Les Chilcotins sont un peuple autochtone de plus de 3 000 individus habitant la région située entre le fleuve Fraser et la chaîne Côtière, dans le centre-ouest de la Colombie-Britannique. Leur territoire comprend l’essentiel du bassin de la rivière Chilcotin et les eaux d’amont des rivières Homathko, Kliniklini et Dean qui coulent vers l’ouest en passant par la chaîne Côtière. Pour ce peuple dont la langue est le déné ou l’athapascan, le terme « chilcotins » veut dire « peuple de la rivière rouge » et désigne aussi la région du plateau des Chilcotins, en Colombie-Britannique. Le gouvernement national des Chilcotins est un conseil tribal établi en 1989 représentant les six Premières Nations membres du plateau des Chilcotins (voir Autochtones : la région subarctique).

Premier système socio-économique

La culture traditionnelle des Chilcotins est la même que celle des Dénés du Nord. Ils vivent en bandes autonomes pendant presque tout le XXe siècle. Nomades pendant la majeure partie de l’année, les familles chassent, pêchent et font la cueillette de racines et de baies. Ils ont des leaders, dont certains sont énergiques, mais leur communauté est fondamentalement égalitaire, et les individus ainsi que les familles tiennent à leur autonomie. À la fin de l’été, lors de la migration du saumon, la plupart des familles se rassemblent le long des rivières pour pêcher. Au milieu de l’hiver, ils déménagent dans des lieux abrités, habituellement près de lacs se prêtant à la pêche sur glace, où ils vivent dans des maisons à toit en appentis ou dans des maisons à demi enterrées (voir Histoire de l’architecture : Premières Nations).

Contact avec les Européens

Simon Fraser est le premier Européen à rencontrer des Chilcotins, en 1808, dans le territoire des Shuswaps, le long de la rive ouest du fleuve Fraser. En 1827, la Compagnie de la Baie d’Hudson établit un poste éloigné sur leur territoire et y affecte des employés par intermittence jusqu’en 1844. Les Chilcotins n’apprécient pas la présence de ces étrangers sur leur territoire et le poste connaît peu de succès. Ils ont peu de contacts avec les chercheurs d’or qui affluent le long du fleuve Fraser en 1859 et 1860. Pourtant, peu après, une épidémie de variole décime leur population.

En 1861, on trace une piste pour convois de bêtes de somme traversant le territoire des Chilcotins depuis la vallée Bella Coola jusqu’aux centres d’exploitation de mines d’or vers l’est, et on commence à construire un chemin de roulage vers l’intérieur à partir du passage Blue. Pour résister contre ces intrusions, un petit groupe de Chilcotins tue plusieurs travailleurs de ce chantier au cours de « la guerre des Chilcotins de 1864 », et cinq Chilcotins sont finalement jugés et exécutés.

Puis les colons commencent bientôt à établir des fermes et des ranchs à l’ouest du Fraser. En 1882, le père Morice, aussi historien et linguiste, entreprend son œuvre de missionnaire auprès des Chilcotins. De 1887 à 1904, on crée des réserves pour diverses bandes. Entre-temps, les Chilcotins se sont lancés dans l’élevage et l’agriculture à petite échelle, tout en poursuivant leurs activités de subsistance traditionnelles.

Activités contemporaines

Pendant presque tout le XXe siècle, en plus de subvenir à leurs besoins par leurs activités traditionnelles, ils s’intègrent à l’économie locale en travaillant comme employés de ranch, comme guides et comme trappeurs. En raison de l’exploitation forestière et de la diminution des ressources naturelles dont les Chilcotins ont toujours fait usage, il leur devient de plus en plus difficile de conserver leur mode de vie traditionnel. Ils conservent malgré tout un sens vigoureux de leur identité politique et sociale et continuent la lutte pour le maintien de leurs droits ancestraux et de négocier leur autonomie gouvernementale.

Le gouvernement de la Nation tsilhqot’in, établi en 1989, est un conseil tribal qui représente la Première Nation ‘Esdilagh (la bande d’Alexandria), la Première Nation Tsi Del Del (la Première Nation d’Alexis Creek), la Première Nation Yunesit’in (la bande de Stone), la Première Nation Tl’etinqox-t’in (la bande Anaham), TI’esqox (la bande de Toosey) et la Première Nation Xeni Gwet’in (la bande Nemiah), qui sont dispersées sur le plateau des Chilcotins. L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 recense 1 195 locuteurs de déné, la langue des Chilcotins.

Décision de la Cour suprême concernant le titre autochtone

Le 26 juin 2014, la Cour suprême du Canada rend un jugement unanime favorable au chef Roger Williams, agissant en son propre nom et en celui de tous les membres de la nation des Chilcotins, accordant un titre autochtone d’un territoire de 1 700 km2 traditionnellement habité par les Chilcotins. La décision confère un droit exclusif d’utiliser et de jouir des terres et des bénéfices et profits qui en découlent. Tout développement économique sur ce territoire requiert le consentement de la nation des Chilcotins.

L’affaire, connue de façon officielle sous le nom de Tsilhqot’in Nation c. British Columbia,provient d’un permis d’exploitation forestière commerciale sur le territoire de la nation Xeni Gwet’in que le gouvernement de la Colombie-Britannique avait accordé en 1983. Après un blocus, les négociations commencent, mais déraillent en raison du désir des Chilcotins d’obtenir un droit de premier refus aux activités d’exploitation forestière. Après que les négociations aient été rompues, les Chilcotins modifient leur demande initiale pour y inclure le titre autochtone en 1998.

David Vickers, juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique statue en faveur des Chilcotins le 20 novembre 2007. Ce jugement est toutefois infirmé en appel en juin 2012. En appel, la Cour suprême du Canada convient avec David Vickers que les terres avaient été occupées de façon continue et défendue pour l’utilisation exclusive des Chilcotins et que l’appel du gouvernement avait été basé sur « la fausse hypothèse que seules certaines zones très occupées peuvent recevoir le titre autochtone ».

La décision est importante puisqu’elle clarifie les conditions requises pour obtenir le titre autochtone. Les critères comprennent trois éléments. En bref, un groupe autochtone doit d’abord prouver l’occupation et ensuite prouver la continuité et l’exclusivité de ladite occupation.

Voir aussi Autochtones : la région subarctique et les articles généraux sous Autochtones.