Canada First

Canada First, mouvement nationaliste fondé en 1868 par les Ontariens George Denison, Henry Morgan, Charles Mair et William Foster, et par Robert Grant Haliburton, un Néo-Écossais vivant à Ottawa. Inspiré par Thomas D'Arcy McGee, assassiné peu de temps auparavant, et jugeant que la Confederation est une opération politique conclue parmi les élites, le mouvement Canada First cherche à promouvoir un sentiment d'idéal national et à poser les fondations intellectuelles de la nationalité canadienne.

Durant la Rébellion de la rivière Rouge en 1869-1870, le groupe contribue à susciter le mécontentement contre les Métis, les Catholiques et les Français qui balaie l'Ontario à la suite de l'exécution de Thomas Scott. Le mouvement fait aussi campagne pour l'immigration exclusivement britannique, envisageant une race anglo-saxonne et protestante du « Nord » qui harnacherait l'important potentiel économique du pays. En 1871, le groupe adopte une expression moins incendiaire de son nationalisme : la relation du Canada avec la Grande-Bretagne.

Les membres de Canada First veulent l'indépendance du Canada dans ses relations avec les États-Unis et la Grande-Bretagne mais, après la signature du Traité de Washington en 1871 entre la Grande-Bretagne et les Américains, le mouvement accorde une plus grande importance à l'autonomie du Canada, bien que son but soit une forme de fédération impériale avec la Grande-Bretagne plutôt que la séparation.

Entre 1872 et 1874, les fondateurs, dont le cercle s'est agrandi pour englober les « Douze Apôtres », s'éloignent géographiquement les uns des autres. La direction du mouvement passe à un groupe de Toronto dont l'intérêt premier est le lancement d'un nouveau parti politique fondé en 1874, la Canadian National Association. Son journal hebdomadaire, The Nation, a un tirage respectable, et la rumeur court qu'Edward Blake, un Libéral bien en vue, songe à diriger le parti.

Mais l'action politique va à l'encontre des intentions initiales de Canada First, dont la popularité se limite à l'Ontario; en fait, l'appel à la réforme revêt des accents nettement anti-catholiques. Les nouveaux dirigeants sont divisés, et Blake décide en fin de compte de se joindre au gouvernement libéral du premier ministre Mackenzie. L'organisation politique s'effondre rapidement et Canada First se retrouve sans fondement institutionnel.

Les historiens ont dit de Canada First qu'il était l'avant-coureur des changements politiques du XXe siècle : les contestations par des tierces parties et l'indépendance complète du Canada par rapport à la Grande-Bretagne. Mais ses objectifs initiaux étaient autres. Ses véritables héritiers furent les impérialistes qui vinrent plus tard, réclamant l'affermissement de l'Empire britannique comme moyen de protéger et faire progresser les valeurs et institutions anglo-saxonnes « supérieures », et comme véhicule de la définition et de l'affirmation de l'esprit national canadien. Son rejet implicite de la nationalité canadienne-française a mené à la division et au conflit au lieu de favoriser un objectif commun d'unité.