Dossiers de la Commission de secours d’Halifax

Après l’explosion d’Halifax, le 6 décembre 1917, la Commission de secours d’Halifax est créée par le gouvernement fédéral pour aider à reconstruire la ville et à administrer les services sociaux pour les victimes de l’explosion. Beaucoup d’enfants apparaissent dans les dossiers archivés de la Commission, et 13 d’entre eux sont choisis par la Champlain Society pour parler de leur expérience en tant qu’enfant, ou parent d’un enfant, traumatisé par ce désastre d’envergure.

Enfants devenus orphelins

Selon la Commission, la plus grande difficulté vécue par les victimes en bas âge est la perte de leurs parents, comme c’est arrivé à la famille Johnson. En effet, le père, William, meurt dans l’exercice de ses fonctions sur les quais, tandis que sa femme et deux de leurs enfants sont tués dans leur demeure du secteur nord de la ville.

Les deux enfants survivants deviennent orphelins. Au début de janvier 1918, leur grand-mère paternelle arrive de l’Île-du-Prince-Édouard pour les prendre à sa charge. Après une évaluation superficielle de la situation de cette dame, la Commission lui accorde la garde des enfants, assortie d’une pension standard mensuelle de 16 $ par enfant valide jusqu’à ce qu’ils atteignent 17 ans, après quoi la famille sera laissée à elle-même.

La Commission accorde considérablement plus de soins à Frances Preece, une servante adolescente hospitalisée après avoir perdu un œil dans l’explosion. En effet, le personnel de secours refuse qu’on la renvoie auprès de l’agence Middlemore, qui l’a fait venir en Nouvelle-Écosse de l’Angleterre. La Commission insiste plutôt pour que l’adolescente finisse son éducation et la prend à sa charge en la déclarant orpheline.

À sa mort, le veuf James Sheridan laisse ses deux jeunes enfants sans gardien. Après les avoir fait séjourner un temps en orphelinat, la Commission convainc une tante plutôt réticente de s’en occuper en échange d’une pension.

De façon semblable, la mort d’Everett Layers plonge sa fille adolescente handicapée, qui a été abandonnée par sa belle-mère, dans une situation particulièrement difficile. Heureusement, la sœur célibataire d’Everett Layers se porte volontaire et continue son éducation. Ce dénouement heureux se termine prématurément à cause de la tuberculose.

La Commission fait face a des difficultés encore plus grandes dans le cas de la famille Carr. La veuve, Mary, et son enfant cadet décèdent dans l’explosion. Six de ses enfants survivent : quatre adultes et deux enfants. Une rivalité au sein de la fratrie mène à un détournement des actifs de la famille et à de nombreuses querelles alors que la Commission cherche à imposer le franc-jeu.

Enfants souffrant de blessures physiques

Les enfants grièvement blessés sont en plus grand nombre que les orphelins. Le petit Robert Myers, par exemple, est âgé de deux ans lorsqu’il devient partiellement aveugle à cause de l’explosion. Après sa convalescence, on lui installe un œil artificiel (voir Explosion d’Halifax et INCA).

Sans amoindrir le traumatisme que peut causer une perte partielle de la vue, les blessures que subissent les enfants dans l’explosion d’Halifax sont souvent bien pires. C’est le cas de Roy Cookson, neuf ans, qui est hospitalisé pendant des mois pour une fracture du crâne le laissant invalide chronique une fois de retour à la maison. Les efforts de la Commission pour le remettre sur pied par un régime particulier, des vêtements protecteurs, des médicaments et des examens médicaux répétés ne portent jamais fruit, et Roy Cookson meurt prématurément.

Le désastre réserve également un sort cruel à la famille Stokes : le père et le fils aîné sont tués, la mère et l’un des fils deviennent totalement aveugles, tandis qu’une fille n’a plus qu’un seul œil et une autre sœur est amputée de la partie inférieure d’une de ses jambes. Grâce à des pressions d’amis influents de la famille et au travail de la seule fille qui s’en est tirée indemne, les Stokes obtiennent de la Commission un programme prolongé et coûteux de soins médicaux agrémentés d’une pension.

Roy Hudson, 17 ans, frôle la mort alors qu’il tente d’éteindre l’incendie du Mont-Blanc depuis une remorqueuse. Il survit, mais perd ses deux pieds, que la Commission remplace à l’aide de prothèses. Bien qu’on lui offre un impressionnant montant forfaitaire, il opte plutôt pour une pension à vie, qui prévoit le remplacement fréquent de ses prothèses.

Autres traumatismes

La famille Henneberry, quant à elle, est dévastée par la mort (puis par l’enterrement de manière inappropriée) de cinq de ses six enfants et une fausse couche induite par les blessures de l’explosion. Afin de lui apporter un peu de réconfort, la Commission achète à Madame Henneberry une perruque pour cacher ses cheveux arrachés et lui offre une allocation d’invalidité jusqu’à ce qu’elle soit capable de reprendre ses tâches domestiques.

Pour Jessie Parks, qui doit élever sept enfants pendant que son mari militaire se bat en France, l’explosion cause une foule de problèmes. Deux de ses enfants sont grièvement blessés et hospitalisés, tandis que trois autres sont temporairement portés disparus. Puis, l’un de ses fils fugue, poussant les autorités à le placer dans une école de réforme, tandis que plusieurs de ses filles sont envoyées à l’orphelinat. Lorsque les enfants reviennent enfin au bercail, ils retrouvent une maison lourdement endommagée qu’ils doivent remettre sur pied pendant que leur mère travaille.

Une autre répercussion durable causée par l’explosion touche John Muise Jr, qui doit abandonner ses études à l’université pour devenir le pourvoyeur principal de sa famille lorsque son père ne se remet pas de ses blessures.

Ensemble, ces histoires témoignent du fait que la Commission, si elle peut parfois adoucir certains des maux de l’explosion, n’arrive toutefois jamais à enrayer la détresse dans laquelle la ville est plongée. Ainsi, les enfants et leur famille immédiate sont condamnés à être les plus tragiques victimes de l’explosion de 1917 à Halifax.

Cet article est une version condensée d’une publication de la Champlain Society, « We harbour no evil design » : Rehabilitation efforts after the Halifax Explosion of 1917, édité par David A. Sutherland. Réimprimé avec la permission de la Champlain Society.