Chen, Ying

Ying Chen, romancière (Shanghai, Chine, 1961- ). Diplômée en langue et lettres françaises de l'Université de Shanghai, Ying Chen se destine initialement au métier de traductrice: en plus du français, elle maîtrise l'anglais, le japonais, le russe, le mandarin et le dialecte de sa ville natale. Elle s'installe à Montréal en 1989 afin de poursuivre une maîtrise en création littéraire à l'Université McGill (1991). Son premier roman, intitulé La Mémoire de l'eau, paraît chez Leméac en 1992. Écrit sur un ton intimiste, il rend compte de la réalité de la Chine contemporaine, notamment d'un point de vue politique, vue au travers de quatre générations de femmes. Paraissent ensuite Les Lettres chinoises (Leméac, 1993), roman épistolaire constitué essentiellement des échanges de deux amants chinois, dont l'un a émigré au Québec. Au-delà d'une réflexion sur le déracinement, le choc des cultures et l'épuisement inévitable de l'amour, ces Lettres chinoises offrent un regard neuf et sensible sur le mode de vie québécois, pris au milieu de ses considérations en matière de liberté, tant politique que sexuelle. Le troisième roman de Ying Chen, L'Ingratitude (Leméac, 1995) est en lice pour le Fémina 1995 et obtient le Prix Québec-Paris 1996, le Prix des Lectrices de la revue Elle Québec 1996 et le Prix des Libraires du Québec. La destinée de l'héroine est emblématique du statut inférieur de la femme en Chine: en âge de se marier, celle-ci opte pour une rébellion violente en sanctionnant l'autoritarisme de sa mère au prix de sa propre vie. Immobile est le dernier roman de Ying Chen (Boréal, 1998): au travers de ce récit profondément ancré dans l'élément temporel, l'auteur nous livre sa notion de néant. Déchirée entre son vécu contemporain et les réminiscences d'une vie antérieure, l'héroïne sent la réalité lui échapper. Le récit est construit sur un mode féerique ou plutôt horrifique, mais le style éthéré le rend cependant plus hermétique que les précédents. L'auteure définit Immobile (Prix Alfred Desrochers 1999) comme "une sorte de banalisation du monde moderne et de l'esthétique moderne." Ying Chen apparaît comme l'une des romancières de la génération montante, dont l'une des particularités est d'offrir une interprétation minutieuse de la société et de l'individu, qui sont véritablement disséqués de l'intérieur.