Origines

Canadian Parents for French apparaît à la suite des efforts de parents anglophones de tout le Canada pour améliorer l’enseignement du français langue seconde offert à leurs enfants dans les années 1960-1970. Dans le contexte de la Révolution tranquille au Québec et de la Commission royale sur le bilinguisme et le multiculturalisme, les commissions scolaires du Québec instaurent les premiers programmes expérimentaux d’immersion en français. Le succès de ces initiatives amène des parents d’autres régions du Canada à demander, au début des années 1970, que leurs commissions scolaires reproduisent ces programmes ou, tout au moins, améliorent leurs programmes d’enseignement du français existants.

Le premier commissaire aux langues officielles du Canada, Keith Spicer, veut encourager plus de Canadiens à devenir bilingues. Au cours de ses voyages, il rencontre beaucoup de parents qui essaient de convaincre leurs écoles et leurs commissions scolaires d’améliorer leurs programmes de FLS, mais il remarque qu’ils travaillent souvent dans l’isolement et manquent d’information concernant le financement, la recherche pédagogique, les options de programmes et les expériences comparables dans d’autres régions. Dans une des dernières initiatives de son mandat de commissaire, il organise une conférence à Ottawa pour réunir parents, spécialistes en enseignement, coordonnateurs de programmes d’échange en langues et représentants des gouvernements provincial et fédéral, ainsi que des municipalités.

Fondation

Du 25 au 27 mars 1977, vingt-huit délégués de parents de tous le Canada participent à la Parents’ Conference on French Language and Exchange Opportunities. Le principal résultat de la réunion est la décision de former une association nationale ayant trois bus principaux :

1. Promouvoir les meilleures occasions d’apprentissage du français possibles.

2. S’assurer que tout enfant canadien ait la possibilité d’acquérir une connaissance de la langue et de la culture françaises aussi approfondie qu’il en a le désir et les aptitudes.

3. Établir et maintenir une communication efficace entre les parents intéressés et les décideurs du gouvernement et du monde de l’éducation concernés par la prestation de possibilités d’enseignement du français.

Les parents choisissent aussi un comité exécutif provisoire et s’entendent pour tenir une plus grande conférence nationale avant la fin de l’année.

La première lettre d’information de Canadian Parents for French (CPF) est publiée en juin 1977 avec l’aide financière du Bureau du Commissaire aux langues officielles. CPF tient sa première conférence nationale en octobre 1977 grâce à une subvention du ministère du Secrétariat d’État. Durant cette première conférence, les membres choisissent une structure d’organisation assurant une présence dans tout le Canada, avec un conseil national formé par les directeurs de dix branches provinciales. Les branches provinciales peuvent choisir d’établir des chapitres locaux dans les communautés. Les membres de CPF élisent leur exécutif national. Pat Webster devient leur première présidente. Avec son mari Norman Webster, à l’époque chroniqueur au Globe and Mail, Pat a été active dans les campagnes du milieu des années 1970 pour créer un programme d’immersion en français à Oakville, en Ontario, et ils ont travaillé ensemble avec des parents de la région du Grand Toronto pour y améliorer les possibilités d’enseignement du français.

Début de croissance et premières activités

Durant les premières années, CPF se consacre surtout à recruter des membres et à faire circuler l’information sur la disponibilité des programmes de français, les plus récentes recherches sur l’immersion en français et les autres programmes d’enseignement du FLS, et sur les stratégies à adopter pour les groupes de parents qui souhaitent obtenir de meilleurs programmes. CPF publie une lettre d’information nationale, un répertoire des programmes d’immersion en français, un recueil de textes intitulé So You Want Your Child to Learn French! (1979), ainsi que des brochures sur différents aspects de l’enseignement du français. Elle tient une conférence nationale annuelle, et mène des recherches sur l’intérêt et la demande des parents à l’égard de programmes de FLS.

Au niveau des branches provinciales et des chapitres locaux, les parents bénévoles de CPF s’efforcent de soutenir les parents qui font du lobbying pour obtenir la création de programmes d’immersion en français ou l’amélioration des programmes d’enseignement du français, en partageant de l’information sur les possibilités de financement et les stratégies de lobbying. Au milieu des années 1980, elle réalise son premier sondage national, en collaboration avec Gallup, pour évaluer l’appui que les Canadiens accordent au bilinguisme et à l’amélioration des programmes de FLS. Bien que la plus grande partie de son financement provienne du gouvernement fédéral, sous forme de subventions du ministère du Secrétariat d’État, CPF commence aussi à percevoir une cotisation de ses membres pendant les premières années de son existence.

Il est reconnu que le lobbying de CPF a joué un rôle majeur pour décider les commissions scolaires et les ministères de l’éducation provinciaux à améliorer leurs programmes d’immersion en français. Dans la première décennie d’existence de l’organisation (1976 à 1987), le nombre d’étudiants en immersion française au Canada passe de 17 763 à 202 736.

Engagement politique et controverses

En plus de ses activités au niveau des commissions scolaires, CPF promeut les droits linguistiques et le financement de l’enseignement des langues secondes auprès des gouvernements fédéral et provinciaux. L’association soumet régulièrement des mémoires au gouvernement fédéral et au Conseil des ministres de l’éducation concernant le renouvellement du Programme des langues officielles en enseignement, le principal mécanisme par lequel le gouvernement fédéral soutient les programmes d’enseignement des langues minoritaires ou des langues secondes. Pendant la négociation de la Charte canadienne des droits et libertés, CPF demande (sans succès) que le paragraphe 23 de la Charte garantisse le droit à l’éducation en anglais ou en français pour tous les Canadiens. Pendant les débats sur l’Accord du lac Meech, à la fin des années 1980, CPF préconise une défense plus active du rôle du gouvernement fédéral dans l’enseignement des langues minoritaires ou langues secondes. Depuis les années 1980, CPF collabore régulièrement avec des organisations de francophones, comme la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, pour promouvoir les échanges et défendre les droits linguistiques.

CPF se retrouve au cœur d’un débat passionné sur le bien fondé des programmes d’immersion en français, et certains critiques de ces programmes s’en prennent également à l’association. Les détracteurs de l’immersion en français soutiennent que ces programmes sont élitistes et se demandent s’ils pourraient convenir à des enfants souffrant de handicaps. D’autres organisations anti-bilinguisme plus virulentes, actives dans les années 1970, 1980 et 1990, comme l’Alliance for the Preservation of English in Canada, soutiennent que l’expansion des programmes d’enseignement du français, et particulièrement des programmes d’immersion, est inutile pour le Canada, et relève possiblement en partie d’une conspiration francophone.

CPF répond à ces critiques en citant des recherches scientifiques prouvant que l’immersion en français peut être bénéfique pour tous les enfants, incluant la plupart de ceux qui souffrent de difficultés d’apprentissage, pourvu qu’on leur assure le soutien nécessaire. Elle s’oppose au contingentement des inscriptions aux programmes d’immersion en français, soutenant que cette limite contribue précisément à la perception d’un programme élitiste. Les membres de CPF affirment que l’apprentissage d’une langue, en plus d’ouvrir des possibilités d’emploi et d’enrichir l’expérience d’apprentissage, peut être bénéfique sur le plan cognitif et promouvoir la compréhension interculturelle. Dans les années 1980, CPF commence à faire plus activement pression sur les commissions scolaires pour qu’elles offrent d’autres programmes de français, incluant l’amélioration du français de base et le français intensif, afin de donner plus de choix aux enfants ayant des priorités linguistiques spécifiques et de dissiper l’impression qu’elle s’intéresse uniquement à l’immersion en français.

Transformations et activités actuelles

Au milieu des années 1990, pendant une période d’importantes coupures budgétaires, le Gouvernement fédéral retire son soutien aux programmes de langues officielles. Ceci touche à la fois le financement de CPF et le financement de soutien aux programmes provinciaux d’enseignement du FLS et d’immersion en français. Pendant ces années, on assiste à un ralentissement important de la croissance des inscriptions aux programmes de français, et à une réorganisation de CPF. La structure du conseil national du CPF est remplacée par un exécutif élu, mais plus sur une base provinciale, bien que la structure d’ensemble avec une branche par province soit maintenue. Certaines activités doivent être réduites, comme les conférences annuelles et la publication de la lettre d’information annuelle.

Le financement fédéral pour les langues officielles et pour les activités de CPF est rétabli à la fin des années 1990. La principale source de financement de CPF demeure le ministère du Patrimoine canadien (qui a remplacé le ministère du Secrétariat d’État au début des années 1990), bien que l’association reçoive aussi des subventions et perçoit des cotisations de ses membres. Elle possède quelques employés rémunérés, mais continue à fonctionner principalement grâce au travail bénévole des parents.

L’association poursuit son travail pour assurer la croissance des possibilités d’apprentissage du français langue seconde au Canada grâce à ses publications, son lobbying et ses campagnes d’information nationales. Ses branches nationales et provinciales ont régulièrement commandé des sondages pour évaluer le taux de soutien des Canadiens à l’égard du bilinguisme et de l’enseignement du français. CPF s’est aussi lancé dans de nouvelles activités publiques, comme une compétition nationale d’art oratoire en français, un site internet et la transformation de sa lettre d’information en magazine. Elle coordonne un rapport sur l’état de l’enseignement du FLS au Canada et continue à distribuer de l’information sur les dernières recherches sur l’enseignement du FLS et l’immersion en français. En 2017, CPF avait plus de 26 000 membres.