Histoire et développement

Après la visite du capitaine James Cook sur la côte ouest de l’île de Vancouver en 1778, un certain nombre de mots nuu-chah-nulth ont circulé parmi les traiteurs de fourrures le long de la côte. Sur la côte du Pacifique, à l’embouchure du fleuve Columbia, la ville d’Astoria, qui deviendra plus tard Fort George, puis aujourd’hui Astoria (Oregon), jouait le rôle de dépôt pour la traite des fourrures le long de la Côte Ouest. Le français parlé par les traiteurs de l’intérieur, l’anglais et le nuu-chah-nulth des traiteurs côtiers et les différentes langues salish des peuples voisins se sont combinés au lower chinook de la région pour donner naissance au chinook wawa qui n’a ensuite cessé d’évoluer. Durant le siècle qui suivit, la langue incorpore de plus en plus de mots anglais. (Voir aussi Langues autochtones au Canada; Familles des langues autochtones de la côte du nord-ouest.)

En 1825, Fort Vancouver, une communauté située à 140 km dans les terres sur les berges du fleuve Columbia, devient un des hauts lieux pour le chinook wawa lorsque la Compagnie de la baie d’Hudson vient y établir son siège social. Fort Vancouver administre alors les communautés engagées dans la traite des fourrures de la Californie à l’Alaska et le chinook wawa s’est propagé par ces réseaux.

Le prêtre catholique Modeste Demers arrive à Fort Vancouver en 1838 et publie peu de temps après un dictionnaire et plusieurs documents pour ses missions en Colombie-Britannique. Lorsque la frontière avec les États-Unis est fixée sur le 49e parallèle en 1846, Fort Vancouver n’appartient plus à l’Amérique du Nord britannique et quelques-uns des membres du personnel déménagent alors à Victoria. Ces gens formeront le noyau administratif de la Colombie-Britannique, qui vient juste de naître, et ils apportent avec eux le chinook wawa. Les missionnaires protestants et catholiques utilisèrent cette langue au Canada, tout comme les adeptes de la religion des Trembleurs qui combinait des aspects des religions catholique, protestante et autochtone.

Plusieurs dictionnaires sont publiés lorsque le chinook wawa se répand avec les ruées vers l’or dans le canyon du Fraser et des Cariboo de 1858 à 1865. Pendant plusieurs années, la langue est utilisée en Colombie-Britannique comme langue de travail dans les conserveries et les usines. Elle est également souvent apprise par les premiers immigrés chinois. Les Autochtones la parlent couramment de part et d’autre de la frontière, tout comme les nations qui résistent ou qui négocient des traités de paix dans l’État de Washington. Jean-Marie Lejeune, un prêtre catholique romain, développa un système de transcription basé sur la sténographique française. De 1891 à 1904, il publie un journal, le Kamloops Wawa, qui restera le plus important recueil d’écrits en chinook wawa.

L’usage de cette langue décline ensuite rapidement au début du 20e siècle, à cause de l’arrivée des pionniers anglophones, du développement des pensionnats indiens qui découragent l’usage du chinook wawa, des maladies dévastatrices et de la dislocation économique et sociale qui affectent les communautés autochtones. Aujourd’hui, la langue se retrouve dans des centaines de noms de lieu dispersés dans toute la Colombie-Britannique et le littoral nord-ouest du Pacifique. Elle survit aussi dans le vocabulaire utilisé par certains anciens de la province. Le chinook wawa persiste également comme un créole dans la réserve Grand Ronde, en Oregon, et plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour le faire revivre ailleurs. La devise de l’État de Washington est Alki, qui signifie « espoir dans l’avenir ». Iona Campagnolo a prononcé son serment de lieutenant-gouverneure en chinook wawa, déclarant notamment : « Konoway tillicums klatawa kunamokst klaska mamook okoke huloima chee illahi. », qui se traduit par « Tout le monde s’est retrouvé rassemblé pour créer cet étrange nouveau pays ».

Grammaire et vocabulaire

Le chinook wawa emprunte une grande partie de son vocabulaire et quelques règles de grammaire au lower chinook. Avant le dernier stade de son développement, la langue empruntait aussi un grand nombre de mots au français, la seconde source linguistique, en gardant souvent l’article défini devant les mots et l’accent québécois. L’ordre des mots est le même qu’en anglais et en français – sujet-verbe-complément d’objet– et non celui du lower chinook (verbe-sujet-complément d’objet). Son vocabulaire rudimentaire d’environ 700 mots reste efficace grâce à une interprétation différente des mots en fonction du contexte, aux néologismes et aux circonlocutions. Le chinook wawa conserve le son « tl- » qui dérive du « L » « (latérale fricative), que ne connaissent ni les anglophones ni les francophones. Il n’existe pas d’orthographe normalisée et les mots s’écrivent généralement phonétiquement.

Exemples de grammaire

Nika nanitch kiutan – Je vois le cheval. (Remarquez l’ordre sujet-verbe-complément d’objet.)

Delate skookum mika – [très fort vous] – vous êtes très fort. (Remarquez que le groupe verbe-sujet est facultatif.)

Alki nika potlatch moxt tala kopa mika – [futur je donne deux dollars à vous] – Je vous donnerai deux dollars. (Remarquez le marqueur pour le mode futur.)

Wake yaka klatawa – [pas il va] – il n’y va pas. (Remarquez l’adverbe de négation en début de phrase.)

Exemple de vocabulaire

Mots dérivés du lower chinook, sauf mention contraire :

Wawa [de Nootka] = mot, parler, discuter, langue (cf. chinook wawa, journal wawa de Kamloops).

Hyak = rapide (cf. Hyak Festival à New Westminster, Colombie-Britannique).

Skookum [du salish] = robuste, fort.

Chuck [du nootka] = eau (cf. Passage Skookumchuck, Colombie-Britannique, the salt chuck, « l’océan, l’eau salée »).

Siwash = [prononcé siWASH] naturel, indompté, aussi personne autochtone. (cf. Siwash Rock dans le Stanley Park). Seulement considéré comme péjoratif si prononcé SAIwash.

Cheechako [chee = nouveau, chako = venir] = nouveau-venu, néophyte (cf. Ballads of a Cheechako, de Robert Service).

Hyiu [du nootka] = beaucoup. Muckamuck = beaucoup de nourriture (cf. highmuckymuck, expression populaire qualifiant une personne imbue d’elle-même ou, éventuellement, une personne assise à la table principale).

Tzum = couleurs mélangées, marque, écritures – (cf. en anglais, Chum Salmon, une espèce de saumons caractérisée par des marques sur les flancs).

Klahanie = à l’extérieur – (cf. le programme télévisé de la CBC du même nom, dans les années 1960-1970 sur le milieu sauvage).

Yakwatin = ventre.

Latet [du français la tête] = tête. Remarquez l’article défini et l’indication de l’accent québécois.

Stick [de l’anglais] = mât, arbre, en bois. (cf. les sticks, une expression commune en Colombie-Britannique pour désigner la forêt).

Tillikums = gens, amis (cf. Tillicum, la mascotte des célébrations du centenaire de Vancouver).

Muckamuck = manger, nourriture (cf. high muckamucks : ceux qui ont le pouvoir, ceux qui ont beaucoup de nourriture).

Potlatch = donner; une cérémonie au cours de laquelle des biens sont offerts.

Klahowya = salutations, comment allez-vous.

Tyee = chef.

Un certain nombre de lieux géographiques portent des noms dérivés du chinook wawa, notamment de nombreux lacs : Canim (« canoë »), Nanitch (« voir »), Kikwillie (« profond »), Eena (« castor »), Siam (« grizzly »), Mesachie (« mauvais ») et Wahpeeto (« pomme de terre »).