Peuples des Pieds-Noirs

La Confédération des Pieds-Noirs, parfois appelée la Nation des Pieds-Noirs ou Siksikaitsitapi, est composée de trois nations autochtones, les Kainai, les Piikani et les Siksikas. Les Piikani du Sud habitent le Montana, tandis que les Piikani du Nord, les Kainai et les Siksikas habitent l’Alberta. Les membres de la Nation des Pieds-Noirs se désignent Niitsitapi, un terme générique pour tous les peuples autochtones qui veut dire « le vrai peuple », ou bien Siksikaitsitapi, qui veut dire « le vrai peuple d’expression pied-noir ».

Territoire traditionnel

territoire traditionnel de la Confédération des Pieds-Noirs.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Le territoire traditionnel de la Confédération des Pieds-Noirs a été décrit comme environ la moitié sud de l’Alberta et de la Saskatchewan, et la partie nord du Montana. Dans l’Ouest, la Confédération est limitée par les Rocheuses, tandis que ses limites orientales se dressent au-delà des Great Sand Hills de l’est de la Saskatchewan. Le territoire de chasse de la Confédération inclut le sud de l’Alberta et du nord du Montana, deux secteurs où le bison abondait.

Mode de vie traditionnel

La culture traditionnelle des Pieds-Noirs est basée sur la chasse au bison, ce qui les lie de façon intrinsèque aux Plaines. Ce peuple vit librement sur les terres, poursuivant les bisons au travers des plaines jusqu’aux territoires de chasse où ils utilisent les techniques de précipices à bisons et de poursuites. Ils chassent aussi d’autres gros gibiers, comme les cerfs, et complémentent leur alimentation de noix, de fruits et de légumes. Le bison demeure l’élément le plus important de leur économie, de leur alimentation et de leur mode de vie. Grâce à leur portabilité, au campement, les Pieds-Noirs s’abritent dans des tipis.

On reconnaît également les Pieds-Noirs comme étant de courageux guerriers avec un système d’alliances puissantes qui inclut non seulement les nations de la Confédération, mais aussi les autres nations athabascanes, tels que les Tsuut’ina. Les guerriers sont vénérés du peuple et appartiennent à des sociétés sacrées qui honorent et mettent à l’épreuve leur courage et leur habileté. Malgré des pertes importantes de population à cause des guerres, la Confédération des Pieds-Noirs demeure l’un des groupes autochtones les plus puissants des Plaines du Nord, rendant temporairement impossible l’expansion des colons européens vers l’ouest.

Société, culture et religion

Pendant l’été, les groupes se rassemblent pour la chasse au bison et pour fêter avec des festins et des danses élaborées. La Danse du Soleil, une célébration communautaire tenue annuellement au milieu de l’été, est un aspect central de la vie culturelle des Pieds-Noirs.

Les colons et les missionnaires européens s’opposent aux traditions complexes et bien établies des Pieds-Noirs. Des lois et des politiques d’assimilation sont mises en œuvre pour faire disparaître l’expression de la culture traditionnelle (voir Loi sur les Indiens; Pensionnats indiens). Cependant, les récits oraux des Pieds-Noirs transmettent les traditions culturelles aux générations futures, y compris la participation à des cérémonies de la suerie et à des sociétés secrètes (comme la Société des cornes), l’emploi des bourses sacrées, et d’autres façons de purifier le corps et l’âme.

Bien que les récits de la création diffèrent entre les nations des Pieds-Noirs, elles croient généralement que le Créateur (aussi appelé Vieil homme ou N’api) a créé la lumière et, donc, le début de la journée, de la vie. Comme selon d’autres religions autochtones, le Créateur n’est pas humain et n’a pas de sexe en particulier. Le Vieil homme a créé et fait éternellement partie de toute personne, de toute créature et de toutes les formes de vie sur terre.

Langue

La langue pied-noir fait partie de la famille linguistique algonquienne. Elle est parlée par les trois nations de la Confédération des Pieds-Noirs, avec seulement de légères variations de dialecte.

John William Tims, un missionnaire anglican, crée le syllabaire pied-noir pendant son séjour parmi les Pieds-Noirs de 1883 à 1895. De nos jours, le syllabaire n’est que rarement utilisé. En 1975, le système d’écriture des Pieds-Noirs est officiellement changé pour mieux représenter les sons et les mots de la langue. Le code orthographique suit généralement les conventions suivantes :

Séquences alphabétiques

12 lettres latines : a, h, i, k, m, n, o, p, s, t, w, y

Coup de glotte (le son émis en prononçant une consonne tout en fermant le passage d’air dans le conduit vocal)

Représenté par une apostrophe (’)

Voyelles

Lettres latines : a, i, o

Semi-voyelles

Les lettres latines w et y, lorsqu’elles sont entre des voyelles

Il existe peu de différences linguistiques entre les dialectes pieds-noirs. Les différences lexicales (c.-à-d., l’emploi de mots différents pour un même référent, ou des significations différentes assignées au même mot) incluent des mots qui ne font pas partie de la culture autochtone. Par exemple, le mot pour « crème glacée » est sstónniki (littéralement, « lait froid ») en kainai et áísstovi (littéralement, « ce qui est froid ») en siksika. Les grammaires dialectales ont aussi des divisions du genre différentes (c.-à-d., masculin/féminin/neutre et animé/inanimé). Par exemple, le mot pour « cendrier » en kainai, iitáísapahtsimao'p, est du genre animé, tandis que le même mot en piikani est du genre inanimé. La phonologie (système des sons) diffère également entre les tribus, mais, en général, les locuteurs du siksika, du kainai et du piikani se comprennent.

Les pensionnats indiens et d’autres mesures d’assimilation ont fait perdre partiellement l’usage de la langue traditionnelle et les pratiques culturelles. En 2011, Statistique Canada dénombre environ 3 250 personnes de langue maternelle pied-noir (incluant des personnes de toutes les nations des Pieds-Noirs) et, bien que la langue soit en danger, il existe plusieurs programmes linguistiques pour promouvoir sa renaissance. En effet, le ministère de l’Éducation de l’Alberta, après avoir consulté les aînés et les éducateurs, offre un programme complet de soutien à l’enseignement de la langue pied-noir de la maternelle à la douzième année, à l’intention à la fois des étudiants autochtones et non autochtones.

Histoire coloniale

L’influence des Européens en Amérique du Nord précède le contact avec la Confédération des Pieds-Noirs. Bien que les premiers commerçants européens ne rencontrent les Pieds-Noirs qu’au milieu du 18e siècle, ces derniers ont probablement obtenu des chevaux (apportés en Amérique du Nord par les Espagnols) grâce aux échanges de l’Ouest d’environ 1725 à 1731, car, à l’époque, ils reçoivent des armes à feu des commerçants cris et assiniboines voisins. Pendant la grande partie des 18e et 19e siècles, les cavaliers pieds-noirs dominent leur territoire de chasse et sont presque continuellement en guerre contre les Cris, les Assiniboines, les Crow, les Nez Percé, les Shoshones et d’autres nations. Ils fréquentent les postes de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest sur la rivière Saskatchewan du Nord, mais se battent contre les trappeurs et les commerçants libres des États-Unis jusqu’en 1870, année où les troupes américaines massacrent environ 173 Piikani, selon un officier militaire américain, à Fort Ellis dans le Montana actuel. D’après les témoins, on compte environ 220 cadavres.

La population des Pieds-Noirs varie pendant cette période, les estimations variant entre 20 000 en 1833 et 6 350 après l’épidémie de variole de 1837. De la fin du 18e au milieu du 19e siècle, les Tsuut’ina (Sarsis) et les Gros Ventres, bien que culturellement et linguistiquement distincts des autres nations des Pieds-Noirs, s’allient à la Confédération pour des raisons politiques. Faisant face à la réalité des troupeaux de bisons qui diminuent et de l’augmentation de la colonisation européenne, les deux étant le résultat des gouvernements coloniaux opportunistes, les Pieds-Noirs ont peu d’options et cherchent à protéger, des points de vue culturel et politique, leurs terres natales.

La conclusion des traités et ses impacts

Les Pieds-Noirs signent un traité avec le gouvernement étatsunien en 1855. En 1877, ils signent le Traité no 7 avec le gouvernement canadien. La plupart des Piikani s’installent dans une réserve du Montana (dont la population autochtone dépasse les 9 000 en 2010), tandis que les Siksikas, les Kainai et les nations de Piikani du Nord établissent chacune des réserves dans le sud de l’Alberta.

À la fin des années 1800, les bisons disparaissent des plaines. De plus, les réserves mettent effectivement fin aux modes de vie traditionnels, y compris à la chasse au bison. La Confédération a du mal à survivre dans les réserves sans la possibilité de chasser le bison. Les historiens réfèrent communément à l’hiver de 1883 à 1884 comme « l’hiver de la famine » à cause de la faim généralisée qu’éprouve la Confédération pendant l’hiver, cette année-là.

Vie contemporaine

Les nations des Pieds-Noirs ont réussi à conserver une grande partie de leur culture face à l’adversité. Aujourd’hui, les nations des Pieds-Noirs sont des communautés dynamiques qui mettent l’accent sur la culture dans l’enseignement, dans les programmes de bien-être et de guérison, ainsi que dans d’autres aspects de la vie de tous les jours. Beaucoup de Pieds-Noirs dépendent de l’élevage et de l’agriculture, mais ils gèrent également des entreprises autochtones dans les domaines du tourisme et de l’extraction et la gestion des ressources.

Politiquement, les nations des Pieds-Noirs sont représentées par des chefs et des conseils élus, ainsi que par la Société de gestion du Traité no 7, qui fournit des services de représentation et de conseil. La Confédération des Pieds-Noirs est la source même d’une partie de l’élan politique, avec des conférences annuelles des nations membres en vue de faciliter une meilleure organisation collective et une meilleure influence. Les nations membres ont aussi négocié indépendamment et ont remporté des victoires auprès des gouvernements provinciaux et fédéral en ce qui a trait, entre autres, à l’autonomie gouvernementale, à l’autodétermination et aux revendications territoriales.

En 2014, la Confédération se joint à d’autres Premières Nations, y compris la Nation des Pieds-Noirs (bande étatsunienne), les tribus Assiniboine et Gros Ventre de la réserve Fort Belknap, les tribus Assiniboine et Oyate (Sioux/Dakota) de la réserve Fort Peck, les tribus confédérées Salish et Kootenai, et la Nation Tsuut’ina, comme signataires du Traité Iinii ou Traité du bison. En 2015, la Nation Stoney Nakoda et la Nation Samson Cree signent aussi ce « traité ouvert » qui est ouvert à d’autres Premières Nations du Canada et des États-Unis. Entre autres questions, les signataires s’entendent pour unir le pouvoir politique des nations autochtones des Plaines du Nord, de travailler pour la conservation du bison et de renforcer les liens traditionnels avec la terre.