Clémence DesRochers. Monologuiste, comédienne, auteure-interprète, actrice, animatrice, dessinatrice (Sherbrooke, Québec, 23 novembre 1933). D. h.c. (Sherbrooke) 1994. Son activité de comédienne occupe la majeure partie de sa carrière, mais ses monologues, tout comme ses chansons, l'ont fait connaître d'un vaste public. C'est Jacques Normand qui la présente d'abord à son cabaret, le Saint-Germain-des-Prés, à Montréal (1958-1959). En 1959, elle fait partie du groupe Les Bozos. Elle ouvre ensuite des boîtes à chansons à Montréal et dans les environs (La Boîte à Clémence, La Barre 500 et, avec Yvon Deschamps, Le Fournil). En 1964, elle signe le livret du Vol rose du flamant, dont la musique est de Pierre Brault et qui est considéré comme la première comédie musicale écrite au Québec. Brault compose par la suite la musique de plusieurs de ses chansons. En 1966, elle participe à un spectacle à l'Olympia de Paris avec Claude Gauthier, Pauline Julien et Gilles Vigneault.

On compte également parmi ses réalisations de nombreuses revues : La Grosse tête, musique de Brault (1967), Les Girls, musique de François Cousineau (1968), La Belle Amanchure, musique de Jacques Crevier (1970) et C'est pas une revue, c't'un show (1971). Ces spectacles sont présentés dans une petite salle, le Patriote à Clémence, située au-dessus du Patriote à Montréal. Les Girls, en particulier, qui fait le tour du Québec, marque profondément l'histoire du spectacle québécois et est, avant la vague féministe des années 1970, le premier spectacle entièrement réalisé par des Québécoises se moquant des problèmes des femmes. Les cinq « Girls », Clémence DesRochers, Chantal Renaud, Diane Dufresne, Paule Bayard et Louise Latraverse, choquent en faisant éclater l'image simple et gentille qui s'impose toujours aux comédiennes et aux chanteuses.

En 1971-1972, elle est inactive, mais revient en 1973 comme animatrice et auteure à la télévision de la SRC. Elle donne des spectacles, notamment au Patriote, au Grand Théâtre de Québec, au Centre national des arts et au cinéma Outremont à Montréal (1975-1976). L'ironie du sort veut que Le Monde aime mieux Mireille Mathieu (1975) soit le premier grand succès sur disque de DesRochers. Une tournée au Québec l'amène jusque sur la Côte-Nord en 1976. De 1976 à 1979, l'animation des « Trouvailles de Clémence » à la SRC confirme son succès populaire. En 1977, elle donne Mon dernier show, à l'Outremont, annonçant son retrait de la scène. Au début de 1980, Renée Claude crée au Théâtre de Quat'sous le spectacle Moi, c'est Clémence que j'aime le mieux, composé de ses chansons, qui est repris au Petit Champlain de Québec et au Transit dans le Vieux-Montréal, et enregistré sous l'étiquette Pro-Culture (PPC-6016). Contrairement à ce qu'elle avait annoncé, DesRochers remonte sur scène en 1980 à Montréal, au théâtre du Nouveau-Monde puis à l'Arlequin, avec C'est mon dernier show 2. Il est suivi de Plus folle que jamais (1983), Le Derrière d'une étoile (1985) et J'ai show (1989). Elle a enregistré l'émission « Superstar » à la SRC en 1981 et a travaillé à Radio-Canada à la fin des années 1990 en tant qu'animatrice de l'émission Les p'tits bonheurs de Clémence (1995-1998) et Le monde de Clémence (1999).

Dans ses monologues et ses chansons, l'artiste, qu'on a toujours appelé affectueusement Clémence, manie avec adresse la satire et la caricature. Ses propos sont parfois d'un humour féroce, mais elle sait aussi être candide, tendre et même romantique à l'occasion. Dans La Presse (Montréal, 4 mars 1976), le critique Georges-Hébert Germain lui rend un vibrant hommage : « C'est encore toi qui as mis au point cette formule de monologue et de spectacle. Tu restes la plus brillante portraitiste de la femme québécoise. Tu es comme un miroir dans lequel elle peut se regarder, s'admirer ou se refaire une beauté au besoin. C'est l'âme québécoise qui se révèle à travers tes monologues et tes chansons. C'est nos réalités, nos rêves, nos émotions. » Luc Plamondon, qui la compare à Germaine Guèvremont et à Michel Tremblay, écrit qu'elle est « la première à écrire dans un langage québécois parlé, structuré de façon cohérente et transposé sur le plan poétique » (Préface de J'haïs écrire de DesRochers, Montréal 1986). Parmi ses chansons les plus connues, on retrouve « L'Homme de ma vie », musique de Pierre Brault, « Avec les mots d'Alfred », de Marc Larochelle, « La Chaloupe Verchères », de Gaston Brisson, et « La Vie d'factrie », de Jacques Fortier. On souligne souvent la parenté entre ses chansons et celles du groupe des années 1970 Beau Dommage. Edith Butler, Renée Claude, Jacqueline Dulac, Lucille Dumont, Louise Forestier, Pauline Julien, Claude Léveillée, Marie Savard et Fabienne Thibeault interprètent ses chansons. Elle est l'auteure d'une dizaine de livres publiés à Montréal (1966-1986), dans lesquels on trouve nouvelles, poèmes, chansons, monologues, dessins, extraits de revues et une pièce de théâtre (La Deuxième, commandée en 1976 pour les élèves de l'École nationale de théâtre).

Pour sa contribution au milieu du théâtre et de la musique, DesRochers reçoit de nombreux prix : le prix Denise-Pelletier (2005), du gouvernement du Québec, le prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2009), le prix Sylvain Lelièvre de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (2009) et le Prix d'excellence de la SOCAN (2009). DesRochers est également Chevalier de l'Ordre national du Québec (2001) et Officier de l'Ordre du Canada (2010).

Discographie

Clémence DesRochers vol. 1 : 1962; Sel M-298.047 et Alouette SAD-520.

Le Vol rose du flamant : 1964; RCA PCS-1024.

Clémence sans pardon : 1966; Gamma GM-104.

La Belle Amanchure : 1971; Tremplin TNL-2001.

Il faut longtemps d'une âpre solitude pour assembler un poème à l'amour : 1973; Poly 2424-087.

Comme un miroir : 1975; Franco FR-793.

Je t'écris pour te dire : 1975; Franco FR-79.

Mon dernier show : 1977; 2-Franco FR-41001.

Les Chansons retrouvailles : 1981; EG 00.

Plus folle que jamais : 1983; EG 002

Voir aussi DISCOGRAPHIE de Chansonniers.

Bibliographie

Denise BOUCHER, « La Fantaisie faite femme, Clémence DesRochers », Châtelaine, XII (9 sept. 1971).

Bruno DOSTIE, « Clémence DesRochers et les côtés sérieux d'une femme très drôle », CompCan, 126 (déc. 1977).

Hélène PEDNEAULT, Notre Clémence, tout l'humour du vrai monde (Montréal 1989).