Jeunes années et carrière

Buffy Sainte-Marie, probablement orpheline, est adoptée à l’âge de quelques mois et est élevée dans le Maine et le Massachusetts par Albert Sainte-Marie et sa femme, Winifred, qui est d’ascendance Mi'kmaw. Elle obtient un diplôme avec distinction en éducation et philosophie orientales de la University of Massachusetts à Amherst en 1963. Elle déménage à New York pour tenter sa chance en tant qu’auteure-compositrice et se fait un nom en interprétant sa musique à Greenwich Village, puis, rapidement, lors de festivals folks dans le monde entier, dans des cafés, dans des salles de concert et dans les communautés autochtones. Pendant cette période, elle revient à la réserve de Piapot, située dans la vallée de la rivière Qu’Appelle en Saskatchewan, où, conformément à la coutume tribale, elle est adoptée par Emile Piapot et sa femme Clara Starblanket Piapot, une famille crie supposément liée à ses parents biologiques qu’elle n’a jamais connus.

Carrière sur disque : 1964-1976

Buffy Sainte-Marie signe avec Vanguard Records, qui sort It’s My Way! en 1964. L’album comprend Universal Soldier, une chanson dont l’artiste dit qu’elle parle « de la responsabilité personnelle pendant les guerres et de la façon dont la vieille pensée féodale nous tue tous ». Le morceau ne remporte pas un grand succès; toutefois, repris un an plus tard par le chanteur britannique Donovan, il devient extrêmement populaire auprès des militants contre la guerre du Vietnam qui s’en emparent pour en faire un hymne de paix. L’album comprend également Cod’ine, un morceau écrit par la chanteuse après qu’elle soit devenue dépendante à la codéine en se remettant d’une bronchite (et qui sera ensuite repris par Janis Joplin); et Now That the Buffalo’s Gone, une chanson engagée contre la confiscation des terres autochtones. L’album lui vaut d’être récompensée par le magazine Billboard en tant que meilleure artiste émergente.

Buffy Sainte-Marie sort 13 albums supplémentaires pendant les années 1960 et 1970. Durant cette période, sa musique, au départ un folk purement acoustique, incorpore progressivement des sons rock, country et électroniques; simultanément, la gamme des instruments qui accompagnent sa voix de vibrato s’élargit. En 1969, elle fait appel à des synthétiseurs qui viennent tout juste de faire leur apparition pour son album Illuminations, le premier disque quadriphonique électronique vocal jamais enregistré. Plusieurs de ses premières chansons font partie de la compilation The Buffy Sainte-Marie Song Book sortie en 1971 chez Grosset & Dunlap.

En 1972, elle sort Moonshot, le premier de quatre albums qu’elle enregistre avec le producteur de Nashville Norbert Putnam, qui a également travaillé avec Jimmy Buffet, Joan Baez et John Hiatt, suivi en 1973 par Quiet Places, en 1974 par Buffy et enfin, en 1975, par Changing Woman. Sa version de « Mister Can’t You See » de Townes Van Zandt, enregistrée pour l’album Moonshot, intègre le palmarès des 40 plus grands succès de l’année 1972 aux États-Unis.

Après la sortie de Quiet Places en 1973, Buffy Sainte-Marie quitte Vanguard Records et signe avec MCA pour deux albums — Buffy en 1974 et Changing Woman en 1975 — et avec ABC pour Sweet America en 1976 qu’elle dédie à l’American Indian Movement (voir Autochtones : organisations et activisme politiques). Sa chanson Starwalker marque la première tentative de croiser musique populaire et musique autochtone, un mariage musical qu’elle surnomme « pow-wow–rock».

Après la sortie de Sweet America en 1976, Buffy Sainte-Marie délaisse l’enregistrement pendant 16 ans pour élever son fils, Dakota Starblanket Wolfchild. Elle continue toutefois à se produire, à l’occasion, à des concerts au Canada et en Europe et effectue également des tournées dans les réserves des Premières Nations ainsi que dans des petites villes de l’Ouest du Canada et de l’Ontario. Elle chante avec l’Orchestre symphonique de Regina sous la direction de John Kim Bell, avec l’Orchestre du Centre national des arts et lors de festivals, notamment en 1997 au Festival d’Elora.

Liste noire

Les prises de position strictes de Buffy Sainte-Marie en ce qui concerne la situation des peuples autochtones et la guerre au Vietnam l’ont rendue très impopulaire auprès des administrations Johnson et Nixon aux États-Unis. Après avoir examiné les dossiers que le FBI détient sur elle au début des années 1980, elle découvre que sa musique a été interdite dans les stations de radio et que tout a été fait pour que sa musique n’atteigne qu’un public limité. Parmi ses nombreuses chansons traitant des peuples et des enjeux autochtones, citons Starwalker, Bury My Heart at Wounded Knee, No No Keshagesh, Generation, Cho Cho Fire, Ke Sakihitin Awasis, Still This Love Goes On, Eagle Man/Changing Woman, Native North American Child, Now That the Buffalo’s Gone, Soldier Blue et My Country ‘Tis of Thy People You’re Dying. Elle réécrit ce dernier morceau pour traduire plus précisément les enjeux canadiens et l’interprète à Ottawa lors de la journée de clôture de la Commission de vérité et réconciliation du Canada en 2015.

Carrière au cinéma et à la télévision

Bien qu’elle soit surtout connue pour sa musique, Buffy Sainte-Marie entame, à la fin des années 1960, une carrière au cinéma et à la télévision ainsi que dans le domaine de l’éducation. Lorsqu’elle apparaît, en 1968, dans un épisode de la série télévisée diffusée sur NBC The Virginian, elle insiste pour que des acteurs des Premières Nations soient choisis pour interpréter tous les personnages autochtones. En 1969, elle fonde la Nihewan Foundation, en partie pour lutter contre les stéréotypes dont sont victimes les peuples autochtones dans les médias publics et dans le monde de l’éducation.

Buffy Sainte-Marie se joint, fin 1975, à la distribution de l’émission télévisée pour enfants à succès Sesame Street, un programme dans le cadre duquel elle se produit ensuite régulièrement jusqu’en 1980. Elle participe à plusieurs émissions télévisées et radiodiffusées de CBC, notamment Superspecial en 1978, Pascan : Pow Wow en 1982 et The Many Moods of Buffy Sainte-Marie en 1983. Elle compose également la musique du film Spirit of the Wind en 1979, la mélodie principale de la série télévisée Spirit Bay, diffusée sur CBC de 1984 à 1986, et de nombreuses autres musiques de films aux États-Unis.

Buffy Sainte-Marie obtient un énorme succès commercial avec sa chanson Up Where We Belong qu’elle coécrit avec Will Jennings et avec son mari de l’époque, le compositeur de musique de film Jack Nitzsche. Les auteurs de ce morceau, que l’on entend dans le film à succès de 1982 An Officer and a Gentleman, remportent un Oscar, un prix BAFTA et un Golden Globe pour la meilleure chanson originale. Certifiée platine et no 1 au palmarès des plus grands succès aux États-Unis, cette chanson est ultérieurement enregistrée en duo par Cliff Richard et Anne Murray ainsi que par Céline Dion.

Buffy Sainte-Marie compose et interprète également la musique du film de 1989 Where the Spirit Lives traitant des enfants autochtones enlevés de force pour être scolarisés dans des pensionnats indiens. Dans la minisérie télévisée en deux parties de 1991 Son of the Morning Star racontant la bataille de Little Big Horn du point de vue des Autochtones, elle prête sa voix à Kate Bighead, une jeune femme cheyenne. Elle fait également partie de la distribution, aux côtés de Graham Greene, du téléfilm de 1993 The Broken Chain. En 1996, elle présente une grande émission télévisée de variétés, Up Where We Belong, à partir de sa chanson éponyme qui lui vaut un prix Gemini.

Carrière sur disque : 1992 à nos jours

Après la naissance de son fils en 1976, Buffy Sainte-Marie se consacre à son rôle de parent et limite son travail d’artiste à la composition, notamment de musiques de film, à des prestations lors de concerts occasionnels, à la peinture dans l’atelier qu’elle a installé chez elle et à la conception de programmes de formation dans le cadre de la principale initiative éducative de sa Nihewan Foundation, le Cradleboard Teaching Project. Elle fait figure de pionnière en étant l’une des premières artistes à utiliser des ordinateurs Macintosh pour composer de la musique et créer des œuvres d’art numérique. Ses peintures sont exposées dans de nombreux musées et dans de nombreuses galeries un peu partout en Amérique du Nord.

Elle reprend sa carrière sur disque en 1992 avec la sortie de Coincidence and Likely Stories, le premier album à être distribué en version numérique sur l’Internet naissant. L’ayant enregistré chez elle à Hawaï, elle l’envoie, par l’intermédiaire d’un modem branché sur une simple ligne téléphonique, au studio londonien du producteur Chris Birkett, qui a également collaboré avec Sinéad O’Connor, Steve Earle et The Proclaimers, avec lequel elle sortira quatre albums supplémentaires. Coincidence and Likely Stories propose à la fois des arrangements électroniques et des chants traditionnels autochtones et lui vaut, en France, un prix Charles de Gaulle en tant que meilleure artiste internationale.

Cette première réalisation avant-gardiste est suivie, en 1996, de l’album Up Where We Belong, un recueil de nouvelles chansons et de morceaux déjà enregistrés combinant musique pop, chanson engagée et musique de pow-wow. Ce disque décroche un prix Juno dans la catégorie Meilleure musique pour un enregistrement autochtone au Canada en 1997, Buffy Sainte-Marie ayant elle-même exercé toute son influence et joué un rôle fondamental pour obtenir la création de ce prix attribué pour la première fois en 1994.

Entre 1997 et 2009, Buffy Sainte-Marie consacre son temps et son argent au Cradleboard Teaching Project. Elle voyage énormément durant cette période et, même si elle ne réalise pas de nouveaux enregistrements, elle se produit en Suède, au Danemark et en France et chante au Festival folk d’Ottawa en 2002. En 2005, sa chanson emblématique Universal Soldier est intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens.

Après la sortie en 2003 de la compilation The Best of the Vanguard Years chez Vanguard, Buffy Sainte-Marie sort en 2008 Running for the Drum, un album comprenant 12 nouveaux morceaux mêlant chansons d’amour et engagées sur des musiques rock et country-autochtone. Ce disque, sur lequel on retrouve le musicien de blues américain Taj Mahal au piano, remporte, en 2009, un prix Juno dans la catégorie Meilleur enregistrement autochtone de l’année et quatre Canadian Aboriginal Music Awards. Sorti en 2006, Buffy Sainte-Marie : A Multimedia Life, un documentaire d’une heure présentant des images d’archives et des entrevues avec plusieurs musiciens célèbres, est également sélectionné pour les prix Juno 2009 dans la catégorie Meilleur DVD musical de l’année. En 2012, Blair Stonechild publie, chez Fifth House, une biographie primée de l’artiste sous le titre Buffy Sainte-Marie : It’s My Way.

Buffy Sainte-Marie vit à Hawaï pendant de nombreuses années, mais continue d’enregistrer des chansons et de se produire en tournée alors qu’elle a largement dépassé les 70 ans. Son album Power in the Blood (2015), enregistré sous son étiquette Gypsy Boy et distribué par True North Records, remporte le prix de musique Polaris en 2015 ainsi que les prix Juno de l’Album autochtone de l’année et de l’Album roots contemporain de l’année en 2016. On peut également entendre l’artiste sur le simple réalisé par le groupe A Tribe Called Red, également sélectionné pour le prix Polaris, proposant une nouvelle version de sa chanson Working for the Government qui recevra le prix Spirit of Americana/Free Speech in Music Award de l’Americana Music Association en 2015.

Le 19e album de Buffy Sainte-Marie, intitulé Medicine Songs (2017), comprend de nouvelles chansons, dont « You Got to Run (Spirit of the Wind) »; une collaboration avec Tanya Tagaq; et de vieilles chansons réenregistrées comme « Starwalker », « Little Wheel Spin and Spin » et « Bury My Heart at Wounded Knee ». L’album s’attire des critiques positives, notamment celle de Michael Rancic qui note dans le magazine NOW qu’« un autre artiste aurait peut-être montré des signes de déception ou d’incertitude en se rendant que peu de choses ont changé en un demi-siècle, mais sur Medicine Songs, face à la nature immuable de l’oppression qu’elle a toujours exprimée dans sa musique, Buffy Sainte-Marie a choisi de rester aussi déterminée, inébranlable et constante dans son art. » Medicine Songs a remporté le prix Juno de l’album autochtone de l’année en 2018.

Éducatrice et philanthrope

Buffy Sainte-Marie consacre une grande partie de sa vie à l’éducation. Après un diplôme avec distinction en philosophie et éducation orientales de la Massachusetts University à Amherst en 1963, elle obtient un doctorat honoris causa en beaux-arts de la même université en 1983. Elle enseigne la musique et les arts numériques au Saskatchewan Federated Indian College, à l’Université York, à l’Evergreen State College à Washington et à l’Institute for American Indian Arts au Nouveau-Mexique.

Buffy Sainte-Marie crée le fonds philanthropique Nihewan Foundation for Native American Education et, en 1996, le Cradleboard Teaching Project qui facilite la communication entre les enfants des écoles autochtones et non autochtones grâce à l’utilisation des réseaux informatiques. Elle exploite ses compétences multimédias pour créer un tronc commun d’enseignement s’appuyant sur les perspectives culturelles autochtones. Elle produit et réalise un CD-ROM multimédia interactif, Science : Through Native American Eyes, sur lequel elle apparaît également. Elle est aussi porte-parole de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Elle donne des conférences et effectue des présentations concernant sa carrière et ses projets philanthropiques.

Héritage

Les interventions courageuses de Buffy Sainte-Marie sur des sujets sociaux et sa défense acharnée des intérêts des Autochtones dans le cadre de nombreux enjeux, à la fois dans ses chansons et dans sa vie, lui valent le respect de ses nombreux admirateurs et de ses collègues du monde de la musique. Plusieurs de ses chansons, de Universal Soldier à Until It’s Time For You To Go et A Soulful Shade of Blue, sont reprises par des centaines d’artistes, notamment Barbra Streisand, Neil Diamond, Jim Croce, Elvis Presley, Glen Campbell, Cher, Bobby Darin, Indigo Girls et Neko Case (voir The New Pornographers). L’artiste reste une source d’inspiration pour de nombreuses personnes, en particulier pour les artistes autochtones et pour les femmes dans ce domaine. En outre, elle s’est toujours efforcée, par le choix des instruments et des technologies d’enregistrement, de se montrer créative et de faire évoluer son art.

Prix

Prix Juno

  • Membre, Panthéon de la musique canadienne (1995)
  • Meilleure musique pour un enregistrement autochtone au Canada (Up Where We Belong) (1997)
  • Enregistrement autochtone de l’année (Running for the Drum) (2009)
  • Album autochtone de l’année (Power in the Blood) (2016)
  • Album roots contemporain de l’année (Power in the Blood) (2016)
  • Prix humanitaire Allan Waters (2017)
  • Album autochtone de l’année (Medicine Songs) (2018)

Canadian Aboriginal Music Awards

  • Prix pour l’œuvre de toute une vie (2008)
  • Meilleur album de l’année (Running for the Drum) (2009)
  • Meilleure artiste féminine (2009)
  • Meilleure chanson sur un simple (No No Keshagesh) (2009)
  • Meilleure auteure-compositrice (2009)

Aboriginal Peoples Choice Music Awards

  • Meilleur CD folkou acoustique (Running for the Drum) (2009)
  • Meilleur vidéoclip (No No Keshagesh) (2010)

Autres

  • Meilleure artiste émergente, magazine Billboard (1964)
  • Meilleure chanson originale, Oscars (1983)
  • Meilleure chanson originale, Golden Globe Awards (1983)
  • Meilleure chanson originale, British Academy of Film & Television Arts (BAFTA) Award (1984)
  • Meilleure artiste internationale, prix Charles de Gaulle (1993)
  • Prix pour l’œuvre de toute une vie, Saskatchewan Recording Industry Association (1994)
  • Philanthrope autochtone américaine de l’année (1997)
  • Meilleure interprète dans un programme ou une série de variétés (Buffy Sainte-Marie : Up Where We Belong), prix Gemini (1997)
  • Officier, Ordre du Canada (1997)
  • Meilleure chanson enregistrée de l’année en gospel contemporain, Dove Awards (1998)
  • Prix pour l’œuvre de toute une vie, American Indian College Fund (1998)
  • Prix pour l’œuvre de toute une vie, National Aboriginal Achievement Foundation (1998)
  • Membre, Allées des célébrités canadiennes (1999)
  • Médaille du jubilé d’or de la reine Elizabeth II, Gouvernement du Canada (2002)
  • Intronisation (Universal Soldier), Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens
  • Membre, Canadian Country Music Hall of Fame (2009)
  • Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, Gouvernement du Canada (2010)
  • Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, Gouvernement du Canada (2012)
  • Spirit of Americana/Free Speech in Music Award, Americana Music Association (2015)
  • Prix de musique Polaris (Power in the Blood) (2015)

Diplômes honoris causa