Solange Chaput-Rolland, O.C., O.Q., auteure, animatrice à la télévision, politicienne, sénateur et avocate de la reconnaissance du statut constitutionnel spécial du Québec au sein de la fédération canadienne (née le 14 mai 1919 à Montréal, au Québec; décédée le 31 octobre 2001 à Sainte-Marguerite-Estérel, au Québec). Une des premières Québécoises à pouvoir voter aux élections provinciales, Solange Chaput-Rolland passe une grande partie de sa carrière à tenter de faire comprendre le Québec au reste du Canada.

Éducation et mariage

L’une des cinq enfants de l’industrialiste Émile Chaput et sa femme Rosalie Loranger (fille du juge Louis-Onésime Loranger), Solange Chaput étudie au Couvent d’Outremont, puis à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris. En mars 1941, elle épouse le magnat des pâtes et papiers André Rolland, dont la famille avait fondé Rolland inc., un des plus vieux papetiers du Canada. Ils ont deux enfants, Suzanne Monange et Claude Rolland.

Faits saillants en carrière

Solange Chaput-Rolland aurait pu se contenter d’une vie confortable encadrée par les normes sociales de l’élite québécoise. À la place, elle fait carrière en tant que commentatrice politique et se fait connaître pour sa vivacité d’esprit. À partir des années 1940, elle écrit des éditoriaux pour les journaux du Québec. En 1955, elle fonde un magazine mensuel appelé Point de vue, qui sert de tribune pendant sept ans pour plusieurs journalistes influents, dont Judith Jasmin, Roger Duhamel, Guy Beaulne, Andréanne Lafond, Dostaler O’Leary et Pierre Bourgault. À Radio-Canada, Solange Chaput-Rolland participe à de nouveaux programmes d’affaires publiques comme Carrefour et Conférence de presse. Elle anime aussi l’émission Fémina. En 1974, en tant que présidente du Cercle des femmes journalistes, elle joue un rôle crucial dans la création du prix Judith-Jasmin.

Solange Chaput-Rolland se fait connaître au Canada anglais par les lettres qu’elle échange avec l’auteure Gwethalyn Graham, qui sont publiées dans le recueil Dear Enemies/Chers ennemis (1963). Entre 1977 et 1979, elle parcourt le Canada en tant que membre de la Commission Pépin-Robarts sur l’unité canadienne. Plusieurs de ses contemporains remarquent que sans elle, le rapport final aurait été beaucoup moins éloquent dans sa présentation de la possibilité d’un fédéralisme asymétrique reconnaissant l’histoire nationale et les aspirations du Québec. Cependant, le gouvernement fédéral ne met pas en œuvre les recommandations de la Commission, à la grande déception de Solange Chaput-Rolland.

En 1979, elle se porte candidate lors d’une élection partielle à l’invitation de Claude Ryan, alors chef de l’opposition libérale à l’Assemblée nationale du Québec. En tant que MAN (Membre de l’Assemblée nationale) de l’opposition, elle fait campagne de façon vigoureuse pour le « Non » lors du référendum de souveraineté-association déclenché en 1980 par le gouvernement du Parti québécois (PQ) de René Lévesque. Elle est souvent conférencière vedette aux brunches et aux rassemblements populaires des « Yvettes » organisés par les partisans du « Non », inspirés par les propos de Lise Payette, une célèbre féministe et membre du Cabinet du PQ, qui avait insinué que les femmes opposées à l’idée d’un Québec indépendant étaient de bonnes petites « Yvettes » soumises et obéissantes. Malgré la victoire du « Non » lors du référendum, le PQ est réélu en 1981, remportant, entre autres, la circonscription de Chaput-Rolland. Elle retourne ensuite à sa carrière médiatique et coécrit le téléthéâtre « Monsieur le ministre » avec Michèle Bazin.

Le premier ministre Brian Mulroney la nomme au Sénat en 1988, suivant la recommandation du premier ministre du Québec, Robert Bourassa, en conformité avec la formule de nomination au Sénat décidée par les premiers ministres pendant l’Accord du lac Meech. Cet Accord, qu’elle appuie et qui aurait reconnu le Québec comme une société distincte, échoue faute d’avoir obtenu le soutien unanime des législatures provinciales. En tant que sénatrice, Solange Chaput-Rolland fait preuve de la même indépendance d’esprit qui l’avait rendue célèbre, votant contre certains avantages financiers associés au poste et refusant de les accepter. Elle prend sa retraite de la Chambre haute en 1994, ayant atteint l’âge de retraite obligatoire de 75 ans.

Prix et héritage

Au cours de sa carrière, Solange Chaput-Rolland écrit plus de 25 livres, dont trois romans, plusieurs ouvrages portant sur l’analyse politique et sociale et un livre de cuisine écrit en collaboration avec sa fille. Elle reçoit le Memorial Award du Media Club en 1972 et le Don Mac Arthur Award en 1975 pour une série d’articles sur le Moyen-Orient. Elle est nommée officière de l’Ordre du Canada en 1975 et officière de l’Ordre national du Québec en 1985. En 1983, elle devient la première Québécoise à recevoir un doctorat honorifique de l’Université Queen’s.

Le journaliste Marc Laurendeau, en parlant de la vie et de l’œuvre de Solange Chaput-Rolland, la décrit comme une pionnière du journalisme d’opinion qui, par son exemple, a encouragé les Québécoises et les Canadiennes à exprimer leur propre point de vue politique. Elle s’identifiait avant tout comme une Québécoise, mais est demeurée une fédéraliste malgré son désenchantement grandissant, en grande partie à cause de sa conviction que le Québec et le Canada avaient tous deux beaucoup à gagner si la fédération canadienne parvenait à accommoder le nationalisme québécois.

Publications

Fumées (Beauchemin, 1943).

Solange Chaput-Rolland et Gwethalyn G.E. Brown, Chers ennemis (Les Éditions du Jour, 1963). Publié en anglais sous le titre Dear Enemies: A Dialogue on French and English Canada (Macmillan of Canada, 1963).

Mon pays, Québec ou le Canada?,avant-propos par Claude Ryan (Cercle du livre de France, 1966). Publié en anglais sous le titre My Country, Canada or Québec? (Macmillan of Canada, 1966).

Québec Année Zéro (Cercle du livre de France, 1968). Publié en anglais sous le titre Reflections: Québec Year One, avant-propos par Hugh MacLennan (Chateau Books, 1968).

Une ou deux sociétés justes? (Cercle du livre de France, 1969).

La seconde conquête (Cercle du Livre de France, 1970). Publié en anglais sous le titre The Second Conquest: Reflections II (Chateau Books, 1970).

Solange Chaput-Rolland et Gertrude Laing, Face to Face (New Press, 1972).

Les heures sauvages (Cercle du livre de France, 1972).

Watergate (Cercle du Livre de France, 1973).

Les maudits journalistes (Cercle du livre de France, 1975).

Lettres ouvertes à treize personnalités politiques (Pierre Tisseyre, 1977).

Solange Chaput-Rolland et Suzanne Monange, Une cuisine toute simple (Éditions du Jour, 1978).

De l'unité à la réalité (P. Tisseyre, 1981).

Le Mystère Québec (P. Tisseyre, 1984).

Les quatre saisons d'Isabelle (Libre expression, 1994).

Et tournons la page (Libre expression, 1989).

Le tourment et l'apaisement (Libre expression, 1990).

Solange Chaput-Rolland et Brenda Robertson, Chère sénateur (Libre expression, 1992).

Nous Deux (Libre expression, 1993).

Où es-tu? (Libre expression, 1995).

Les élus et les déçus (Libre expression, 1996).