Fondation et établissement

Certains colons apportent des biens personnels, comme des meubles, des ustensiles de cuisine, des livres et des objets décoratifs; d'autres s'établissent sur des terres préparées par des compagnies de colonisation ou à peu de distance de villes ou de villages existants. Toutefois, surtout avant que des routes, des canaux et des voies ferrées ne facilitent les communications et le transport des marchandises, la vie de colon du Canada est synonyme d'isolement, de privation et de misère; ils n'espèrent souvent pour tout succès que la survie. Néanmoins, après quelques années seulement, l'installation rudimentaire fait place à un confort relatif, ainsi qu'à la perspective de sécurité et même de prospérité pour les enfants. C'est ainsi que la persévérance, l'optimisme, l'économie, la débrouillardise et la vaillance sont les vertus que valorisent les générations suivantes, bien après l'époque des pionniers.

La conception des maisons des colons varie en fonction des matériaux disponibles sur place, du pays d'origine et des besoins particuliers de chacun. Cependant, dans tous les cas, elles doivent être conçues pour résister aux hivers longs et froids du Canada. La première maison d'un colon consiste généralement en un bâtiment d'une seule pièce, fait de rondins, de pierres des champs, de troncs d'épinettes ou de terre (voir Maisons de Rondins; Huttes de Terre). La construction de maisons à ossature de bois ou de briques avec cloisons intérieures, étages, fenêtres et toits de bardeaux annonce la fin de l'époque pionnière, l'habitation d'origine étant souvent transformée en étable.

Les meubles sont le plus souvent fabriqués par les colons eux-mêmes, notamment la chaise faite à partir d'un baril que décrit Catharine Parr Traill dans The Female Emigrant's Guide (1854). Il en va de même des tissus servant à confectionner des couvertures et des vêtements, des tapis qui couvrent les planchers de bois non raboté, des matelas et des jouets. Le raccommodage des bottes et des harnais, et la réparation des articles en fer-blanc doivent souvent attendre la visite d'un homme de métier itinérant. Alimenter l'énorme foyer, habituellement l'unique source de chaleur de l'habitation, est une perpétuelle corvée : le bois, bien qu'il soit abondant presque partout, doit tout de même être abattu, coupé, fendu et transporté à la maison.

Le menu des colons dépend des produits locaux et est généralement aussi nourrissant que monotone. Les récits et journaux de voyageurs (voir littérature sur les explorations et les voyages) parlent de repas de porc servis trois fois par jour mois après mois, agrémentés seulement de gâteaux de farine grossièrement moulue, de compote de pommes séchées ou de petits fruits sauvages en conserve, de pommes de terre et d'autres tubercules comestibles. Mais l'abondance de gibier à poil ou à plume et de poisson, et la présence de potagers, d'oiseaux de basse-cour et de vaches laitières permettent bientôt de varier le menu.

Culture et économie

Les pionniers adaptent aux nouvelles conditions des institutions familières comme l’église, les écoles, les collectivités locales, le tissu social des us et coutumes. La pratique de la coopération , qui caractérise les corvées communautaires, aussi connues sous le nom d’abeilles, soit pour la construction de maisons et de granges, le défrichement des champs ou la confection de courtepointes, s'applique également dans l'organisation locale et dans les relations entre les sexes. Ainsi, une même église peut servir le matin aux presbytériens et le soir, aux méthodistes. On met rapidement sur pied un district scolaire dont les instituteurs et institutrices sont payés par des cotisations locales, et logent chez les habitants. Les colons travaillent de concert à construire des chemins, à attirer des gens de métier et de petites industries et à promouvoir la prospérité de leur district.

Les premiers colons sont habituellement des hommes célibataires qui partent vers l'inconnu pour pratiquer la traite des fourrures, la coupe du bois, la prospection minière ou l'élevage. Toutefois, des femmes se joignent aux hommes pour coloniser la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles sont aussi pionnières dans les Maritimes et le Haut-Canada de 1760 à 1860, et les Prairies pendant la période de peuplement des terres de 1870 à 1914. Le travail des femmes est essentiel au confort et au succès à long terme de l'exploitation d'une ferme.

La politique canadienne d'immigration et la Loi des Terres Fédérales favorisent la vie familiale considérée comme une garantie de stabilité sociale et d'accroissement de la population. Les femmes pionnières travaillent inlassablement pour le bien-être matériel et culturel de leur famille. En bravant la solitude et les privations, en faisant preuve de force et de courage, elles se sont assuré une place d'honneur dans la société canadienne.