Loi fédérale et financement des services sociaux

Le ministère fédéral des Affaires autochtones et du Nord Canada (AANC) administre et finance la majorité des programmes et des services sociaux offerts aux Inuits et aux membres des Premières Nations avec statut d’Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens.

Par le passé, la législation régissant l’inscription des Indiens traitait les femmes et les hommes différemment. Avant 1985, une femme ayant le statut d’Indienne inscrite qui épousait un homme n’ayant pas ce statut perdait automatiquement son statut. De même, les enfants issus de cette union y étaient inadmissibles. Toutefois, une femme non inscrite qui épousait un homme détenant le statut d’Indien recevait automatiquement le statut d’Indienne. En 1985, le projet de loi C-31 modifie la Loi sur les Indiens, permettant ainsi à de nombreuses femmes et à leurs enfants de retrouver leur statut d’Indien. (Voir aussi Les femmes autochtones et le droit de vote.)

En vertu de la Loi sur les Indiens, le gouvernement fédéral finance les programmes sociaux dispensés dans les réserves par les administrations des bandes des Premières Nations, organes élus ou choisis de façon traditionnelle responsables du fonctionnement des réserves. En 2016, l’AANC propose un investissement de 8,4 milliards de dollars sur cinq ans (soit 1,688 milliard de dollars par année) pour remédier aux mauvaises conditions socioéconomiques dans les communautés autochtones. Cette somme sert à financer les services de base comme l’éducation, les services sociaux, l’infrastructure publique, les gouvernements locaux, le logement et le développement économique.

Ce n’est qu’en 1939, à la suite d’une décision rendue par la Cour suprême du Canada, que les Inuits tombent sous la responsabilité du gouvernement fédéral. AANC est responsable du financement des soins de santé, de certaines activités de développement économique et de l’éducation postsecondaire. De plus, il négocie et met en œuvre des ententes sur l’autonomie gouvernementale.

Les organisations autochtones représentatives comme l’Assemblée des Premières Nations, le Ralliement national des Métis, le Congrès des Peuples Autochtones et l’Inuit Tipiriit Kanatami ont souvent le mandat d’améliorer les conditions sociales dans les réserves et hors réserve ainsi que de représenter ou de défendre les intérêts de leurs membres. Ces organismes sont nombreux à être financés par AANC.

Depuis 2003, les Indiens non inscrits et les Métis reçoivent du financement du Bureau de l’interlocuteur fédéral d’AANC pour appuyer le développement économique, social et politique. Actuellement, les organisations fédérales et provinciales représentant les Métis et les Indiens non inscrits reçoivent de l’aide de divers ministères fédéraux, comme la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), pour fournir certains services sociaux, tel le logement.

Lieu de résidence

Les Autochtones vivent dans toutes les régions du Canada, depuis les communautés et réserves éloignées du Nord jusque dans les grands centres urbains. Les membres des Premières Nations vivent à l’intérieur ou à l’extérieur des réserves, lesquelles peuvent être isolées (surtout dans le Nord), relativement près des centres urbains (surtout dans le Sud), ou dans les centres urbains. Selon le recensement de 2011, 49,3 % des membres des Premières Nations vivent dans des réserves.

La population autochtone du Canada demeure principalement urbaine. En 2011, 56 % de la population canadienne vit en milieu urbain. La même année, plus de la moitié des Autochtones du Canada se concentrent dans trois provinces : l’Ontario (21,5 %), la Colombie-Britannique (16,6 %) et l’Alberta (15,8 %). Aussi, les régions métropolitaines à plus fortes concentrations de membres des Premières Nations et de Métis sont Winnipeg (3,6 % et 10,2 %), Edmonton (3,1 % et 7 %) et Vancouver (3,7 % et 4,1 %).

Tout comme les Autochtones du sud du Canada, les Inuit migrent vers les centres urbains. En 2011, 37,5 % des Inuits disent vivre dans des grands centres urbains à l’extérieur de l’Inuit Nunangat : le territoire inuit couvrant quatre régions du ​Labrador (Nunatsiavut), du nord du Québ​ec (Nunavik), du Nun​avut et des ​Territoires du Nord-Ouest (Inuvialuit). Ce chiffre est en progression par rapport à 2006, alors que seulement 22 % des Inuits vivent à l’extérieur de l’Inuit Nunangat.En 2011, le Nunavut compte la plus haute concentration d’Inuits, soit 45,5 % de tous les Inuits, suivi du Nunavik où vit 18,1 % de la population inuite totale.

Dans de nombreuses collectivités du Nord contemporaines, les aliments tels que les fruits, les légumes et le lait doivent être transportés sur de longues distances. Il en résulte des aliments au coût élevé, limités en quantité et de moindre qualité. Cela est en partie atténué par l’accès à des aliments sauvages traditionnels, dont le phoque, le caribou, le canard, la baleine et le poisson. D’après un rapport de 2005, 68 % des Inuits adultes vivant dans l’Inuit Nunangat récoltent des aliments traditionnels. Ces derniers sont encore aujourd’hui une source importante de nourriture pour les Inuits. En effet, pour 65 % des ménages, au moins la moitié de la viande et du poisson consommés est le fruit du mode de vie traditionnel. De plus, 80 % des familles de l’Inuit Nunangat partagent les aliments traditionnels avec d’autres ménages. Les activités communes de récolte, de transformation, de distribution et de préparation des aliments mettent de l’avant la culture traditionnelle de la coopération.

Niveaux de revenu et éducation

En 2011, le taux d’emploi des Autochtones du Canada (62,5 %) est moins élevé que celui de la population non autochtone (75,8 %). Le taux pour les Autochtones (âgés de 25 à 64 ans) est de 57,1 %, de 71,2 % pour les Métis et de 58,6 % pour les Inuits.La même année, le taux de chômage pour les jeunes Autochtones (âgés de 15 à 19 ans) est de 25,9 % par rapport à 19,5 % pour leurs homologues non autochtones.

Comparé à la population non autochtone, le revenu des Autochtones a tendance à être inférieur à la moyenne canadienne. En 2010, le revenu médian après impôt pour les non-Autochtones est de 27 600 $ comparativement à seulement un peu plus de 20 000 $ pour leurs homologues autochtones.

Les Autochtones sont aussi plus enclins à dépendre de l’aide sociale. En 2012-2013, 33,6 % des membres des Premières Nations vivant dans les réserves dépendent de l’aide sociale, contre un peu plus de 5 % de la population canadienne. Dans certaines communautés autochtones, plus de 80 % de la population dépend de l’aide sociale.

Le niveau de revenu des Autochtones est directement lié au niveau de scolarité. En 2011, 28,9 % de la population autochtone âgée de 25 à 65 ans n’a pas terminé ses études secondaires ou l’équivalent, contre 12,1 % de leurs compatriotes non autochtones. Les autochtones âgés de 35 à 44 ans sont plus susceptibles d’avoir un diplôme d’études secondaires (68 %) que ceux âgés de 55 à 64 ans (58,7 %). Ces chiffres sont nettement inférieurs à ceux des non autochtones du même âge, dont le taux de diplomation atteint respectivement 88,7 % et 79,5 %. En date de 2011, davantage de femmes autochtones âgées de 35 à 44 ans que d’hommes autochtones du même âge ont obtenu un diplôme collégial ou universitaire. Cependant, plus de deux fois plus d’hommes autochtones âgés de 33 à 44 ans que de femmes autochtones du même âge détiennent un certificat d’une école de métiers (19,3 % contre 9,9 %).

Les recherches contemporaines démontrent que le niveau de scolarité atteint et le revenu sont directement liés. Par conséquent, les programmes d’éducation des Autochtones sont essentiels pour combler l’écart de revenu entre les salariés autochtones et non autochtones.

Population

Depuis les années 1960, la population autochtone augmente constamment. Les modifications apportées à la Loi sur les Indiens en 1985 ont contribué à accroître le nombre d’Autochtones, car des personnes d’étant vues refuser le statut d’Indien inscrit ont pu réaffirmer leur identité.

En 2011, plus de 1 400 000 personnes, soit 4,3 % de la population canadienne, s’identifient comme membre d’un groupe autochtone du Canada : 851 560 membres des Premières Nations, 451 795 Métis et 59 445 Inuits. Plus de 74,9 % des membres des Premières Nations sont des Indiens inscrits.

En 2012, on compte 3 169 réserves des Premières Nations. Toutefois, elles ne sont pas toutes habitées. Aussi, on dénombre 617 bandes qui représentent plus de 50 nations et langues. Dans l’ensemble, la population autochtone est l’une des populations les plus jeunes du Canada. En 2011, l’âge médian des Autochtones est de 28 ans, comparativement à 41 ans pour les non-autochtones. Par conséquent, alors que la population générale du Canada vieillit et que l’accent est mis sur la prestation de services pour les personnes âgées, la communauté autochtone (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des réserves) se préoccupe de créer des possibilités éducatives et des emplois permanents pour ses membres relativement jeunes.

Logement et conditions de vie

La plupart des habitations dans les communautés autochtones sont inadéquates et ont besoin de réparations. En 1977-1978, 53 % des résidences situées dans les réserves avaient une alimentation en eau de base, mais 20 ans plus tard, ce taux s’était amélioré à 98 %. En 2011, 72 % des maisons situées dans les réserves sont alimentées en eau par conduite d’eau, 13,5 % par camion, 13 % par puits individuel et 1,5 % ne sont pas alimentées en eau. La même année, 54 % des résidences situées dans les réserves sont munies de canalisations pour la collecte des eaux usées, 8 % font l’objet d’une collecte des eaux usées par camion, 36 % sont dotées de fosses septiques ou d’un autre type de système d’évacuation des eaux usées et 2 % n’ont aucun système. Même le niveau d’approvisionnement en eau est élevé, de nombreuses communautés doivent composer avec de l’eau contaminée. C’est pourquoi l’eau potable demeure un enjeu important.

En 2015, la CBC indique que, entre 2004 et 2014, les deux tiers des membres des Premières Nations du Canada vivent avec au moins un avis d’ébullition de l’eau (un avis de la santé publique stipulant que l’eau est contaminée). Dans une affaire bien connue en Ontario, des experts affirment que 90 % de la population des Premières Nations de Grassy Narrows et de Wabaseemoong présente des signes d’exposition au mercure contenu dans le réseau hydrographique English-Wabigoon. Après l’attention des médias et la pression des Premières Nations et des militants, la province promet de nettoyer le site. Cependant, un rapport publié en février 2017 par une équipe de scientifiques suggère que le réseau hydrographique est toujours contaminé par une ancienne usine chimique à Dryden, en Ontario.

Le nombre de résidences nécessitant des réparations majeures est passé de 12 500 en 1997 à 23 800 en 2009. Cependant, alors qu’on rénovait environ 4 200 maisons en 1997, seulement 2 700 maisons ont été rénovées en 2009. En 2011, une évaluation fédérale au sujet du logement chez les Premières Nations révèle que 41,5 % des ménages dans les réserves nécessitent des rénovations majeures, par rapport à seulement 7 % des ménages non autochtones. Les moisissures, les infestations de punaises, le chauffage inadéquat et l’eau contaminée ne sont que quelques-uns des problèmes qui affligent les Autochtones qui vivent dans les réserves.

Le surpeuplement est l’un des facteurs qui contribuent à la nécessité de réparations majeures, car il provoque une usure excessive. En 1996, environ 18,1 % des foyers situés sur les réserves sont surpeuplés, contre environ 1,9 % des foyers non autochtones et 4,2 % des foyers autochtones situés à l’extérieur des réserves. Bien qu’on puisse noter une certaine amélioration, le taux de surpeuplement des foyers situés dans les réserves demeure élevé par rapport aux foyers non autochtones et aux foyers autochtones hors réserve (12,1 %, 1,7 % et 2,1 %, respectivement). En 2011, un rapport fédéral montre que la construction d’environ 20 000 à 35 000 maisons répondrait à la demande en logement dans les réserves. L’Assemblée des Premières Nations soutient que 85 000 maisons est un chiffre plus réaliste et exact. Pour mettre ces chiffres en perspective, en avril 2016, le Toronto Star rapporte que la Première nation d’Attawapiskat en Ontario compte environ 2 100 résidents pour seulement 340 maisons. Ceci signifie que souvent, plus d’une famille vit sous le même toit. Certaines maisons hébergent jusqu’à 13 personnes.

Le gouvernement fédéral fournit des unités d’habitation et répare les maisons existantes dans les réserves en collaboration avec la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), et ce, même s’il maintient qu’aucun traité ou obligation légale ne l’y contraint. De 2001 à 2006, AANC (alors désigné sous le nom d’Affaires Indiennes et du Nord Canada) et la SCHL subventionnent la construction de 3 544 nouvelles habitations et la rénovation de 4 098 habitations existantes destinées aux Autochtones vivant dans les réserves. En 2007, un rapport de recherche estimait qu’en 2001, les collectivités des Premières Nations avaient besoin d’environ 5 000 nouvelles habitations pour remplacer celles jugées inhabitables, de 24 000 nouvelles chambres pour remédier au surpeuplement et de 11 000 nouvelles habitations pour enrayer la problématique de la cohabitation, c’est-à-dire au moins deux familles vivant sous le même toit. En 2016, le gouvernement fédéral promet de construire 300 nouvelles maisons dans les réserves, une quantité insuffisante selon certains politiciens et plusieurs membres des Premières Nations.

Historiquement, le gouvernement et des agences telles que la SCHL ont administré les subventions au logement destinées aux collectivités des Premières Nations vivant dans les réserves. Or, ces habitations étaient souvent mal construites et ne répondaient pas aux exigences du code du bâtiment. Depuis 1983, les maisons construites sur les réserves avec l’argent du fédéral doivent satisfaire aux normes du Code national du bâtiment, les conseils de bande sont responsables de la mise en application du code, mais ils ne sont pas soumis à des vérifications externes. Par conséquent, de nombreuses habitations ne sont pas conformes aux exigences du code. Dans les réserves, les habitations ont une durée de vie approximative de 15 à 20 ans, soit moins de la moitié de la moyenne nationale. Dans bien des cas, les investissements visant la rénovation ou la construction d’habitations ne suivent pas le rythme de la croissance rapide de la population et de l’usure du parc immobilier. Ainsi, la pénurie de logements demeure un problème majeur. La difficulté à trouver un logement convenable dans les réserves contribue grandement à l’exode des membres des Premières Nations. Toutefois, rien ne garantit que le logement hors réserve sera adéquat. En 2011, 21,5 % des Autochtones du Canada vivent dans des habitations nécessitant des réparations majeures, tant dans les réserves qu’à l’extérieur de celles-ci, contre 7,4 % de la population non autochtone.

Des programmes similaires de logement sont en place pour les Inuits. De plus, d’autres programmes souvent gérés au niveau provincial par des regroupements de Métis et d’Indiens non inscrits fournissent des subventions aux Métis et aux Indiens non inscrits. La prestation de services dans les collectivités éloignées, tant dans les réserves que hors réserve, dépend naturellement de leur accessibilité par la route ou la voie ferrée et pose de nombreuses difficultés. Seulement environ un tiers des réserves sont accessibles par la route toute l’année. Les autres misent sur une combinaison de transport par rail, par route et par voie maritime. La majorité des communautés et des réserves autochtones, soit environ 90 % disposent de l’électricité et les autres services publics y sont graduellement améliorés. Toutefois, les lacunes en matière de chauffage central, d’eau, d’eaux usées et de protection contre les incendies sont plus importantes que dans le reste du Canada.

Certaines communautés autochtones décident de remédier elles-mêmes aux problèmes de logement en adoptant des programmes de micro-logement. Plusieurs soutiennent que la construction de petites maisons (souvent appelées « mini-maisons ») peut contribuer à combattre l’itinérance dans les réserves. Les maisons compactes sont abordables et souvent même mobiles. En 2016, la Nation crie d’Opaskwayak au Manitoba met de l’avant un projet pilote appelé Une maison, plusieurs nations pour remédier au problème de logement dans la communauté en construisant des maisons mesurant environ 3,2 m par 3,2 m (soit 10 pieds par 10 pieds). Toutefois, de telles opérations nécessitent un financement non gouvernemental pour fonctionner, un aspect qui peut empêcher plusieurs Premières Nations de mettre à l’essai de tels projets.

Santé

L’état de santé global des Autochtones s’est amélioré au cours des dernières années, mais il accuse encore du retard par rapport à celui de l’ensemble de la population. En 2009, l’espérance de vie des femmes canadiennes est de 83 ans et celle des hommes est de 79 ans. De 1980 à 2001, l’espérance de vie des autochtones inscrits avec statut est passée de 60,9 à 70,4 ans chez les hommes et de 68 à 75,5 ans chez les femmes.

Selon Santé Canada les principales causes de mortalités chez les membres des Premières Nations avec statut d’Indien inscrit sont les causes externes (empoisonnement accidentel, accidents de la route et blessures auto-infligées), les maladies de l’appareil circulatoire (hypertension, maladies cardiovasculaires) et les néoplasmes (divers types de cancer).

Les taux de suicide chez les Autochtones du Canada sont de beaucoup supérieurs à ceux de la population en général depuis de nombreuses années. Selon une étude publiée en 2000, le suicide et les blessures auto-infligées constituent les principales causes de décès chez les membres des Premières Nations de moins de 45 ans. Le taux de suicide des jeunes des Premières Nations est de 5 à 6 fois plus élevé que la moyenne nationale et celui des jeunes Inuits est environ 10 fois supérieur à la moyenne nationale. Les causes de ces taux de suicide élevés sont multiples et peuvent inclure la dépression causée par la dislocation sociale, culturelle ou générationnelle, l’abus de drogues et d’autres substances, ainsi que le manque de logement, de nourriture et d’accès aux possibilités. Dans les petites collectivités isolées, le suicide des jeunes peut être particulièrement éprouvant et entraîner des suicides en série. (Voir aussi Suicide chez les Autochtones au Canada.)

Chez les Autochtones, le taux de mortalité infantile est environ 1,5 fois plus élevé que la moyenne nationale. Au Nunavut, où la grande majorité de la population est inuite, le taux de mortalité infantile est plus de trois fois plus élevé que le taux national avec 16 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2008. La chute du taux de mortalité infantile et l’amélioration de l’état de santé en général sont attribuables, au moins en partie, à l’amélioration des réseaux d’eau et d’égouts. L’amélioration de la santé résulte également d’un meilleur contrôle des maladies infectieuses, de l’amélioration des conditions de vie et d’un accès plus facile à la technologie médicale et aux services médicaux. Cependant, des problématiques comme le surpeuplement et les conditions insalubres des logements demeurent.

L’urbanisation croissante de la population autochtone cause chez celle-ci une plus forte incidence des maladies caractéristiques de la société moderne, comme les maladies cardiovasculaires, les cancers et les problèmes de santé mentale. L’incidence du VIH/sida augmente de façon régulière. En 2008, les Autochtones représentent 8 % de tous les cas de VIH au Canada et comptent pour 12,5 % des nouvelles infections. Le taux de tuberculose est tout aussi préoccupant. Les Autochtones représentent 21 % des cas de tuberculose alors que les non autochtones nés au Canada ne représentent que 13 % des cas.

Justice

Dans le système de justice pénale, les Autochtones sont surreprésentés en tant que contrevenants et détenus et sous-représentés en tant que dirigeants, officiers, aides judiciaires ou avocats. Des recherches ont démontré que le taux de criminalité élevé chez les Autochtones est imputable aux répercussions du régime des pensionnats, au passé dans le système de protection de la jeunesse, aux effets de la dislocation et de la dépossession des Autochtones (voir Rafle des années soixante), aux antécédents familiaux et communautaires de suicide, à l’abus de substances, à la victimisation (voir Route des larmes), au faible niveau de scolarité, à la pauvreté, aux conditions de vie inadéquates et à l’appartenance aux gangs de rue ou au contact avec celles-ci.

Les taux d’incarcération des Autochtones vont en s’accroissant. En 2013, les délinquants autochtones représentent 23,2 % des délinquants purgeant une peine de ressort fédéral alors qu’ils ne représentaient que 17 % en 2000-2001. Surreprésentés dans les établissements correctionnels fédéraux, les Autochtones représentent 20 % de la population incarcérée bien qu’ils ne constituent que 4 % de la population canadienne. Quant aux femmes autochtones, la surreprésentation est encore plus prononcée : un tiers des femmes incarcérées dans les prisons fédérales sont autochtones.

Les délinquants autochtones sont en moyenne plus jeunes que les non autochtones. En effet, 21,3 % des délinquants autochtones incarcérés au fédéral ont moins de 25 ans, contre 13,6 % des délinquants non autochtones. Le 18 février 2016, dans un article, le magazine Maclean’s surnomme les prisons canadiennes les « nouveaux pensionnats » en raison de « pratiques discriminatoires et d’un système inéquitable » qui « travaille contre un accusé autochtone, d’abord à partir de l’identification de la personne par la police et à sa comparution devant un juge, jusqu’à son audience devant la Commission des libérations conditionnelles ».

Plusieurs facteurs sociaux contribuent à la surreprésentation des Autochtones dans le système judiciaire. Parmi les principaux facteurs, on compte la dislocation des communautés traditionnelles, les désavantages, la discrimination, l’assimilation forcée incluant les effets du système des pensionnats, la pauvreté, la toxicomanie, la victimisation ainsi que la perte de l’identité culturelle et des valeurs spirituelles. (Voir aussi TPST : Transmission intergénérationnelle du traumatisme.) En 1996, le Code criminel a été modifié pour s’attaquer au problème de la surreprésentation des Autochtones dans le système judiciaire. L’une des modifications a été apportée à l’alinéa 718.2(e). Elle permet aux juges de considérer des solutions de rechange à l’emprisonnement qui sont justifiées dans les circonstances pour tous les délinquants et « plus particulièrement en ce qui concerne les délinquants autochtones ». À ce jour, de nombreuses solutions de rechange à l’incarcération dans des établissements correctionnels sont mises au point par des Autochtones, y compris des cercles de guérison et de détermination de la peine (voir R. c. Gladue). Il s’agit de traiter au moyen de méthodes de guérison traditionnelles plutôt de punir au moyen d’une peine d’emprisonnement, en cherchant notamment à aider aussi bien la victime que le contrevenant.

Cependant, il y a encore beaucoup de questions sans réponse au sujet du traitement injuste et inhumain auquel les Autochtones sont soumis dans les prisons modernes. Adam Capay de la Première nation de Lac Seul passe 23 heures seul par jour, pendant 4 ans, de 2012 à 2016, en isolement cellulaire, attendant son procès pour une affaire de meurtre. Selon les Nations Unies, passer 15 jours consécutifs en isolement cellulaire constitue une forme de torture. La mort de l’artiste Moses Amik Beaver le 15 février 2017 alors qu’il est incarcéré retient aussi l’attention des médias parce que les détails entourant son confinement et sa mort ne sont pas encore très clairs. En effet, ce dernier souffre de maladie mentale et le chef Johnny Yellowhead de la Première nation Nibinamik remet en question la raison pour laquelle Moses Amik Beaver n’a pas reçu d’évaluation psychiatrique.

Dans les années 1970 et 1980, la méconnaissance des forces policières à l’égard de leur culture et de leurs besoins amène les Autochtones à former leurs propres corps policiers. Les programmes de recrutement d’agents de police autochtones aident la GRC et les autres forces policières à embaucher des policiers autochtones. En 1991, le gouvernement fédéral adopte la Politique sur la police des Premières Nations afin de répondre aux besoins des communautés autochtones. En 2012-2013, 396 communautés autochtones du Canada possèdent leurs propres services de police, qui emploient au total 1 261 policiers. Le 1er mars 2017, Brenda Butterworth-Carr de la Nation de Han Hwech Tr’ondek devient la première femme autochtone à occuper le poste de commandante de la GRC de la C.-B.

Famille

Il est particulièrement difficile d’interpréter les statistiques ayant trait à la structure familiale des Autochtones, car les définitions de la famille et de ce qui compose une unité familiale diffèrent beaucoup d’une culture à l’autre. Les données des recensements canadiens sont naturellement fondées sur la définition de l’unité familiale selon la culture dominante, définition qui n’est pas nécessairement compatible avec la conception de la famille chez les Autochtones, où les systèmes de soutien familial sont courants. Ainsi, les chiffres relatifs aux « familles monoparentales dans les réserves » peuvent être totalement trompeurs quant à la composition réelle d’un ménage et à l’interaction entre adultes et enfants au sein de celui-ci.

En 2011, la majorité des enfants autochtones de 14 ans et moins (50 %) vivent avec les deux parents, 29 % avec une mère seule et 6 % avec un père seul. En outre, 3 % des enfants autochtones vivent avec leurs grands-parents (sans leurs parents) et 1 % vivent avec un autre membre de la famille. Les enfants autochtones sont aussi proportionnellement deux fois plus nombreux que les enfants non autochtones à vivre au sein de ménages multifamiliaux. Par exemple, 18 % des enfants inuits vivent dans un ménage comptant plus d’une famille, comparativement à 4 % pour la population non autochtone. Un tiers des familles métis sont monoparentales, contre 14 % des familles non autochtones.

Depuis les années 1960, de nombreux enfants autochtones sont pris en charge par des organismes de services sociaux (voir Rafle des années soixante). Dans certains cas, les enfants étaient retirés à leurs parents à la suite d'un manque de compréhension des valeurs et des usages familiaux autochtones par des travailleurs sociaux non autochtones. En 1951, les enfants autochtones représentent 1 % des enfants pris en charge par la Colombie-Britannique. Or, en 1964, ce pourcentage monte à 34 %. Dans les années 1980, un rapport publié par le Conseil canadien de développement social conclut que les enfants autochtones pris en charge sont surreprésentés, comptant pour de 60 à 70 % des enfants pris en charge en Saskatchewan, de 50 à 60 % au Manitoba et de 30 à 40 % en Alberta. En 2003, de 30 à 40 % des enfants placés en famille d'accueil au Canada sont autochtones.

Les enfants autochtones pris en charge sont moins souvent adoptés que les enfants non autochtones. Ils sont aussi davantage adoptés par des familles non autochtones. Le placement disproportionné d'enfants autochtones dans des familles d'accueil non autochtones a des effets désastreux tant sur les individus que sur les communautés. Selon une étude de Bagley (1991), les adolescents autochtones adoptés par des familles non autochtones sont beaucoup plus susceptibles que les autres enfants adoptés, y compris ceux originaires de pays étrangers, de souffrir de troubles émotifs et comportementaux. Des études du début des années 2000 expriment des craintes quant à la détérioration de l'estime de soi et à la confusion identitaire qui découlent des adoptions interculturelles.

Culture et progrès

Les facteurs culturels peuvent avoir des incidences importantes sur les conditions sociales. La culture est essentielle à l'apprentissage et au maintien d'une identité culturelle solide. De nombreux Autochtones de partout au Canada prennent encore aujourd'hui part à des activités traditionnelles comme la chasse, la pêche et la trappe. Certains avancent que les valeurs traditionnelles comme le partage, la non-concurrence et la frugalité facilitent la vie en milieu traditionnel, mais se concilient mal avec les valeurs de la culture dominante et entravent l'intégration. Bien que l'intégration ne soit pas nécessairement visée, la promotion et le renouveau de ces valeurs culturelles pourraient être la clé de l'amélioration des conditions sociales au moyen d'initiatives d'autodétermination des Autochtones.

Bien que les conditions sociales s'améliorent, les écarts qui subsistent entre les conditions économiques et sociales des Autochtones et celles du reste de la population canadienne continuent de poser des défis. Le bien-être de toute personne est déterminé par un ensemble de conditions sociales, notamment la santé, le revenu, le soutien social, l'éducation, l'emploi, la communauté, l'histoire et la culture. La perte des traditions culturelles, les inégalités sociales, les préjugés et la discrimination ont tous contribué aux problèmes auxquels sont aujourd'hui confrontés les peuples autochtones du Canada. De nombreuses communautés mettent en œuvre des initiatives communautaires mettant l'accent sur l'importance de l'histoire et la culture, sur la gouvernance, la culture et la spiritualité, sur les qualités et les valeurs particulières, sur le lien entre l'autonomie gouvernementale et le développement économique, et sur le rôle et l'importance des économies traditionnelles.