Claire Harris est poète (née le 13 juin 1937 à Port-d’Espagne, à Trinité-et-Tobago). Claire Harris signe de nombreux recueils de poèmes depuis la parution, en 1984, de son premier ouvrage, Fables from the Women’s Quarters. Ses œuvres, qui souvent expriment la détresse psychologique des femmes de couleur devant la violence et l’oppression, lui valent une reconnaissance autant sur le plan national qu’international. En plus d’une nomination au Prix littéraire de poésie du Gouverneur général, Fables from the Women’s Quarters remporte le prix de poésie du Commonwealth.

Enfance et début de carrière

Claire Harris obtient un B.A. à l’University College, à Dublin, et un diplôme d’études supérieures à l’University of the West Indies, en Jamaïque. Elle émigre ensuite au Canada en 1966 pour y enseigner l’anglais au secondaire. Dix ans plus tard, elle commence à faire publier ses œuvres de poésie, qui, en opposant la prose et la poésie et en faisant s’alterner la voix prophétique et la prose journalistique, mettent en relief la détresse psychologique vécue par les femmes de couleur oppressée et leur donnent une voix. Cette approche rend la poésie de Claire Harris tout à fait unique parmi les poètes de race noire au Canada de nos jours.

Style et thèmes

Même si Claire Harris aborde souvent les thèmes de la mortalité et de la complicité entre les femmes victimes, elle revient souvent à la difficile quête d’identité et d’appartenance culturelle des femmes noires en Occident. Dans « Nude on a Pale Staircase » (Fables from the Women’s Quarters, 1984), elle dépeint l’isolation et la rage montante d’une épouse indienne prise dans un mariage désormais routinier avec son mari italo-canadien. Les remarques méprisantes de son mari à l’égard de la culture indienne lui révèlent de façon soudaine et dévastatrice son caractère d’étrangère, révélation qu’elle accuse en laissant s’écraser la vaisselle sur le sol. Elle ramasse ensuite délicatement l’anse d’une tasse brisée, symbole de sa résignation silencieuse devant son identité fracturée. Dans Travelling to Find a Remedy (1986), par contre, la narratrice du poème du même titre emprunte une avenue différente. Au lieu de s’éloigner de son pays natal, comme l’épouse indienne, la narratrice voyage délibérément vers son Afrique ancestrale. Croyant qu’elle peut traverser les épreuves du temps et de l’esclavage, elle découvre finalement qu’elle ne saura jamais vraiment de quoi il s’agit. Son mariage à un Africain ne réglera pas sa quête d’appartenance, pas plus que la culture africaine ne peut rester intacte en Amérique du Nord. En parlant d’un masque africain ramené à Calgary, la poète dit : « you are / left a fiction… » [tu n’es plus qu’une fiction] (Translation Into Fiction, 1984).

Dans Drawing Down a Daughter (1992) et She (2000), deux courts romans alliant prose et poésie, Claire Harris aborde la quête d’appartenance culturelle avec une urgence nouvelle. Les narratrices sont confrontées aux attentes qu’on a auprès des mères pour qu’elles transmettent leur culture à leur enfant. Dans Drawing Down a Daughter, la narratrice enceinte veut demeurer dans son Canada d’adoption, alors que son mari canadien veut élever son enfant à Trinité-et-Tobago (voir Antillais). Le conflit reste sans solution. La narratrice de She, atteinte du trouble dissociatif de la personnalité, devient une métaphore de la confusion et de l’absence culturelles auxquelles font face les femmes de couleur. Les voix multiples de la narratrice, qui vont de l’anglais britannique au créole trinitéen, parlent de conflits qui ne peuvent être résolus que si chacune d’elles prend conscience des autres, d’une part, médicalement, de l’autre. Dans ces deux œuvres, le legs de l’identité culturelle à leur enfant ne peut être fait que si les narratrices se reconstruisent en faisant ce que Claire Harris appelle, dans « And So… Home », une « invocation ».

La poésie de Claire Harris lui vaut plusieurs prix, dont le Commonwealth Poetry Prize (Americas Region), en 1985, le Writer’s Guild of Alberta, en 1987, l’Alberta Culture Poetry Prize, en 1988, et l’Alberta Culture, en 1990.