Céline Bonnier, comédienne (née le 31 août 1965 à Lévis, au Québec). En une vingtaine d'années de carrière, Céline Bonnier a démontré qu'elle avait l'étoffe des grandes actrices, celles qui ont ce qu'on appelle une «présence», peu importe le médium, brûlant les planches ou crevant l'écran. Issue du Conservatoire d'art dramatique de Québec en 1987, elle travaille d'abord dans la capitale auprès notamment de Jacques Lessard et de Robert Lepage. Sa rencontre avec ce dernier sera déterminante: en 1990, après avoir joué Juliette dans une version bilingue de la pièce de Shakespeare (codirigée par Gordon McCall, Théâtre Repère/Night Cap), elle participe à la création des Plaques tectoniques, qui connaîtront des représentations à Glasgow et à Londres, et feront l'objet d'un film de Peter Mettler. Membre de la compagnie Momentum depuis 1990, elle joue dans plusieurs spectacles sous la direction de Jean-Frédéric Messier (Nuits blanches, 1991; Helter Skelter, 1994; Œstrus, 1996). C'est aussi au sein de Momentum qu'elle signe ses propres créations: Cholestérol gratuit (1999), puis La Fête des morts (2002), un parcours théâtral dans un cimetière, qu'elle écrit, met en scène et interprète avec Nathalie Claude. En 2007, dans la foulée de la réflexion sur la mort amorcée par La Fête des morts, elle crée à l'Espace Libre Le Chant des Gaston (2007), qui porte sur le deuil.

En 2002, l'Association québécoise des critiques de théâtre lui remet le Prix spécial de la critique, soulignant «son engagement, sa rigueur et sa polyvalence». En effet, Céline Bonnier s'investit intensément dans tous ses projets théâtraux, travaillant auprès de Paula de Vasconcelos (Perdus dans les coquelicots, 1993; L'Autre, 2001), Dominic Champagne (Lolita, 1995), Denis Marleau (Urfaust, 1998; Les Aveugles, 2002-2004) et, surtout, Brigitte Haentjens. Avec cette dernière, elle collabore aux créations de la compagnie Sibyllines, sondant les univers de Heiner Müller (Hamlet-machine, 2001), Sylvia Plath (la Cloche de verre, 2004, Masque de l'interprétation féminine), Louise Dupré (Tout comme elle, 2006), Virginia Woolf (Vivre, 2007) et celui, tourmenté, de Sarah Kane (Blasté, 2008). Dans ce dernier spectacle, qui a demandé deux ans de répétitions, elle partage la scène pour la première fois avec son compagnon de vie, Roy Dupuis.

On vante à raison sa polyvalence, car Céline Bonnier se prête aussi à des productions dans des théâtres institutionnels, et ce dans des registres divers, jouant Lise Paquette dans Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay au début de sa carrière (Théâtre du Trident, 1991) et Chimène dans Le Cid de Corneille (Théâtre Denise-Pelletier, 1999), deux spectacles mis en scène par Serge Denoncourt. Sous la direction de Lorraine Pintal, elle campe Nicole Ferron dans l'adaptation de L'Hiver de force de Réjean Ducharme (Théâtre du Nouveau Monde, 2001) et Laura Pa dans La Charge de l'orignal épormyable de Claude Gauvreau (TNM, 2008).

Depuis l'adaptation des Plaques tectoniques (1992), elle travaille au cinéma auprès d'André Forcier dans Le Vent du Wyoming (1994) et Les États-Unis d'Albert (2005), de Robert Favreau, dans son adaptation des Muses orphelines de Michel Marc Bouchard (2000), de Pierre Houle, dans le rôle-titre de la célèbre braqueuse Monica-la-Mitraille (2004), de Ghislaine Côté dans Le Secret de ma mère (2006), aux côté de Ginette Reno, et de Léa Pool dans Maman est chez le coiffeur (2008), où elle campe avec conviction une journaliste qui, dans les années 60, doit choisir entre sa famille et son métier. Dans Délivrez-moi (2006) de Denis Chouinard, son personnage de mère célibataire et ex-détenue lui vaut le prix de la Meilleure actrice aux Jutra, au Festival du film indépendant de Bruxelles et au Tiburon International film festival (Californie). À la télévision, elle interprète aussi ces rôles de femmes meurtries par la vie ou marginales. C'est le cas dans les séries Tag I et II (1999, 2002) et Le Dernier Chapitre (2002), pour lesquelles elle obtient trois prix Gémeaux.