Québec en 1864, car chaque changement risque de mener à de nouvelles revendications.

Toutefois, les différents délégués croient qu’ils ont été mandatés pour obtenir un ensemble d’améliorations aux résolutions. Les clauses concernant l’éducation sont les plus problématiques. Par exemple, les évêques catholiques des Maritimes, particulièrement l’archevêque de Halifax Thomas Connolly, veulent des garanties concernant les écoles séparées catholiques. Alexander Galt veut des protections pour la minorité anglaise au Québec. Finalement, Samuel L. Tilley et Charles Tupper demandent plus de subsides fédéraux pour les Maritimes.

Les délégués ne s’entendent pas à savoir jusqu’à quel point ils sont liés par les résolutions. Certains soutiennent que des améliorations doivent être apportées avant que l’on puisse sanctionner la Confédération. D’autres ne sont pas d’accord. À un moment critique du débat, John Macdonald déclare adroitement que les uns et les autres ont raison, mais dans des limites définies. Ainsi, les délégués arrivent à revoir entièrement les résolutions et à faire des amendements. À la fin décembre, l’ensemble, à présent nommé les Résolutions de Londres, est prêt à déposer au Colonial Office et, ensuite, au Parlement.

Acte de l’Amérique du Nord britannique

John A. Macdonald veut appeler le nouveau pays Royaume du Canada, mais comme le mot « royaume » suscite de la méfiance aux États-Unis, on opte plutôt pour « Dominion ». L’Acte de l’Amérique du Nord britannique est adopté par la Chambre des Communes britannique et la Chambre des lords, et reçoit la sanction royale de la reine Victoria le 29 mars 1867.

Le 1er juillet 1867, les anciennes colonies du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse et la province du Canada (maintenant l’Ontario et le Québec) deviennent officiellement le Dominion du Canada.