Fondation et mission

En mai 1966, Laura Sabia, présidente de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités met sur pied à Toronto une coalition d’une trentaine de groupes de femmes afin de demander au premier ministre Lester B. Pearson la tenue d’une commission royale sur les questions touchant les femmes. Forte de l’appui de Doris Anderson, alors rédactrice en chef de Chatelaine, la campagne du Comité pour l’égalité des femmes au Canada (Committee for the Equality of Women in Canada) dure quelques mois. Néanmoins, la pression de plus en plus forte exercée par les médias, voire la menace d’une manifestation de 2 millions de femmes sur la colline parlementaire lancée par madame Sabia, convainc le premier ministre d’instituer une commission le 3 février 1967 sous la présidence de Florence Bird.

Dans la foulée du dépôt du rapport de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme en décembre 1970, les membres de la coalition se réunissent à nouveau, bien décidées à tout faire pour que le gouvernement donne suite aux principales recommandations renfermées dans le rapport. Les 167 recommandations contenues dans le rapport portaient sur divers enjeux, notamment les services de garderie, la contraception, les congés de maternité, la loi familiale, la scolarité et les pensions, Le 30 janvier 1971, la coalition prend le nom de Comité canadien d’action sur le statut de la femme et se donne également pour objectif de coordonner l’information et l’action des différents groupes de femmes au pays.

Formé au départ de 30 groupes, le CCA a pris de l’expansion au fil des ans. Dans les années 1970 et 1980, il est considéré comme le principal groupe de pression féministe auprès du gouvernement canadien et comme le porte-parole d’une multitude d’organismes membres et affiliés appuyant l’égalité entre les sexes. En 1997, il représentait plus de 700 groupes répartis dans tout le pays et était le plus important organisme-cadre parmi les groupes de femmes au Canada. L’assemblée générale annuelle, à laquelle se réunissaient les délégués des organismes membres, était le forum où un grand nombre d’enjeux, ainsi qu’un vote sur les positions à être adoptées, formaient la base des actions de lobbying entreprises par le CCA.

Revendications

Parce qu’il luttait pour l’égalité et la justice sociale pour toutes les femmes, il revendiquait principalement l’adoption de changements visant à améliorer la condition féminine, notamment en ce qui a trait à l’aide à l’enfance, la violence familiale, la pauvreté et les droits des minorités. En plus d’appuyer des causes aux échelons provincial et municipal, le CCA participait à des conférences et à des activités visant à promouvoir la solidarité internationale entre femmes et revendique les droits à l’égalité des femmes à l’échelle mondiale.

Dépendant des subventions gouvernementales qui représentaient 90 % de son exercice budgétaire, le CCA a longtemps gardé ses distances par rapport à la politique partisane et a axé son action sur le lobbying. En 1984, il a réussi un véritable coup d’éclat médiatique alors qu’il a mis sur pied le premier (et le seul à ce jour) débat télévisé des chefs axé sur des enjeux concernant les femmes lors d’une campagne électorale. Cependant, en 1987, le CCA a fait une sortie remarquée contre l’Accord du Lac Meech et n’a pas hésité à plonger à nouveau dans la crise constitutionnelle en dénonçant l’Accord de Charlottetown.

Histoire récente

À la lumière de son opposition à l’Accord, le CCA a vu une partie de son financement se faire amputer par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, puis par celui dirigé par les libéraux de Jean Chrétien. Alors que l’enveloppe budgétaire pour les organisations féminines était de 13 millions de dollars en 1989, elle passe à seulement 8 millions de dollars en 1998. Par conséquent, au début des années 2000, le groupe doit mettre fin à ses activités après avoir accumulé une dette de 100 000$ et avoir fermé la majorité de ses bureaux régionaux.

En 2005, après de multiples demandes, le CCA reçoit une subvention de 150 000$ de Condition féminine Canada afin d’amorcer une restructuration de l’organisme et d’organiser une conférence qui se tient l’année suivante. Le CCA s’appuie alors sur les cotisations, les dons, les subventions de projets et les événements spéciaux pour assurer son fonctionnement.

Toutefois, en raison des compressions budgétaires exercées par le gouvernement conservateur de Stephen Harper sur le Condition féminine Canada à partir de 2006, du retrait du mandat de cet organisme de l’objectif de promouvoir l’« égalité », ainsi que de l’impossibilité pour les groupes de recherche et de défense des droits d’avoir accès à ses programmes de financement, l’avenir du CCA semble à nouveau chanceler. Un partenaire clé, le Congrès canadien du travail, lui retire également son appui. En 2007, le CCA soumet un mémoire à la Chambre des communes sur l’impact de ces changements apportés au financement de Condition féminine Canada, mais il n’est pas invité à en faire la présentation devant le comité. C’est l’une de ses dernières interventions publiques et vraisemblablement, le groupe se dissout vers la fin des années 2000.

Présidentes

Au nombre des présidentes du CCA, on compte des militantes qui ont marqué la lutte pour les droits des femmes et l’égalité entre les sexes. La première présidente est Laura Sabia, suivie brièvement en 1974–1975 par la syndicaliste Grace Hartman. Celle-ci accepte un court mandat à la présidence du CCA, soit quelques mois avant de devenir la présidente nationale du Syndicat national de la fonction publique (elle est d’ailleurs la première femme à accéder à ce poste au sein d’un syndicat national au Canada). Quant à la féministe et militante pour la paix Kay Macpherson, elle s’est d’abord fait remarquer au sein de l’organisme la Voix des femmes au début des années 1960 qu’elle a contribué à fonder, puis de la Canadian Association for Repeal of the Abortion Law, un organisme créé dans la foulée de l’emprisonnement du Dr Henry Morgentaler.

En 1982, l’ancienne rédactrice en chef du magazine Chatelaine, Doris Anderson, prend la tête du CCA à la suite de sa démission de la présidence du Conseil consultatif canadien de la situation de la femme. Comme plusieurs Canadiennes, Anderson ne croît pas que la nouvelle Loi constitutionnelle (de 1982) et la Charte canadienne des droits et libertés appuient suffisamment les droits des femmes. Sa démission médiatisée a contribué à attirer l’attention sur une Conférence spéciale portant sur la condition féminine (intitulée « Les femmes et la Constitution ») dont le gouvernement a tenté en vain d’empêcher la tenue. La campagne de lobbying qui s'ensuit a entraîné la modification de la législation afin d'inclure une clause qui désigne les hommes et les femmes sur le même pied d'égalité en vertu de la loi.

Dans les années 1980, l’universitaire Chaviva Hošek et l’avocate Louise Dulude (première et unique francophone à avoir présidé le CCA) vont diriger l’organisme. Les présidences de Lynn Kaye et Judy Rebick vont être profondément marquées par la question de l’antiféminisme (voir notamment Antiféminisme au Québec) et du droit à l’avortement dans la foulée de la Tragédie de Polytechnique et du jugement de la Cour suprême dans la cause Tremblay c. Daigle.

En 1993, l’élection de Sunera Thobani, une tanzanienne d’origine sud-asiatique, suivie en 1996, de celle de Joan Grant-Cummings, première canadienne noire à la tête de l’organisme, vont donner davantage d’importance aux questions touchant les femmes immigrantes et des minorités visibles. Ces dernières vont aussi accorder une attention particulière aux enjeux liés aux femmes autochtones. En 2000, Terri Brown devient la première femme autochtone à accéder à la présidence du CCA. Aujourd’hui chef de la nation Tahltan en Colombie-Britannique, elle milite pour que la lumière soit faite sur la disparition et le meurtre de centaines de femmes autochtones (voir Route des larmes). La dernière présidente en titre, Dolly Williams, s’est quant à elle fait remarquer pour son engagement au sein du Congress of Black Women of Canada. Elle est aussi membre du conseil d’administration du Centre culturel noir de la Nouvelle-Écosse (Black Cultural Centre for Nova Scotia).

Voir également Mouvement des femmes; Femmes et loi