On parle de changement climatique lorsque des modèles de température établis depuis longtemps commencent à se modifier. Ces changements se sont produits sur de longues périodes de temps au cours de l’histoire de la Terre; depuis la révolution industrielle, cependant, la planète se réchauffe à un rythme sans précédent. C’est pourquoi la période de changement climatique que nous vivons en ce moment est souvent appelée le « réchauffement planétaire ». Les activités humaines qui relâchent des gaz à effet de serre emprisonnant la chaleur, telle que l’utilisation de combustibles fossiles, sont en grande partie responsables de ce changement accéléré. Les implications de cette augmentation mondiale de la température ont le potentiel d’être désastreuses : des phénomènes météorologiques extrêmes, l’élévation du niveau de la mer et la perte des habitats de plantes, d’animaux et d’humains. Au Canada, on compte parmi les efforts proposés pour enrayer les changements climatiques l’arrêt des centrales au charbon en Ontario et la mise en place d’une taxe sur le carbone en Colombie-Britannique.

Contexte

On confond souvent température et climat; en réalité, ce dernier désigne plutôt l’ensemble des conditions qui influence les fluctuations de la température, comme lorsqu’on parle de températures moyennes ou de taux d’humidité (voir aussi Climatologie). Les conditions climatiques dépendent de caractéristiques géologiques, telles que la topographie ou les grandes étendues d’eau et la composition de l’atmosphère, qui influence beaucoup la température de l’air.

Si la température en un endroit donné peut être plutôt variable, les conditions climatiques, elles, ne le sont pas – ce qui ne signifie pas pour autant que le climat demeure le même. Le climat ne cesse de changer à travers l’histoire de l’évolution géologique, ce qui donne lieu à des cycles répétés de refroidissement et de réchauffement. La dernière ère de refroidissement, que l’on appelle l’époque glaciaire, atteint son apogée il y a environ 18 000 ans, avant qu’un lent réchauffement ne cause la fonte de la plupart des plaques de glace qui recouvrent l’Amérique du Nord au cours de 14 000 années suivantes (voir aussi Glaciation).

Comment les scientifiques mesurent-ils le changement climatique?

L’un des principaux moyens que possèdent les scientifiques pour observer les changements du climat est de mesurer les températures moyennes, tant à l’échelle régionale qu’à l’échelle mondiale, et d’évaluer les fluctuations de ces températures sur une période de temps donnée. Ils déterminent les températures annuelles moyennes à la surface de la Terre en recueillant les données des stations météorologiques situées un peu partout dans le monde, qui existent depuis les années 1880.

Afin d’estimer les températures d’avant la création de ces stations météo, les scientifiques analysent certains phénomènes biologiques ou physiques : les anneaux de croissance des arbres, entre autres, fournissent une bonne estimation des conditions climatiques à travers l’histoire. Il existe d’autres variables pouvant servir à observer les changements climatiques comme les précipitations, le taux d’humidité et le couvert nuageux.

À quelle rapidité la Terre se réchauffe-t-elle?

Au cours de la majeure partie de l’évolution géologique, le rythme des changements climatiques a été plutôt lent.

Depuis la révolution industrielle toutefois, le climat change à un rythme sans précédent dans l’histoire, au point que les températures moyennes aujourd’hui sont presque 1 °C supérieures à celles d’avant l’ère industrielle. Si cette augmentation peut sembler minime, un degré de réchauffement à l’échelle mondiale peut causer des changements significatifs dans les modèles de température, les cycles de l’eau et les écosystèmes. Des records de température sont enregistrés à de nombreuses reprises dans le monde au début du XXIe siècle, dont en juillet 2016, maintenant reconnu comme le mois le plus chaud dans l’histoire.

En quoi les êtres humains en sont-ils responsables?

Cette accélération du rythme des changements climatiques a été attribuée en grande partie à l’activité humaine. Les scientifiques savent que les activités humaines ont, en théorie, le potentiel de modifier le climat depuis que le scientifique britannique Guy S. Callendar a émis cette hypothèse en 1938. Sa théorie a depuis été confirmée de façon irréfutable. Toute activité humaine ayant pour résultat d’émettre des gaz à effet de serre, ces gaz qui emprisonnent la chaleur, contribue à la hausse des températures moyennes à l’échelle mondiale.

Bien qu’il existe de nombreux types de gaz à effet de serre, les plus importants sont le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). L’activité humaine qui génère le plus de gaz à effet de serre est la combustion des carburants fossiles comme le charbon, le pétrole et les gaz naturels. En effet, ce sont toutes des ressources à forte teneur en carbone, qui est relâché dans l’atmosphère lorsqu’elles sont consumées dans des centrales, des bâtiments ou des véhicules. Les scientifiques estiment qu’environ 70 % des gaz à effet de serre produits par l’humain proviennent de la combustion de ces carburants fossiles, en particulier le charbon. Les changements dans l’exploitation des terres, parmi lesquels la déforestation et l’agriculture, ont aussi leur effet sur les changements climatiques en affectant deux des principaux puits de carbone : les arbres et les sols.

Les scientifiques sont parvenus à établir un lien entre l’augmentation des températures mondiales et l’activité humaine à travers des recherches menées en Antarctique et au Groenland. En analysant des poches d’air emprisonnées dans les formations de glace de ces régions, les scientifiques peuvent déterminer les caractéristiques de l’atmosphère d’il y a 800 000 ans. Avec ces recherches, ils ont été en mesure d’établir deux conclusions d’importance. Tout d’abord, il existe une corrélation manifeste, à travers l’histoire de l’évolution géologique, entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et la température. Ensuite, les niveaux de CO2 dans l’atmosphère sont demeurés assez stables jusqu’à la révolution industrielle après laquelle les niveaux se sont mis à augmenter de façon considérable.

Avant la révolution industrielle, la concentration de CO2 dans l’atmosphère était d’environ 280 ppm (partie par million). En 2015, les niveaux de CO2 atteignent 400 ppm. Il s’agit de la concentration la plus élevée depuis les quelque 650 000 dernières années et aucune source naturelle de CO2 ne peut expliquer une telle augmentation.

Prédictions

Les scientifiques sont aussi capables de prédire les conditions climatiques à venir, à l’aide de modèles informatiques complexes que l’on appelle « modèles de circulation générale ». La sophistication et la précision de ces modèles se sont améliorées de façon considérable à travers le temps grâce aux avancées de la technologie informatique. Ces modèles sont utilisés pour estimer les conditions climatiques probables sous différents scénarios d’émission de gaz à effet de serre. Si l’augmentation des gaz à effet de serre se poursuit au cours du XXIe siècle au même rythme que durant les 50 dernières années, les modèles prédisent que les températures moyennes mondiales continueront d’augmenter à un rythme alarmant; elles auront atteint les 2 °C de plus qu’au cours de l’ère préindustrielle en 2050, et dépassé les 4 °C en 2100. Si sophistiqués qu’ils soient, les modèles climatiques globaux ne sont pas en mesure de prédire des conditions plus précises ou contenues à l’échelle locale; impossible de déterminer, par exemple, si l’année 2020 sera ou non une année de sécheresse pour l’Alberta.

Certains scientifiques spéculent toutefois que ces prévisions pourraient être trop prudentes, puisqu’elles ne tiennent pas compte de plusieurs boucles de rétroaction positive qui pourraient accélérer encore davantage le rythme du réchauffement. La plus remarquable de ces boucles de rétroaction est le dégel du pergélisol. La plupart des terres de l’Arctique sont gelées en permanence, mais commencent désormais à dégeler en raison de l’augmentation de la température. Or, ces sols renferment du dioxyde de carbone et du méthane en grandes quantités, qui sont relâchés dans l’air à cause du réchauffement. Le méthane retient la chaleur dans l’atmosphère 84 fois plus que le CO2.

Un autre exemple de boucle de rétroaction positive est la chaleur potentielle dégagée par les océans. En effet, ces derniers ont absorbé une grande partie de la chaleur ajoutée dans l’atmosphère au cours du dernier siècle, mais leur capacité à servir de puits de chaleur n’est pas infinie. L’énergie ainsi retenue par les océans sera un jour relâchée dans l’atmosphère, causant encore davantage de réchauffement.

Quels sont les impacts du changement climatique?

Les impacts de l’augmentation de la température moyenne mondiale sont aussi étendus que susceptibles d’être désastreux pour les plantes, les humains, les animaux et la vie sous-marine. L’une des répercussions les plus immédiates est l’élévation du niveau de la mer, que l’on attribue à la fois à la fonte des glaces terrestres et au réchauffement des océans. Le niveau moyen de la mer a augmenté d’environ 20 cm au cours du XXe siècle, et ce rythme ne cesse de s’accélérer.

Il est probable que le niveau de la mer s’élève d’au moins un mètre en raison de ces émissions de gaz sans précédent, bien que le temps que prendra une telle augmentation soit encore incertain. D’autres recherches suggèrent même que le rythme de la montée s’accélérera encore davantage si les émissions continuent elles aussi d’augmenter. Même avec une montée d’un mètre, des millions de personnes vivant le long des côtes sont à risque, dont les résidents de Vancouver et de plusieurs autres villes canadiennes. De nombreuses îles basses pourraient devenir complètement inhabitables.

On observe déjà d’autres conséquences alarmantes, et il est fort probable qu’elles aillent en se multipliant au cours des prochaines décennies. On compte par exemple les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les sécheresses, les vagues de chaleur et les tempêtes violentes, qui gagneront probablement en intensité et en fréquence dans un climat de plus en plus chaud. La plus grande fréquence de ces phénomènes, en retour, donne lieu aux conditions nécessaires pour d’autres impacts négatifs, tels que des feux de forêt et de mauvaises récoltes. Les baisses prévues de la productivité en agriculture (que l’on constate déjà dans certaines régions) sont une préoccupation particulière, étant donné leur rapport direct à la sécurité alimentaire.

Les réserves d’eau sont elles aussi affectées par les changements climatiques. L’Ouest canadien subit déjà la fonte des glaces et par conséquent connaît plus de précipitations sous forme de pluie que sous forme de neige, ce qui a des répercussions tant sur les sports d’hiver que sur les réserves d’eau de surface disponibles pendant l’été. Les changements climatiques ont en outre des répercussions directes sur les écosystèmes. En effet, les plantes et les animaux sont très sensibles aux changements de température et aux dérèglements du cycle de l’eau. Il est possible pour eux de migrer, mais juste s’ils trouvent un endroit plus habitable, ou s’ils sont en mesure de se déplacer plus vite que n’arrivent les changements climatiques. De nombreuses espèces sont alors contraintes de migrer vers les pôles ou vers des lieux en altitude. Les espèces vivant dans les montagnes canadiennes sont donc à risque de façon particulière, puisqu’elles n’auront plus de refuge.

Adaptation

Depuis 2010, plusieurs études publiées véhiculent le même message : le rythme des changements qui découlent de l’augmentation de la température moyenne du globe, qu’il s’agisse de la montée du niveau de la mer, du réchauffement des océans ou de la fonte des glaces, a de loin surpassé les premiers modèles de projection. Plus inquiétant encore, une étude parue en 2015 et cosignée par 17 éminents scientifiques, basée sur une période de l’histoire de la Terre au cours de laquelle les températures étaient semblables à celles d’aujourd’hui, prévoit que le niveau de la mer pourrait augmenter de 3 mètres d’ici une cinquantaine d’années, et ce, juste avec 2 °C de réchauffement.

En fait, les humains n’ont jamais eu à faire face aux conditions climatiques qui commencent déjà à caractériser le XXIe siècle, rendant d’autant plus urgente la nécessité de s’adapter. Même si les émissions de gaz à effet de serre étaient aujourd’hui complètement stoppées, des impacts significatifs seraient à prévoir dans le futur, puisque les gaz déjà présents dans l’atmosphère continueront d’affecter le climat pendant encore plusieurs décennies. Les plus vulnérables sont les habitants des zones à risques d’impacts extrêmes, tels que la montée du niveau de la mer, et ceux qui ont un accès limité aux ressources nécessaires pour s’adapter : l’éducation, le soutien social et les ressources financières.

Tous les niveaux de gouvernement commencent à prendre ces adaptations très au sérieux, en évaluant la vulnérabilité des groupes, des secteurs économiques et des infrastructures les plus à risque par exemple, et en mettant au point des plans d’adaptation adéquats. Des individus et des entreprises ont aussi entamé de leur côté un processus d’adaptation, entre autres, en investissant dans l’intempérisation des bâtiments, mais il reste un long chemin à parcourir en vue de préparer notre système social et économique à un changement de climat aussi rapide.

Coopération internationale

S’attaquer aux problèmes environnementaux à l’échelle planétaire nécessite une coopération internationale. Des meneurs politiques et scientifiques de partout à travers le monde se sont donc penchés sur la question des impacts des changements climatiques, au point que les Nations Unies ont décidé de créer la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en 1992. Le cadre est un traité qui vise à « stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau prévenant une interférence dangereuse, causée par l’homme, avec le système climatique ».

L’un des principaux objectifs de la Convention-cadre est la mise sur pied d’un corps scientifique international visant à évaluer l’état des connaissances actuelles sur les changements climatiques, responsabilité qui a par la suite été déléguée au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé par l’Organisation météorologique mondiale en 1988. Ce groupe est depuis reconnu comme une autorité mondiale dans le domaine de la météorologie.

Les signataires de la convention se rencontrent chaque année pour rendre compte des progrès accomplis dans l’atteinte de leurs objectifs, au cours de réunions que l’on appelle les Conférences des parties (COP). Les constats formulés au cours de ces conférences ne sont pas très optimistes. En fait, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 45 % entre 1990 et 2010. Les signataires se sont tous mis d’accord sur un objectif précis : le réchauffement ne devrait pas dépasser les 2 °C de plus qu’à l’ère préindustrielle. Or, en 2015, nous en sommes déjà à mi-chemin.

La 21e réunion annuelle de la COP (COP21) a eu lieu en décembre 2015 à Paris. Cet événement a débouché sur l’accord de Paris, un document d’importance historique décrivant les manières dont la communauté internationale entend coopérer afin de maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C. Au nombre des points névralgiques de l’accord, citons l’objectif de maintenir le réchauffement à 1,5 °C au-dessus des températures de l’ère préindustrielle grâce à la réduction des émissions, la tenue de rencontres tous les cinq ans afin d’établir des objectifs plus ambitieux et un soutien financier pour les pays en développement. Près de 200 pays ont signé l’accord, dont le Canada.

L’objectif de restreindre le réchauffement causé par les émissions de gaz à effet de serre à 1,5 °C découle de la suggestion de scientifiques qui estiment que,même si les températures mondiales se stabilisaient à 2 °C de réchauffement, il y aurait malgré tout des impacts négatifs d’une grande importance. La civilisation humaine a des chances raisonnables de s’adapter, si toutefois elle commence dès maintenant à se préparer. Si les températures augmentent au-delà de ces prédictions, il est fort probable que cela entraînera la destruction de la plupart des conditions écologiques et météorologiques sur lesquelles reposent nos sociétés.

Solutions

Beaucoup de gestes peuvent être posés pour freiner les changements climatiques; il existe à cet effet trois stratégies principales. D’abord, il est possible de réduire la quantité de gaz à effet de serre résultant d’activités humaines. C’est ce que l’on appelle l’atténuation conventionnelle; elle implique souvent de changer nos façons de consommer l’énergie, soit en en utilisant moins, ou en employant des sources d’énergie alternatives qui émettent peu ou pas de carbone.

Ensuite, le carbone émis peut être retenu avant qu’il ne soit relâché dans l’atmosphère, pour être ensuite entreposé sous le sol. Ce procédé est nommé captage et stockage du carbone (CCS), et a déjà commencé à être mis en œuvre dans plusieurs centrales, dont une en Saskatchewan. Le captage du carbone est toutefois très coûteux, et les gouvernements sont encore loin de l’employer à une échelle suffisante pour donner lieu à un vrai changement.

Aussi, certaines méthodes peuvent éliminer du carbone déjà présent dans l’atmosphère. Elles vont de stratégies très simples telles que la reforestation, puisque les arbres absorbent du carbone, à des mécanismes très avancés d’un point de vue technologique.

Une quatrième stratégie, qui est encore à l’état de projet, implique l’utilisation de géo-ingénierie, c’est-à-dire des tentatives de contrôler le climat en manipulant, de diverses façons, les différents systèmes de la Terre. Un exemple de géo-ingénierie est l’ensemencement des nuages : on tente d’augmenter les précipitations en dispersant des substances dans les nuages, en particulier du dioxyde de carbone à l’état solide (de la glace sèche) et de l’iodure d’argent. Les techniques de géo-ingénierie sont encore vues comme très spéculatives et font redouter des conséquences négatives imprévues.

À quel point devrons-nous atténuer?

L’une des manières d’évaluer l’atténuation dont nous avons besoin est de calculer combien de tonnes supplémentaires de gaz à effet de serre les humains peuvent émettre avant d’atteindre le seuil de réchauffement de 2 °C. Pour avoir une chance raisonnable (à savoir, supérieure à 66 %) de garder les températures en deçà d’un réchauffement de 2 °C, le 5e rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat stipule que les émissions nettes de CO2 doivent être ramenées à zéro d’ici les années 2055-2070. Pour atteindre cet objectif, il faudrait que les émissions mondiales annuelles soient limitées à 44Gt CO2eq (soit des gigatonnes de CO2, ou l’équivalent en un autre gaz à effet de serre) d’ici 2020. On appelle cette estimation le « budget carbone ».

Malgré ces paramètres, les promesses de réduire les émissions de gaz, faites par des gouvernements partout à travers le monde, se montrent insuffisantes. Par exemple, même si les engagements annoncés avant la 21e conférence des parties avaient été respectés de façon intégrale, le volume des émissions mondiales annuelles atteindrait 52-54 Gt CO2eq d’ici 2020, des valeurs bien supérieures aux 44Gt recommandées.

Qui est responsable?

Dans plusieurs pays industrialisés, les émissions ont été, pour la plupart, stabilisées; elles ont même diminué dans certains pays. Ce n’est hélas pas le cas dans d’autres parties du monde. La Chine a désormais dépassé de beaucoup les autres pays en ce qui concerne les niveaux d’émission, et il est fort probable que ceux-ci vont augmenter au cours des dix prochaines années, voire plus. Cela prendra en outre beaucoup de temps à la Chine pour réduire ses émissions.

Déterminer qui est responsable de mettre en place des stratégies d’atténuation est très difficile, en plus d’être une question politique. La complexité de cette question peut fort bien expliquer pourquoi les efforts internationaux fournis pour enrayer les changements climatiques n’ont obtenu qu’un succès si limité. Les pays qui ont l’historique d’émissions le plus important devraient-ils assumer la plus grande part de responsabilité? Les pays en développement rapide comme la Chine et l’Inde devraient-ils avoir le droit d’augmenter leurs émissions, puisque le développement de leur économie nationale est en jeu? Est-ce que des pays comme le Canada, qui possèdent de grandes réserves de combustibles fossiles et qui ont atteint un stade d’indépendance dans leur développement, devraient s’interdire d’exploiter ces ressources? Les réponses à ces interrogations sont loin d’être simples.

Nier l’existence des changements climatiques

Ceux qui refusent la science des changements climatiques sont appelés les sceptiques du changement climatique (« climate change deniers » en anglais). Ce petit groupe d’organisations ou d’individus sont susceptibles de perdre beaucoup si la consommation de carburants fossiles est réduite; leur influence est en partie responsable de la lenteur des réactions politiques aux changements climatiques, tant au Canada que dans d’autres régions du monde.

ExxonMobil, par exemple, une compagnie de pétrole et de gaz basée au Texas, encourage le scepticisme par rapport aux changements climatiques, surtout en fournissant un soutien financier aux groupes de réflexion conservateurs, soit des organismes de défense comme le American Enterprise Institute aux États-Unis, ou encore le Fraser Institute au Canada. Ces organismes promeuvent des idéologies conservatrices, souvent sous le couvert de l’objectivité. Une étude publiée en 2013 démontre qu’une grande partie des ouvrages niant l’existence des changements climatiques ont un lien avec ce genre d’organisations; ces ouvrages, en général, ne sont ni révisés par des pairs, ni écrits par des scientifiques.

Les principales récriminations des sceptiques ont changé à travers le temps; il n’est plus question de prétendre, comme autrefois, que la science prouvant l’existence des changements climatiques est invalide. Deux affirmations supplémentaires se sont ajoutées à leur discours : que le réchauffement planétaire est un phénomène naturel, ou encore, tels que d’autres le prétendent, que les effets des changements climatiques seraient bénéfiques, et qu’il n’est donc pas nécessaire d’investir dans des stratégies d’atténuation. L’une des stratégies les plus efficaces employées par les sceptiques pour soutenir leurs arguments est de prétendre que la science des changements climatiques est trop incertaine pour justifier une réaction. En fait, la certitude absolue de 100 % exigée par les sceptiques est irréalisable, puisque la méthode scientifique elle-même ne permet pas d’atteindre un résultat aussi catégorique. Plus de 97 % des articles scientifiques publiés entre 1991 et 2011 sont d’accord sur un point : les changements climatiques sont causés par l’être humain. Il s’agit là d’un consensus écrasant.

Des sondages démontrent que le scepticisme par rapport aux changements climatiques a eu une forte influence surtout dans trois pays : les États-Unis, où 54 % des citoyens sont d’accord pour dire que le réchauffement planétaire est causé par l’humain et le Royaume-Uni et l’Australie où 64 % de la population est d’accord. En réponse au même sondage, mené par Ipsos MORI en 2013, 71 % de la population canadienne est d’accord avec l’affirmation. Selon une recherche menée aux États-Unis, on trouve parmi ceux qui sont le plus enclins à soutenir les arguments des sceptiques un grand nombre d’hommes blancs, d’allégeance politique conservatrice.

Le scepticisme face aux changements climatiques paraît cependant décliner. Un nombre croissant d’institutions financières influentes, d’organisations industrielles et de politiciens qui soutenaient autrefois les sceptiques se sont prononcés en public pour annoncer leur acceptation de l’existence des changements climatiques et leurs inquiétudes à ce sujet. Dans la foulée de ces déclarations, les sceptiques sont de plus en plus marginalisés. En septembre 2015, par exemple, dix membres du Congrès du Parti républicain des États-Unis font fi de la position officielle de leur parti et lancent un appel public à l’action contre les changements climatiques. À peine quelques mois plus tôt, le pape François, chef de l’Église catholique, se met à parler de l’importance d’une réaction mondiale aux changements climatiques.

Il y a maintenant en outre un aspect judiciaire à la prise de décision par rapport aux changements climatiques : en 2015, un tribunal néerlandais ordonne au gouvernement de son pays d’encourager d’importantes réductions d’émissions de gaz, dans le but de défendre les droits fondamentaux de la personne. Des institutions influentes telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économique, l’Organisation mondiale de la santé et l’Agence internationale de l’énergie ont toutes stipulé qu’ils accordaient une haute priorité à l’atténuation des changements climatiques. De surcroît, de nombreuses compagnies de combustibles fossiles, dont Royal Dutch Shell, Total et Suncor, une compagnie canadienne, ont elles aussi lancé un appel à l’action politique urgente pour contrer les changements climatiques. Des études statistiques démontrent enfin que l’opinion publique s’oppose de plus en plus aux arguments du mouvement sceptique.

Comment le Canada répond-t-il au changement climatique?

Le Canada est responsable de 2 % des émissions à l’échelle mondiale; ce pourcentage peut sembler minime, mais si l’on tient compte de sa faible population, le Canada se trouve parmi les plus importants émetteurs de gaz à effet de serre par habitant au monde. Ces volumes élevés d’émissions sont attribuables en partie à quelques secteurs dans l’économie nationale qui sont gourmands en gaz à effet de serre, surtout le secteur de l’énergie, mais le fait que le Canada soit un pays très vaste et très froid pèse aussi dans la balance.

Malgré ses contributions au réchauffement planétaire jusqu’à présent, le Canada se trouve aussi dans une position clé, puisqu’il détient l’une des réserves restantes de combustibles fossiles, en particulier de pétrole, les plus importantes au monde. Les décisions que prendra le Canada quant à l’exploitation de ces réserves seront d’une importance capitale pour la communauté internationale et sa capacité à empêcher les températures mondiales d’augmenter de plus de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. (Voir aussi Sables pétrolifères; Fracturation hydraulique.)

En 1997, le Canada signe le protocole de Kyoto, un traité qui renforce les visées de la CCNUCC en y incluant des objectifs nationaux spécifiques d’atténuation. Le protocole est ratifié par le Parlement en 2002. Toutefois, le gouvernement fédéral ne met pas en œuvre les stratégies qui auraient permis au pays d’atteindre ses objectifs. Le but du Canada, selon le protocole, est de réduire ses émissions d’en moyenne 6 %, par rapport aux quantités de 1990, entre 2008 et 2012. Au contraire, les émissions nationales augmentent de 24 % entre 1990 et 2008, et le gouvernement fédéral se retire du protocole de Kyoto en 2011.

Malgré tout, plusieurs villes et provinces à travers le Canada entreprennent des actions importantes pour permettre la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La province de l’Ontario, par exemple, s’engage en 2002 à éliminer les centrales au charbon; elle y parvient en 2014. Ces centrales sont remplacées par des sources d’énergie renouvelables (p. ex., l’énergie éolienne) ou à faible émission de gaz (comme le gaz naturel). La Colombie-Britannique, de son côté, est parmi les premières juridictions au monde à instaurer une taxe sur le carbone, un projet initié en 2008. Des études suggèrent que cette taxe contribue à la baisse de l’utilisation de ces combustibles dans la province. De plus, en 2015, les maires de 21 grandes villes canadiennes signent une résolution les engageant à atteindre des objectifs de réduction d’émissions des gaz à effet de serre et à développer des plans d’action municipaux visant à combattre les changements climatiques.