Carole Champagne, connue sous le nom de Carole Laure, O.C., actrice, chanteuse, réalisatrice, scénariste, productrice québécoise (née le 5 août 1948 à Shawinigan, au Québec). Égérie du regretté cinéaste Gilles Carle, elle se démarque en tant qu’actrice dès l’âge de 23 ans. Ambassadrice du cinéma québécois à l’étranger, elle est considérée comme une femme qui mène sa carrière professionnelle selon ses propres choix et convictions.

Jeunesse et débuts au cinéma

Adoptée au sein d’une fratrie de sept enfants où la religion catholique occupe une place prépondérante, Carole Laure mène une enfance heureuse. À Shawinigan, près de la rivière Saint-Maurice, la famille possède une chaloupe et un canoë. Les souvenirs de l’artiste sont bercés par la nature. Carole habite la petite maison familiale sur la 2e rue jusqu’à l’âge de 18 ans, puis s’installe à Montréal afin de voler de ses propres ailes.

Passionnée par la musique et la danse et cherchant sa voie à travers les mouvements de la jeunesse québécoise des années 1970, elle est remarquée dans un restaurant par le cinéaste Gilles Carle, qui lui propose de faire du cinéma. Avec lui, elle tourne six films : Les corps célestes et La mort d’un bûcheron en 1973, La tête de Normande St-Onge en 1975, L’ange et la femme en 1977 – le film remporte en 1978 le Prix de la critique au Festival international du film fantastique d’Avoriaz –, Fantastica en 1980 et Maria Chapdelaine en 1983.

C’est avec La mort d’un bûcheron, le long métrage écrit sur mesure pour elle, que Carole Laure fait son empreinte dans le domaine cinématographique. Elle y incarne le rôle de Marie Chapdeleine, une jeune fille qui oscille entre le métier d’effeuilleuse et celui de chanteuse country. Stimulée par la soif de connaître ses racines, elle expérimente la vie urbaine en faisant des rencontres déterminantes. Dans cette œuvre, Carole Laure joue aux côtés de Denise Filiatrault, Daniel Pilon, Pauline Julien, Willie Lamothe et Marcel Sabourin. Le film fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes et lui ouvre les portes du cinéma français. Après le décès de son mentor en 2009, Laure confie à une journaliste française :

C’est pendant ce tournage que j’ai appris l’essentiel de ce qui allait devenir mon métier. Gilles Carle, pédagogue exceptionnel, m’a tout montré en un film : comment jouer, comment filmer, comment monter. Il a été aussi un professeur de désir, à vouloir créer, inventer, ressentir, communiquer. Je trouvais ça tellement beau que je m’en suis inspirée. Il m’a donné confiance en moi.

Percée musicale et carrière internationale

En 1977, Carole Laure fait la rencontre de Lewis Furey, qui devient son grand amour. Le compositeur partage avec elle son univers musical. Elle se lance alors dans une carrière de chanteuse, d’abord en solo avec l’album Alibis qui paraît en 1978, puis en collaboration avec Furey avec des albums concepts et des trames sonores de films. En parallèle, elle poursuit son métier d’actrice en France et au Canada. En 1977, elle donne la réplique à Yves Montand dans le thriller franco-canadien La menace réalisé par Alain Corneau. L’année suivante, elle tourne avec le réalisateur Bertrand Blier dans Préparez vos mouchoirs, aux côtés de Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Le film décroche l’Oscar du meilleur film étranger (1978).

En 1985, l’artiste interprète Judy dans Night Magic. Ce film, écrit sous forme de fantaisie musicale par Lewis Furey et Leonard Cohen, fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes et récolte quatre nominations aux prix Génie en 1986. La pièce musicale Angel Eyes interprétée par Carole Laure remporte le prix Génie de la meilleure chanson originale.

En 1989, Carole Laure lance un nouveau projet musical, l’album Western Shadows. Les pièces, chantées parfois en anglais, parfois en français, évoquent un style country d’inspiration américaine. On y trouve des classiques comme « Quand le soleil dit bonjour aux montagnes », dont les arrangements ont été créés par Furey. La pièce marquante de l’album, « Danse avant de tomber » (une adaptation française signée par Boris Bergman de la version originale « Save the last dance for me »), marque l’imaginaire de toute une génération. Le vidéo-clip présente une chorégraphie contemporaine avec les danseurs de renom Louise Lecavalier et Edouard Lock de la troupe La La La Human Steps. La chorégraphie est mise en valeur par de nombreux gestes, notamment un clin d’œil à la langue des signes et le contraste entre la chevelure claire de Louise Lecavalier et celle foncée de Carole Laure, qui procurent un effet visuel d’une grande beauté. L’album Western Shadows reçoit le prestigieux prix de l’Académie Charles-Cros en 1991. Carole Laure enregistre par la suite She says move on (1991) et Sentiments naturels (1997); ce dernier reçoit le prix Félix de l’Album de l’année de l’ADISQ en 1998.

Débuts en réalisation

Au début des années 2000, Carole Laure explore le travail de scénariste et de réalisatrice. Cette nouvelle passion lui permet d’exprimer encore plus de sentiments par le biais de personnages différents. Elle réalise quatre longs métrages qui font bonne figure sur le circuit international des festivals du film. Les fils de Marie (2002) et CQ2 (Tout près du sol) (2004) font partie de la sélection officielle de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, alors que La capture (2007), présenté au Festival international du film de Locarno, reçoit le Prix spécial du film francophone au Festival régional et international du cinéma de Guadeloupe (FEMI). Présidente d’honneur de l’événement Cinéma du Québec à Paris, elle ouvre la 18e édition avec le long-métrage Love Projet (2014). Le film est également projeté au Festival du nouveau cinéma de Montréal et à la Mostra Internacional de Cinema de Sao Paulo.

Dans ses films, Laure exploite notamment les thèmes de la résilience et de la dignité humaine. Dans le cadre de son projet La capture, elle aborde plus particulièrement le thème de la violence conjugale et des effets dévastateurs de ce fléau. Pour la réalisatrice, il est important de juxtaposer la souffrance à la beauté. Elle est fascinée par les opposés, par exemple, la grâce versus la laideur. C’est ce qui lui permet de traiter un sujet de façon nuancée et d’en récolter une essence profonde. Dans son vidéo-clip « Stand by your man » (1989), tourné en noir et blanc, le spectateur est ainsi engagé dans une zone de contrastes entre les sentiments opposés de personnages qui s’aiment et se déchirent.

Son dernier long-métrage, Love Projet, dont la quête exprime l’appétit de vivre, décrit les angoisses des jeunes adultes devant une existence où les choix proposés sont innombrables. Dans ce drame choral, on trouve des artistes de la génération Y qui évoluent autour d’un projet commun. L’univers mental de Carole Laure, elle le dit elle-même, se trouve dans la forêt, un symbole qui revient d’ailleurs fréquemment dans son œuvre. En octobre 2015, son court-métrage « Rouge Forêt », réalisé et présenté dans le cadre du 44e Festival du nouveau cinéma de Montréal, déploie la nature humaine dans un milieu forestier à la fois serein et ensanglanté.

Avec ses projets éclectiques, Carole Laure mène sa carrière entre Paris et Montréal, la métropole demeurant toutefois sa ville de prédilection. Le public, qu’elle a su séduire honorablement et ce, depuis très longtemps, lui rend cet amour de façon réciproque. La musique, la danse et la chorégraphie occuperont probablement toujours une place centrale dans le travail de cette artiste passionnée.

Prix et distinctions

Prix Félix du spectacle de l’année(Alibis), ADISQ (1979)

Prix Génie de la meilleure chanson originale(« Angel Eyes », de la bande originale du film Night Magic composée par Lewis Furey et Leonard Cohen) (1986)

Grand Prix de l’Académie Charles-Cros(Western Shadows)(1989)

Prix de la meilleure prestation scénique, Festival d’été international de Québec (1991)

Chevalier des arts et des lettres, gouvernement de la France (1992)

Prix Félix de l’album techno de l’année (Sentiments naturels), ADISQ (1997)

Grand Rail d’or au Festival de Cannes (CQ2 – Tout près du sol) (2004)

Prix du Jury (CQ2), Festival international du film francophone de Tübingen-Allemagne (2004)

Prix du meilleur film francophone (La capture), Festival régional et international du cinéma de Guadeloupe (FEMI) (2008)

Officier de l’Ordre du Canada (2014)