Comportement électoral

Depuis une quarantaine d'années, le changement est une caractéristique électorale bien établie au Canada. Toutefois, même dans ce contexte, les résultats des élections fédérales de 1993 sont spectaculaires. L'électorat canadien a élu un gouvernement libéral majoritaire (voir PARTI LIBÉRAL) dirigé par CHRÉTIEN et fait entrer à la CHAMBRE DES COMMUNESdeux nouveaux partis politiques, le BLOC QUÉBÉCOIS et le PARTI RÉFORMISTE, n'accordant plus que deux sièges au PARTI PROGRESSISTE-CONSERVATEURqui détenait jusque là le pouvoir. Un an à peine après que l'électorat canadien a nettement rejeté l'Accord de Charlottetown lors d'un RÉFÉRENDUMnational, le résultat des élections fédérales de 1993 fait naître des incertitudes fondamentales sur l'avenir du SYSTÈME DE PARTIau Canada.

Toutefois, même après une victoire aussi décisive, les libéraux ne peuvent être assurés du succès électoral dans l'avenir. Les victoires écrasantes de Brian MULRONEY aux élections de 1984, de Pierre TRUDEAU à celles de 1968 et de John DIEFENBAKER en 1958 ont été suivies de revers tout aussi spectaculaires. La montée et la chute rapides de partis politiques provinciaux comme le NOUVEAU PARTI DÉMOCRATIQUE de Bob RAE en Ontario (1990-1995) et des Conservateurs de Grant DEVINE en Saskatchewan (1982-1991) illustrent également la tendance qu'à l'électorat canadien à changer d'allégeance politique de façon brusque et souvent spectaculaire.

Les résultats des élections fédérales ne sont pas toujours aussi clairs et aussi décisifs que ceux de 1993. Dans le passé, des élections comme celles de 1965 et de 1979 ont porté au pouvoir des GOUVERNEMENTS MINORITAIRES. De tels résultats peuvent se produire facilement, car aucun parti politique, ces dernières années, n'a eu l'appui continu de la majorité de l'électorat canadien. Le système électoral, axé sur la répartition des sièges au PARLEMENT, peut parfois donner une fausse image du comportement réel des votants. Même lors de la victoire décisive des libéraux en 1993, le parti n'a pu obtenir l'appui que de 41 p. 100 de l'électorat du pays. C'est-à-dire que la majorité des votants appuyait d'autres partis.

L'attachement de la plupart des Canadiens aux partis politiques fédéraux ou provinciaux n'est pas aussi profond ou durable qu'il l'est traditionnellement dans les pays d'Europe, où les partis sont souvent l'expression de divisions idéologiques marquées ou d'une solide appartenance à une classe sociale ou à un groupe religieux. Un certain nombre de tendances régionales et ethniques ont toutefois marqué la politique fédérale canadienne et ont parfois persisté au cours de plusieurs élections. L'Ouest canadien était un bastion conservateur avant que le Parti réformiste n'y remporte la majorité des sièges aux élections de 1993. Les libéraux dirigés par Pierre Trudeau étaient fortement appuyés au Québec jusqu'à ce que cette tendance soit renversée, d'abord par les conservateurs de Brian Mulroney en 1984, puis par le Bloc Québécois en 1993.

Toutefois, les comportements électoraux au Canada sont généralement influencés davantage par des facteurs politiques à court terme que par des tendances durables. Ces facteurs peuvent être par exemple la perception qu'on a des chefs politiques, l'état de l'ÉCONOMIE et certaines questions politiques qui peuvent être au programme d'un ou de plusieurs partis, comme la question du LIBRE-ÉCHANGE aux élections de 1988 ou celle du CHÔMAGE et du déficit en 1993. De tels facteurs sont difficiles à prédire d'une élection à l'autre, et leur importance peut varier fortement selon les catégories sociales ou les régions du pays. Le bilan politique du parti au pouvoir est également important. John TURNER, en 1984, et Kim CAMPBELL , en 1993, qui n'ont été PREMIERS MINISTRES FÉDÉRAUX que quelques mois, ont porté le poids de certaines politiques impopulaires et de certaines perceptions défavorables à l'égard de leurs prédécesseurs.

Les changements que l'électorat a apportés, en 1993, sur la scène politique ne seront probablement pas durables. Même un parti qui a beaucoup souffert, comme celui des conservateurs, peut se reconstruire, comme l'a montré la remontée des libéraux après leurs défaites décisives de 1958 et de 1984. Les tiers partis qui apparaissent à une élection particulière ont également un avenir incertain, comme le montrent l'effritement du PARTI PROGRESSISTE après 1921 et du CRÉDIT SOCIAL en 1962. Il est possible que certains des changements politiques des dernières années engendrent finalement des tendances durables, mais il est plus probable que l'électorat canadien continue de se montrer capable d'apporter des changements brusques et parfois spectaculaires, présentant ainsi de nouveaux défis et offrant de nouvelles occasions aux chefs politiques de l'avenir.