Le christianisme est une des grandes religions du monde et est pratiqué par environ 80 pour cent des Canadiens. Ses fidèles croient que la vie, la mort et la résurrection de Jésus au Ier siècle, comme l'expliquent la Bible et la tradition chrétienne, leur sont essentielles pour se comprendre eux-mêmes et pour savoir comment ils doivent vivre. En tant que Messie ou Christ (du grec christos, « oint » ou « choisi par Dieu »), Jésus devait ramener la création de Dieu à l'état auquel celui-ci l'avait souhaité.

Parmi les premiers disciples de Jésus, se trouvent quelques pêcheurs, une femme riche, un percepteur d'impôts et un étudiant rabbin, groupe hétéroclite de fervents qui scandalisent leurs compatriotes juifs et laissent perplexes leurs voisins grecs. Jésus, affirment ces disciples, a accompli sa mission rédemptrice en se laissant condamner à mort comme un criminel politique puis en ressuscitant d'entre les morts, démontrant ainsi sa nature à la fois divine et humaine. Ils invitent chacun, et non seulement les Juifs, à se joindre à eux pour devenir membres de l'Église (du grec ekklèsia, « assemblée »).

Influence temporelle et spirituelle

Peu à peu, le christianisme se mêle à l'histoire de nombreuses nations, surtout européennes, et vit sa propre histoire marquée par les fluctuations de son influence sur les mondes temporel et spirituel ainsi que par de graves schismes internes. Aujourd'hui, le christianisme se divise en plusieurs confessions, toutes bien représentées au Canada : le Catholicisme (12,7 millions de fidèles selon le recens. de 2011), la tradition Orthodoxe (550,700 fidèles) et l'Église unie du Canada (2 millions de fidèles). Toutes suivent un calendrier semblable pour leur année liturgique et Noël et Pâques sont les principales fêtes qu'ils célèbrent.

La plupart des confessions célèbrent des sacrements (actes religieux considérés comme les signes sensibles de la grâce spirituelle); la majorité des protestants ne reconnaissent comme sacrements que le baptême et l'eucharistie (communion), tandis que les Églises catholique et orthodoxe y ajoutent la confirmation (ou consécration), la pénitence, l'extrême-onction, les ordres (le sacerdoce) et le mariage.

La religion répond aux questions fondamentales mais demande aussi l'engagement de tout l'être. Quels chrétiens canadiens sont véritablement religieux? Certes, nombre d'entre eux le sont avec sincérité mais, si les opinions religieuses sont certainement très diverses dans le Canada moderne, le pluralisme n'est pas une valeur généralement pratiquée, même au sein de la communauté chrétienne.

Tous les chrétiens se réfèrent à la Bible, mais l'Évangile inspire leur vie de manières diverses. Les chrétiens du Canada sont loin de reconnaître unanimement la valeur et la rectitude de tous ces modes de vie. Tous ne s'engagent pas non plus avec la même ardeur.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, le discours officiel et les lois fondamentales tiennent pour acquis que le Canada est un pays chrétien mais, sur la scène publique, on s'écarte nettement du langage chrétien depuis les années 50 : le Canada se définit maintenant plus généralement comme un pays qui reconnaît « la suprématie de Dieu », selon les termes de la Constitution. Les bouddhistes et d'autres groupes non théistes s'irritent même de cette déclaration modérée. Ce vague théisme pourrait toutefois disparaître complètement d'ici la fin du XXe siècle.

Histoire du christianisme au Canada

En 1642, des catholiques français inspirés par le grand renouveau religieux de leur pays au XVIIe siècle fondent la mission nommée Ville-Marie (aujourd'hui Montréal) en l'honneur de la mère de Jésus. L'île où se trouve la mission est appelée Montréal, en hommage au lieu d'origine (situé en Italie) d'un cardinal qui contribue au financement des explorations de Cartier en 1535. On affirmera plus tard que le nom est dérivé de « Mont Réal », montagne du roi, en l'honneur du roi de France.

Même si on ne doit pas idéaliser ces débuts, il est certain que les valeurs religieuses comptent parmi les motivations de bon nombre des premiers colons de la Nouvelle France. Marie de l'Incarnation, religieuse Ursuline qui renforce la ville de Québec sur le plan civil et spirituel (1639-1672), se considère davantage la fondatrice d'une « Nouvelle Église » que d'une « Nouvelle France ». Plus tard au XVIIe siècle, dans les faits, la colonie passe aux mains du roi, officiellement appelé « Sa Majesté très chrétienne », mais son gouvernement adopte une attitude plus laïque que chrétienne.

Au XVIIIe siècle,

les gouvernements français et anglais s'inspirent tout naturellement de la tradition européenne selon laquelle la stabilité politique repose en partie sur l'allégeance du peuple à une Église soigneusement établie comme organe du gouvernement royal. Bien avant que le pape ne porte ce titre, les monarques européens sont surnommés les « vicaires du Christ », et maints administrateurs de la colonie estiment que leur fonction a un caractère religieux. Par contre, il s'avère difficile d'instituer au Canada une « Église établie ».

D'abord, les Églises établies elles-mêmes, l'Église catholique puis l'Église anglicane (voir Anglicanisme), n'ont pas les ressources financières et humaines nécessaires pour réaliser l'unité d'une société faite de pionniers éparpillés. Ensuite, le programme des évêques catholiques et anglicans diffère souvent de celui des politiciens. De plus, le peuple cherche souvent des chefs religieux, tel Henry Alline, initiateur d'un mouvement de réveil mystique, qui refuse de se mêler de politique. Enfin, le peuple tire de son expérience personnelle des réponses et des convictions religieuses sans lien direct avec les pratiques préconisées par les chefs des Églises : citons la « messe blanche » des Acadiens, célébrée sans prêtre, les curieux rites païens de guérison des colons des Highlands écossais, les pratiques familiales de dévotion et les contes surnaturels des paysans canadiens-français.

Finalement, le regroupement du Canada sous la Couronne britannique, en vertu du traité de Paris (1763), crée une entité politique comprenant des confessions chrétiennes fort diverses. À la population catholique déjà établie du Bas-Canada (aujourd'hui le Québec) s'ajoutent des immigrants anglophones de toutes sortes : divers dissidents protestants venus d'Angleterre, d'Europe du Nord et des États-Unis; catholiques et protestants d'Irlande; catholiques et Presbytériens d'Écosse. Souvent, des ecclésiastiques formés dans le pays d'origine accompagnent ces immigrants et, tout comme les prêtres du Bas-Canada, luttent pour garder leurs ouailles et maintenir chez elles la fidélité à leurs traditions propres.

Au début du XIXe siècle,

dans le Bas-Canada, dans les Maritimes et dans le Haut-Canada (aujourd'hui l'Ontario), des mouvements indépendants de réveil religieux renforcent grandement l'influence des Églises qui s'opposent aux faibles efforts des pouvoirs anglicans en place pour s'assurer au Canada d'une hégémonie comme celle qu'ils ont en Grande-Bretagne.

Au milieu du XIXe siècle,

un « christianisme public » prend forme. Les universités, chacune fondée par une Église distincte afin de former un clergé local, sont financées publiquement et commencent à admettre des étudiants de toutes origines religieuses tout en conservant leurs propres tendances confessionnelles. Dès lors, on voit s'établir des réseaux d'écoles publiques qui s'engagent officiellement à former des « citoyens chrétiens »; hors du Québec, ces réseaux sont en fait protestants, et les catholiques anglophones doivent lutter presque sans aide gouvernementale pour soutenir leurs écoles privées (voir Écoles Séparées).

À partir de ce moment, apparaissent des discours officiels s'inspirant souvent de la Bible (le Canada, par exemple, est appelé « Dominion », terme emprunté au psaume 72:8) et les lois sur la moralité individuelle sont conformes aux normes chrétiennes reconnues. Le calendrier civil prévoit l'observance des fêtes chrétiennes, Noël et Pâques surtout, et la tradition du repos du dimanche est respectée.

Au Québec, la majorité catholique et la minorité protestante trouvent peu à peu un modus vivendi commun, peut-être parce que le poids démographique des catholiques est atténué par la puissance économique des protestants. Ailleurs, les grandes confessions protestantes (anglicans, méthodistes, presbytériens, baptistes et congrégationalistes) arrivent à s'entendre entre elles, mais elles ont d'âpres querelles avec la minorité catholique.

Le rêve de CGeorge-Étienne Cartier, qui imaginait un Canada où s'étend d'un océan à l'autre des provinces dont le rapport entre catholiques et protestants est équilibré, sur le modèle du Haut et du Bas-Canada, sombre en raison de la migration vers l'Ouest des protestants ontariens et des tristes résultats des résistances de Riel. La société canadienne-française adopte un nationalisme défensif (voir Nationalisme canadien-français) qui se replie sur lui-même pour consolider une patrie catholique en laissant le reste du Canada à ses idées plutôt protestantes.

Au milieu du XIXe siècle, les dirigeants catholiques et protestants commencent à comprendre qu'ils sont aux prises avec un ennemi commun : les grandes villes attirent de plus en plus de Canadiens. L'organisation paroissiale et communautaire des petites villes a du mal à s'enraciner dans les villes modernes anonymes et aux moeurs cosmopolites, où domicile et lieu de travail sont éloignés, où les tâches se spécialisent et où l'économie est complexe.

Pour contrer cette évolution, toutes les Églises commencent à mettre l'accent sur l'importance de se doter d'un clergé professionnel possédant une formation solide et mettent sur pied des programmes spéciaux pour les enfants : au Québec, le clergé remplace graduellement les enseignants laïcs dans les écoles; le mouvement des écoles du dimanche s'implante dans le reste du pays. L'assemblée locale (ou paroisse) demeure l'unité d'organisation fondamentale, mais les journaux religieux et les organisations laïques formées pour divers groupes professionnels ou pour divers groupes d'âge franchissent les limites paroissiales.

Ainsi, le YMCA, par exemple, dépasse les limites traditionnelles des Églises protestantes; de même, la Société Saint-Jean-Baptiste, celles des diocèses catholiques. Les églises deviennent des édifices imposants, permanents et coûteux, surtout financés par les fidèles aisés (voir Architecture religieuse). La classe ouvrière canadienne finit par être considérée comme l'objet de l'activité missionnaire, laquelle est parfois dirigée par des missions établies dans les centres-villes.

Les valeurs chrétiennes traditionnelles

étant menacées par l'urbanisation, les dirigeants protestants et catholiques s'allient pour appuyer la Loi du dimanche, adoptée en 1906 et promulguée en 1907 (voir Alliance du jour du Seigneur). En milieu rural, l'usage consacre l'observation du dimanche en tant que « jour du Seigneur » mais, dans les villes, on doit recourir à une loi pour la faire respecter.

Nombre des plus profondes modifications apportées à la loi pour permettre plus de loisirs et de travail le dimanche sont apportées pendant les deux guerres mondiales; on les justifie en disant qu'elles sont nécessaires à la réussite de l'effort de guerre visant à « défendre la civilisation chrétienne ». Parfois, la lutte contre les effets de l'urbanisation se fait encore plus défensive.

Par exemple, l'Église catholique incite ses fidèles à se tenir à l'écart des villes protestantes et de la Nouvelle-Angleterre, où le protestantisme est très répandu, pour coloniser les régions reculées du Nord du Québec et les transformer en une civilisation rurale et catholique. Ce « mouvement de colonisation » obtient plus de succès dans des romans comme Jean Rivard et Maria Chapdelaine que dans la réalité.

Toutefois, ces réactions de défense ont souvent des résultats positifs et inespérés, tels les efforts des nombreuses organisations chrétiennes de tempérance, catholiques ou protestantes, qui réussissent à imposer la prohibition dans tout le pays lors de la Première Guerre mondiale. Après la guerre, la loi s'affaiblit mais, entre-temps, les protestantes de la Women's Christian Temperance Union constituent le noyau d'un mouvement qui finit par procurer aux femmes le droit de vote en 1918 (voir Droit de vote de la femme).

Il arrive souvent que des protestants commencent par militer pour le mouvement pour la tempérence puis s'intéressent ensuite à des questions d'ordre plus général et adhèrent finalement au mouvement Social Gospel, une pépinière de militants sociaux protestants dont certains continuent d'adhérer fermement aux structures des Églises (comme Nellie McClung et le romancier C.W. Gordon), tandis que d'autres, commeJ.S. Woodsworth et T.C. Douglas, se sentent moins limités par l'orientation gauchiste de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF).

Plus que leurs homologues protestants, les militants des mouvement sociaux catholiques sont plus portés à adhérer à des structures affiliées à l'Église comme les organisations de l'Action catholique et le mouvement Antigonish.

Au milieu du XXe siècle,

le clergé québécois est si abondant que près de la moitié des prêtres catholiques oeuvrent à plein temps à l'extérieur de la paroisse traditionnelle : enseignement, aide aux syndicats ouvriers catholiques (voir Confédération des syndicats nationaux), gestion des services sociaux, etc. Les laïcs catholiques, malgré leur grand respect pour le clergé, n'en sont pas les pantins, comme le croient beaucoup de protestants.

Le succès des plaisanteries et chansons anticléricales de même que l'apparition très spontanée de dévotions populaires, comme le pèlerinage au sanctuaire du frère André, montrent l'indépendance des catholiques vis-à-vis de leur hiérarchie. Une élite laïque constituée dans les cercles politiques et journalistiques compte dans ses rangs Henri Bourassa, Maurice Duplessis et André André Laurendeau, catholiques qui ne méritent guère le sobriquet de « marionnettes du clergé ».

Les communautés chrétiennes du début du XXe siècle subissent de nombreuses tensions. Chez les protestants anglophones, des différends sur la valeur historique de la Bible et la participation de l'Église à l'action sociale créent de nouvelles divisions confessionnelles (c'est le cas des schismes baptistes des années 20 et des scissions étudiantes qui aboutissent vers 1930 au Mouvement étudiant chrétien et au Inter-Varsity Christian Fellowship) et incitent parfois les gens à adopter des solutions qui étouffent les conflits sans les résoudre. Chez les catholiques, l'unanimité n'est ébranlée qu'à de rares et brèves, mais spectaculaires occasions, comme lors de la mise au ban de Jean-Charles Harvey).

Chez les protestants, les tensions sont masquées par une série de mouvements d'unification qui débutent au milieu du XIXe siècle et culminent en 1925 avec la fondation de l'Église unie du Canada. L'appel de Jésus à l'unité (par exemple, Jean 17:21), les avantages pratiques obtenus en regroupant les ressources peu abondantes d'un vaste pays et la tradition canadienne voulant que les Églises jouent un rôle public, ont fait de cette tendance à l'unification un trait caractéristique de l'histoire de l'Église canadienne.

Il est remarquable que, bien que la population canadienne soit composée d'immigrants issus d'une grande diversité de pays d'origine et de racines culturelles, presque les deux tiers de ses habitants disent appartenir à trois Églises seulement : l'Église catholique, l'Église unie et l'Église anglicane. Pourtant, l'arrivée de nombreuses communautés culturelles et d'idées venues d'ailleurs favorisent la diversité. Les Ukrainiens, Roumains et autres ethnies apportent diverses traditions orthodoxes; les immigrants mennonites et d'autres groupes de tradition anabaptiste, ainsi que les Luthériens, viennent surtout d'Europe; les Mormons viennent des États-Unis.

Les Témoins de Jéhovah et les Adventistes du septième jour sont solidement établis, et les Églises de l'illumination, telles que l'Armée du salut, ont une longue tradition dans notre pays. Les mouvements transconfessionnels sont également actifs : au début du XXe siècle, les mouvements Pentecôtistes franchissent les barrières des confessions protestantes et, plus récemment, le renouveau charismatique attire à la fois catholiques et protestants. L'Église chrétienne évangélique canadienne (Disciples du Christ), tout en étant considérée comme une confession, vise l'unité de tous les chrétiens au-delà des confessions.

À la suite de la Deuxième Guerre mondiale,

les dirigeants religieux sont convaincus de la force des Églises : de nombreux fidèles assistent aux offices hebdomadaires et on consacre maintenant à l'édification de la paix les ressources auparavant affectées à la guerre. Toutefois, dans les années 60, la fréquentation des églises et les vocations cléricales connaissent une forte diminution partout, mais surtout au Québec.

Dans les années 70,

on constate que les églises évangéliques et fondamentalistes, groupes conservateurs ne constituant qu'une faible partie de la population, attirent autant de fidèles le dimanche que toutes les grandes Églises protestantes réunies. Ce fait s'explique peut-être par la nature de la société moderne où, en général, la vie religieuse est affaire personnelle, tandis que la vie publique est laïcisée.

La sécularisation

Séculariser consiste à considérer les choses comme appartenant au monde et non à Dieu, et de juger de leur valeur d'après leur utilité pour l'activité humaine. Par exemple, la Loi sur le dimanche est jugée valable parce qu'elle assure aux travailleurs un repos hebdomadaire qui augmente leur productivité et non parce qu'elle rend gloire à Dieu; de même, l'instruction religieuse est utile parce qu'elle forme des citoyens respectables et non parce qu'elle fait croître chez la personne l'amour de Dieu.

En défendant le christianisme public, les chrétiens adoptent souvent des valeurs purement laïques. La presque totalité des auteurs canadiens contemporains qui traitent du sentiment de la grandeur et de l'étonnement qui ont inspiré la vie humaine méprisent les Églises modernes : c'est peut-être un indice du fait que peu de Canadiens s'attendent à faire l'expérience du « sacré » au sein des Églises.

Les gens en sont venus à ne se considérer vrais et authentiques que dans la vie privée. Dans les autres situations, ils adoptent les attitudes imposées par le milieu; la même personne peut se comporter tout à fait différemment à l'école, au travail, à un rassemblement politique ou au centre sportif. Ce n'est que dans l'intimité du foyer que l'individu croit que transparaît sa véritable personnalité; la vie religieuse moderne est ainsi confinée à ce secteur de la vie.

Cette limitation de la religion à la vie privée aide à comprendre pourquoi, dans la vie publique canadienne, la religion s'est progressivement laïcisée ou a simplement disparu, pourquoi la fréquentation de l'église semble être perçu comme de moins en moins importante et pourquoi les pratiques religieuses privées comme l'écoute des émissions télévisées des évangélistes et la lecture de revues et de livres religieux sont plus populaires que jamais dans la vie canadienne.

Les quelques questions d'intérêt public jugées comme intéressant nettement la religion sont celles qui touchent de près à la vie privée du foyer et de la famille : l'avortement, la consommation d'alcool, l'obscénité, le mariage et le divorce, l'éducation sexuelle, etc. Les citoyens qui déclarent être « chrétiens » au recensement désirent en général un mariage et des funérailles à l'église, mais sentent rarement la nécessité de participer activement à la vie de l'institution et à ses traditions de prise de responsabilités publiques.

Aspects changeants

Pourtant, bien que ses aspects changent constamment, le christianisme demeure. La Bible demeure le système de référence de tous les chrétiens même si les divergences d'interprétation sont fréquentes et profondes. Le christianisme international continue d'influencer la vie canadienne : quand les chefs du Conseil oecuménique des églises et le pape visitent le Canada, la population suit leurs faits et gestes par l'intermédiaire de médias laïcs; la plupart des émissions religieuses canadiennes proviennent des États-Unis; et les futurs membres du clergé vont souvent étudier la théologie à l'étranger.

En même temps, des érudits canadiens comme Northrop Frye, Bernard Lonergan et Wilfred Cantwell Smith sont des habitués des milieux chrétiens du monde entier.

La paroisse ou l'assemblée locale demeure l'unité fondamentale de l'organisation chrétienne du Canada actuel, mais les divergences de vues sont souvent aussi marquées au sein des assemblées que d'une confession à l'autre.

Les chrétiens plus libéraux, souvent soutenus par le travail des dirigeants de leur confession respective et surtout par ceux qui travaillent dans les bureaux centraux, ont tendance à considérer les chrétiens conservateurs comme trop individualistes, tandis que ces derniers tendent à considérer les chrétiens libéraux comme trop laïcisés. Au centre, se trouve la vaste et stabilisante majorité des fidèles, même si celle-ci participe moins activement à la vie des institutions religieuses.

Les Églises du Canada collaborent par l'entremise de plusieurs coalitions pancanadiennes vouées à l'action sociale oecuménique, mais les membres des assemblées locales se sentent souvent étrangers à ces groupements aux positions assez progressistes. En outre, des réunions publiques de prière rassemblent souvent les chrétiens lors de croisades prêchées dans les villes par des Évangélistes itinérants ou lors de cérémonies dirigées par le clergé local à des occasions spéciales comme le Vendredi saint ou le jour du Souvenir.

Au cours de ces assemblées interconfessionnelles, on célèbre rarement l'eucharistie (communion ou Cène, rituel de la fraction du pain et du vin en souvenir de la crucifixion de Jésus), car les usages respectifs à chaque confession à l'égard de ce rite central et presque universel sont liés de très près à l'identité confessionnelle. Toutefois, de nos jours, les chrétiens canadiens reçoivent beaucoup plus volontiers que leurs ancêtres l'eucharistie d'une autre confession lorsque les liens de l'amitié ou du mariage les amènent dans une assemblée de cette confession, et bien peu d'ecclésiastiques s'avisent de la leur refuser.

Bien plus, ces chrétiens sont beaucoup plus portés à voir d'un oeil favorable les doctrines et pratiques auxquelles adhèrent d'autres Canadiens, telles que le Judaïsme, l'Islam, l'Hindouisme, le Bouddhisme, le Sikhisme ou la Baha'isme et peut-être même des nouveaux mouvements religieux.

Caractère privé de la vie religieuse

Dans la mesure où ils ont accepté la laïcisation de la vie publique et le caractère toujours plus privé de la vie religieuse, les chrétiens du Canada ont trouvé un arrangement viable à la nature particulière de la société moderne. Pourtant, cette attitude est inconciliable avec une tradition qui demande « Que ton règne vienne » dans sa prière préférée et qui trouve évident qu'un royaume ne soit pas seulement privé. Elle est également inconciliable avec la nature même de toute religion, celle-ci aspirant à tout réunir en un système orienté vers un sens ultime en plus d'exiger que tout soit sacré et non seulement utile.

Par conséquent, il semble probable que le christianisme demeurera en tant qu'élément utile limité à la vie privée de nombreux Canadiens mais qu'il sera parfois appelé à s'ouvrir au sens du sacré et à participer aux affaires publiques.

Voir aussi Écoles bibliques, Conseil canadien des Églises, Evangelical Fellowship of Canada;Communautés religieuses chrétiennes;Société biblique canadienne;Calvinisme;Millénarisme;Pacifisme.