Jeunesse

Chanie Wenjack grandit à Ogoki Post, dans la réserve de Marten Falls, en compagnie de ses parents, de ses sœurs et de leurs deux chiens. Ogoki Post est dépourvu d’école de jour. À l’âge de neuf ans, Chanie Wenjack et trois de ses sœurs sont envoyés au pensionnat indien Cecilia Jeffrey, situé à plus de 600 km, où on le surnomme « Charlie ».

Pensionnat indien Cecilia Jeffrey

Situé près de Kenora, en Ontario, le pensionnat Cecilia Jeffrey, géré par la Société missionnaire des femmes de l’Église presbytérienne du Canada, est subventionné par le gouvernement fédéral. Au cours des années 1960, 150 étudiants vivent à Cecilia Jeffrey et suivent des cours dans les écoles de Kenora.

Chanie Wenjack est admis au pensionnat Cecilia Jeffrey à l’âge de neuf ans, où il est classé en première année. Après deux ans, il est transféré dans des classes de rattrapage avec enseignement spécialisé en anglais et en arithmétique.

Le directeur de l’école résidentielle se souvient de Chanie Wenjack comme un garçon doté d’un bon sens de l’humour, particulièrement habile à déceler les jeux de mots. Il décède toutefois avant d’apprendre à lire l’anglais.

Fugue

Le 16 octobre 1966, Chanie Wenjack et deux de ses amis s’échappent du terrain de jeux du pensionnat Cecilia Jeffrey pendant la récréation de l’après-midi. Ils ne portent alors que des vêtements légers en coton. Il s’agit de la première, et dernière, fugue de Chanie Wenjack.

Les enfants s’enfuient alors fréquemment des pensionnats indiens. Au pensionnat Cecilia Jeffrey, le directeur Colin Wasacase, qui appartient à la nation crie, institue les coups de sangle comme punition réservée aux fugueurs. Le jour de la fuite de Chanie Wenjack et ses amis, neuf autres enfants s’échappent du pensionnat Cecilia Jeffrey. La fugue est périlleuse : les enfants risquent de perdre des membres en raison de gelures ou d’accidents. Beaucoup d’entre eux, dont Chanie Wenjack, en meurent.

Les enfants s’enfuient alors des pensionnats indiens pour diverses raisons. Chanie Wenjack déclare à ses amis qu’il souhaite voir son père. Lors de l’enquête sur sa mort, le membre du jury et journaliste Ian Adams conclut que Chanie Wenjack a fui parce qu’il se sentait seul. La sœur de Wenjack croit plutôt que sa fugue a été motivée par des agressions sexuelles. Beaucoup d’élèves subissaient des agressions sexuelles et physiques dans les pensionnats indiens.

Lors de sa fugue, Wenjack suit ses deux amis jusqu’à la cabane de leur oncle, Charles Kelly, près de Redditt, en Ontario. Le premier jour, ils marchent pendant plus de huit heures avant de passer la nuit chez de Bons Samaritains. Après leur arrivée à la cabane, les neveux de Charles Kelly le suivent jusqu’à ses lignes de piégeage. Chanie Wenjack marche près de cinq kilomètres à leur rencontre, puis part seul à la recherche de son père. Charles Kelly conseille à Chanie Wenjack de suivre la voie ferrée et de demander de la nourriture aux cheminots. Chanie Wenjack n’a en sa possession qu’un bocal en verre contenant quelques allumettes.

Chanie Wenjack survit aux 36 heures qui suivent. Le temps se gâte toutefois, avec des bourrasques de neige et de la pluie verglaçante. La température chute entre -1 et -7 °C. Vêtu seulement d’un coupe-vent de coton et dépourvu de nourriture, Chanie Wenjack parcourt 19 km à pied. Son corps retrouvé plus tard est meurtri par les chutes répétées.

Décès

Chanie Wenjack rend l’âme dans la matinée du 23 octobre 1966, une semaine après sa fugue du pensionnat Cecilia Jeffrey. Il meurt d’exposition aux éléments et de faim. Un mécanicien des Chemins de fer nationaux du Canada prenant place à bord d’un train de marchandises aperçoit son cadavre en bord de chemin. Celui-ci se trouve à plus de 60 km du pensionnat Cecilia Jeffrey.

Selon une lettre écrite par le directeur Colin Wasacase à son superviseur en novembre 1966, la mère de Chanie Wenjack exige que son corps soit retourné au foyer familial. Après un premier refus, le ministère des Affaires indiennes finit par consentir à cette demande. Colin Wasacase, plusieurs des sœurs et la mère de Chanie Wenjack accompagnent sa dépouille, d’abord en train jusqu’à Nakina, puis en avion à destination d’Ogoki Post.

La même lettre de Colin Wasacase à son superviseur rédigée en 1966 avance que le père de Chanie Wenjack n’est pas au courant du décès de son fils. Colin Wasacase, la police et les responsables des Affaires indiennes tentent en vain de le contacter. Son père n’a auparavant reçu qu’une lettre qui l’assure que ses enfants se portent bien au pensionnat. La famille Wenjack apprend plus tard les détails de l’enquête par l’entremise de reportages radiophoniques de la CBC et d’articles dans les journaux. Ils ne sont pas autorisés à prendre part à l’enquête.

Chanie Wenjack est enterré le 27 octobre 1966. Selon Colin Wasacase, sa famille examine son corps à la tombe. Constatant les marques d’autopsie, son père croit avoir affaire à des coups de poignard. Il exige que la Police provinciale de l’Ontario confirme ce qui a mené au décès de son fils avant d’autoriser son enterrement.

Enquête

L’enquête du coroner sur la mort de Chanie Wenjack a lieu le 17 novembre 1966. Le coroner et le procureur de la Couronne interrogent les témoins, y compris les garçons qui se trouvaient avec Chanie Wenjack lors de sa fugue et les hommes avec lesquels ils ont séjourné.

Le jury est composé de cinq résidents locaux, aucun n’étant d’origine autochtone. Leur rapport reconnaît que « le système éducatif indien provoque de graves problèmes émotionnels et d’ajustement pour ces enfants ». Les auteurs recommandent qu’une « étude soit menée sur l’éducation imposée aux Autochtones et la philosophie sous-tendant les politiques qui leur sont imposées, pour en vérifier le bien-fondé ». Cela encourage le questionnement éthique et moral sur les milieux culturellement oppressifs et écrasants au sein des pensionnats indiens.

Le journaliste Ian Adams fait connaître l’histoire de Chanie Wenjack sur la scène nationale en publiant l’article « The Lonely Death of Charlie Wenjack » dans le magazine Maclean’s, en février 1967.

Importance

Chanie Wenjack devient un symbole de la résistance à l’oppression colonisatrice au Canada. En 1972, des étudiants autochtones et des membres de la faculté des études autochtones de l’Université Trent font pression sur l’université pour qu’elle nomme son nouveau collège en l’honneur de Chanie Wenjack. C’est plutôt un théâtre faisant partie du collège qui sera nommé « Théâtre Wenjack ».

Plusieurs hommages artistiques sont rendus à Chanie Wenjack, y compris la chanson « Charlie Wenjack » du musicien micmac Willie Dunn (1978) et le tableau Little Charlie Wenjack’s Escape from Residential School du peintre anishinaabe Roy Kakegamic (2008). Il inspire également des œuvres de l’auteur Joseph Boyden et du cinéaste Terril Calder. En octobre 2016, le leader du groupe The Tragically Hip, Gord Downie, sort The Secret Path, un projet multimédia comprenant un album, un roman illustré (illustrations par Jeff Lamire) et un film d’animation (diffusé par la CBC le 23 octobre) inspirés de l’histoire de Chanie Wenjack. Les recettes du projet seront versées au Gord Downie Secret Path Fund for Truth and Reconciliation par l’intermédiaire du Centre national pour la vérité et réconciliation à l’Université du Manitoba.

L’histoire de Chanie Wenjack ainsi que de nombreuses tragédies semblables d’élèves de pensionnats indiens mènent finalement à des réformes législatives et à des recours collectifs, dont la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens et la Commission de vérité et réconciliation.