Bouddhisme

Le bouddhisme, habituellement classé parmi les grandes religions du monde, est un enseignement transformateur englobant divers systèmes de philosophie (prajna), de méditation (samadhi) et d'éthique (sila). Bien qu'on le classe parmi les grandes religions, de nombreux chercheurs mettent en cause ce classement, car Bouddha n'est pas un dieu, le nirvâna (le but des bouddhistes) n'est pas un paradis et Bouddha ne peut sauver personne, puisqu'il n'y a pas d'âme à sauver. L'objectif principal est de se libérer du cycle de la souffrance (samsara).

Le bouddhisme fait son apparition vers 500 av. J.-C. avec un prince du clan des Sâkya, Siddhârtha Gautama, connu par la suite sous les noms de « Gautama le Bouddha » et de « Shakyamuni ». Il est considéré comme un réintroducteur et non comme un fondateur. Bien que certains récits de sa vie soient plus élaborés que d'autres, les hagiographies conservées en sanskrit, en pali, en chinois, en tibétain et autres langues bouddhiques conviennent que Siddhârtha naît dans le jardin de Lumbini (actuellement le Népal), atteint l'éveil à Bodh Gayâ (Inde), commence à enseigner tout près de Bénarès (Varanasi) et entre dans le nirvâna complet (s'éteint) à Kusinagara (Kasia, Inde). Le nirvâna est souvent décrit comme un état; il s'agit toutefois d'une série d'états allant d'éveillé à complètement, parfaitement éveillé.

À l'âge de 29 ans, Siddhârtha renonce à sa vie princière pour chercher l'éveil. Après six ans de vie ascétique, il abandonne cette démarche et, suivant la voie du milieu, il devient le Bouddha (du sanskrit bodhi, « éveillé » ou « illuminé »). Il reconnaît alors le principe (interdépendance de tous les phénomènes) selon lequel tout est transitoire (anitya), tout finit par devenir insatisfaisant (duhkha), rien n'a de nature permanente en soi (anâtman) et, enfin, lorsque l'attachement aux projections mentales calculées et artificielles est éteint (nirvâna), la paix (santi) est conquise. Ainsi, devenir un bouddha ne constitue pas une divinisation.

Les bouddhistes croient qu'il existe de nombreux bouddhas, dans le passé, dans le futur et actuellement sur la Terre : un bouddha est un être qui a pris conscience du monde qui l'entoure, tel qu'il est, et de la place qu'il y occupe. Les bouddhistes reconnaissent aussi l'existence d'autres planètes et d'autres niveaux d'existence peuplées d'autres gens avec leurs propres bouddhas, car la vérité du bouddhisme est universelle. Le bouddha est celui qui prend conscience que rien, même son âme, n'a une essence immuable. Désireux de partager ce qu'il a appris (dharma) pendant son introspection, Bouddha Gautama enseigne la Voie du milieu (la modération en toute chose) et les quatre nobles vérités : la souffrance existe; la souffrance est causée par les désirs; puisque les désirs peuvent être causés, ils peuvent cesser; or, il y a huit manières de mettre fin aux désirs (vues, pensées, paroles, actions, mode de vie corrects, effort, vigilance et concentration). Les deux marchands qu'il rencontre après son éveil et les cinq moines qui l'ont accompagné avant son éveil deviennent les premiers disciples bouddhistes (sangha). Shakyamuni poursuit son enseignement compatissant durant 45 ans.

Après son nirvâna complet, survient un schisme qui engendre plusieurs sectes différentes. Au cours des siècles, deux traditions distinctes émergent : celle des adeptes déterminés à imiter les exercices spirituels qui ont mené Gautama à l'illumination (p. ex., le système du Theravâda) et ceux qui s'intéressent à l'expérience de l'illumination et de la compassion (p. ex., le système du Mahâyâna).

Le système theravâda fonde sa philosophie, sa méditation et sa morale sur des textes palis recueillis par les bouddhistes de l'Inde et du Sri Lanka. Ce système se répand en Birmanie, au Sri Lanka, au Cambodge, en Thaïlande et dans d'autres pays de l'Asie du Sud-Est. On dispose actuellement de canons complets en pali (ancienne langue de l'Inde), en chinois et en tibétain. Durant les 150 dernières années, on a multiplié les efforts pour traduire de nombreux textes du Tripitaka en langues européennes.

La tradition mahâyâna fonde sa philosophie, sa méditation et sa morale sur les textes sanskrits du nord de l'Inde. Elle se propage en Corée, au Viêtnam, au Japon et dans d'autres pays de l'Asie orientale en passant par l'Asie centrale et la Chine. À partir de la Chine et de l'Inde, elle gagne le Tibet et, de là, la Mongolie. Tout en se disséminant, chacune des traditions se modifie pour s'adapter à la langue, à la culture, aux coutumes et à la mentalité du nouveau pays, sans pour autant perdre l'essence de son message. De plus, certains enseignements bouddhistes influencent divers NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX ou s'y intègrent.

Bouddhisme au Canada

Les Canadiens ont pris connaissance de cet enseignement transformateur dans deux contextes : en entrant en contact avec des personnes et des groupes d'immigrants venus de l'Asie, avec des personnes ayant eu des Asiatiques comme professeurs, ou avec les institutions créées par les immigrants; en fréquentant les universités et les collèges. Ces deux contextes sont intimement liés.

Bouddhisme au Canada par l'immigration
Les premiers bouddhistes à arriver au Canada sont des ouvriers japonais et chinois qui viennent travailler à la construction des chemins de fer, dans les mines, etc. Toutefois, ils ne semblent pas avoir laissé de traces. Les CANADIENS JAPONAIS sont les premiers à implanter le bouddhisme au Canada à la fin du XIXe siècle, habituellement en se réunissant chez un membre du groupe. Le premier temple bouddhiste au Canada voit le jour en 1905 dans un espace loué en Colombie-Britannique et déménage dans une maison de Vancouver l'année suivante. Ce temple est fondé par les disciples de l'école japonaise Jodo Shinshu, en partie en raison de l'augmentation de l'immigration japonaise. Cette forme de bouddhisme est associée à un groupe ethnique particulier et ne s'intègre pas à la société canadienne de cette époque. Plus récemment, le bouddhisme est réintroduit au Canada à la fois par des Asiatiques et des non-Asiatiques; sa doctrine tire ses origines de l'une ou l'autre des traditions theravâda ou mahâyâna (dont le Vajrayâna). L'école japonaise Jodo Shinshu finit par établir la plus importante organisation bouddhiste au Canada, comptant de multiples temples et dojos en Colombie-Britannique, en Alberta, au Manitoba, en Ontario et au Québec. Le temple bouddhiste le plus longtemps en activité était situé au sud de l'Alberta. Toutefois, certains temples finissent par fermer leurs portes, y compris le fameux temple historique d'Alberta.

Chez les nouveaux immigrants et leurs enfants, le bouddhisme se dote souvent d'une structure organisationnelle ayant une portée à la fois spirituelle et culturelle et conçue pour satisfaire à toutes les exigences prévues par la Loi sur les sociétés pour la constitution en corporation. L'adhésion est généralement ouverte à tous, quoique la plupart des sociétés bouddhistes exigent la fidélité à Bouddha, au dharma et à la sangha, selon le sens donné par chaque société à ces termes. Le Bouddha est considéré comme une manifestation de l'état d'éveil ou comme un modèle terrestre, parfois même comme les deux.

Histoire et traditions
Le dharma (littéralement « cadre de référence ») est l'enseignement et le principe directeur. La sangha est, pour les uns, une communauté de moines ayant reçu l'ordination et, pour les autres, une communauté composée de moines et de laïcs. Certaines sociétés exigent que les laïcs fassent le vœu de s'abstenir des trois actes physiques suivants : enlever la vie, prendre ce qui n'a pas été donné et se complaire dans la sensualité avec excès; des quatre actes de discours suivants : mensonge, médisance, propos stupides et paroles acerbes; des trois actes mentaux suivants : égoïsme, méchanceté et vues erronées. Avec l'augmentation des mariages mixtes et de la canadianisation, les sociétés composées principalement d'Asiatiques ont dû adapter leurs coutumes afin d'attirer et de conserver des membres asiatiques, Canadiens asiatiques et non asiatiques.

Le bouddhisme est un système décentralisé. Chaque société est dirigée par un chef dont le titre change selon les groupes : bhikksu (moine), lama (enseignant), sensei (enseignant/directeur spirituel), roshi (conseiller spirituel), oya (ministre), geshe (maître) ou tulku (manifestation physique). Dans certains groupes, le directeur agit comme travailleur social, professeur de langues étrangères ou conseiller familial, tout en s'efforçant de transmettre à sa communauté une certaine connaissance du dharma. Ces groupes entretenant généralement d'étroites relations avec la culture d'origine, ils servent de lien avec le pays d'origine et de pont avec le pays d'adoption.

Dans d'autres groupes, surtout dans ceux dont les membres souhaitent consacrer leur vie à la méditation, le directeur veille sur leur croissance spirituelle et la guide. Les membres de tels groupes doivent accepter de suivre fidèlement les directives du chef qui sont fondées sur ses longues années de pratique. Les groupes issus des sociétés mères asiatiques utilisent des traductions anglaises de leurs textes dans l'espoir que les nouvelles générations de « Néo-Canadiens » (les Canadiens-Chinois, les Canadiens-Japonais, les Canadiens-TIBÉTAINS, etc.) ainsi que les Canadiens non asiatiques apprendront à apprécier l'histoire spirituelle et culturelle du groupe.

Bien que, pour les bouddhistes, le dimanche n'ait pas de signification religieuse, on le réserve aux pratiques spirituelles comme dans la culture canadienne, parce qu'il est difficile au Canada de participer à de telles activités pendant la semaine. Les jours de célébration sont le jour de l'An (parfois déterminé par les calendriers chinois ou tibétain), le jour du Nirvâna ou du Parinirvâna, le jour du Wesak (pleine lune d'avril-mai) ou le Hana-Matsuri (festival des fleurs, le 8 avril), le jour du Fondateur, le jour de l'Association, le jour de la Compassion (Bodhi), le jour de l'Anniversaire spécial et la veille du jour de l'An. Chaque groupe désigne les jours de célébration conformément à la tradition bouddhique de son pays d'origine.

Certains bouddhistes célèbrent aussi des événements particuliers de la vie : la naissance, l'attribution d'un nom, la confirmation ou l'ordination, le mariage et le décès selon les coutumes en usage dans chaque culture mère. On attribue à ces événements une signification rituelle parce qu'ils se prêtent particulièrement bien à une réflexion sur le principe de l'interdépendance ou de « phénomènes en relation dépendante ». Les cérémonies associées aux techniques de méditation touchent notamment les activités quotidiennes, comme manger, se raser et se laver.

Au Canada, les organisations bouddhistes représentent généralement la culture mère de leurs membres. Toutefois, malgré l'importance historique de leur culture d'origine, les temples ne sont pas exclusifs. La plupart des temples ou groupes ont des membres qui sont des Asiatiques vivant au Canada, des Asiatiques qui sont devenus des Canadiens et leurs descendants, des Canadiens-Asiatiques au patrimoine culturel mixte, des Canadiens de descendance européenne et africaine et des membres des PREMIÈRES NATIONS. Tous les temples accueillent quiconque souhaite devenir membre, mais chaque groupe se distingue par des caractéristiques qui lui sont propres.

Le Mahavihara de Toronto (centre bouddhiste), fondé en 1978, est le premier temple theravâda construit au Canada. Il maintient une tradition inaugurée au Mahavihara d'Anuradhapura (Sri Lanka). Le gouvernement du Sri Lanka, par l'entremise de son haut-commissariat à Ottawa, dispense des fonds destinés aux besoins fondamentaux des bhikksus résidant au Canada. Le Maha Vihara Buddhist Meditation Centre de Toronto et l'Ottawa Buddhist Association ont aussi une origine srilankaise.

À Vancouver, une société bouddhiste Theravâda, la Dhamma (Dharma en sanskrit) se consacre au développement personnel par la discipline morale, la méditation vipassana (Vipashyana en sanskrit, « connaissance ») et l'étude méthodique de la philosophie abhidharma des textes bouddhistes, transmise dans le canon pali. De nombreux groupes qui suivent la tradition palie favorisent l'enseignement et la pratique bouddhiques par la méditation et les retraites.

L'Ambedkar Mission, fondée en 1979 à Scarborough (Ontario), adhère à la philosophie spirituelle et sociale du Dr Ambedkar qui, issu des rangs des intouchables, est devenu l'un des chefs bouddhistes les plus respectés en Inde. Cette association, qui a pour but de promouvoir la justice sociale, la paix et la compréhension, est ouverte à tous, bien que le groupe, à l'origine, vise à aider les Asiatiques vivant au Canada.

C'est dans la seconde tradition, celle du Mahâyâna, qu'apparaît la doctrine du bodhisattva (celui qui s'entraîne à devenir un Bouddha), qui fait sienne la notion selon laquelle le Bouddha historique est une manifestation de l'état d'éveil. Les sociétés bouddhistes mahâyâna sont les premières à s'établir au Canada et peuvent être classées selon le pays d'origine du groupe fondateur.

Bien que des adeptes de la tradition du Jôdô-Shinshû aient probablement résidé en Colombie-Britannique dès 1889, l'année de l'ouverture du premier consulat japonais, la première assemblée historiquement connue de bouddhistes japonais au Canada a lieu en 1904, à Vancouver, lorsque quatorze bouddhistes se réunissent pour demander la venue d'un ministre du temple Honpa Honganji de Kyoto (Japon), temple mère de la tradition Jôdo-Shinshû. C'est en octobre 1905 qu'arrive et commence à prêcher le premier ministre du culte résident, le Révérend Senju Sasaki, de la Vancouver Nihon Bukkyo-kai (association bouddhiste japonaise). En décembre de la même année, le premier temple bouddhiste au Canada est installé dans une chambre de l'Ishikawa Ryokan (hôtel) à Vancouver.

Dès 1926, le temple mère de Kyoto envoie sept ministres du culte dans la région de Vancouver. En 1941, on compte onze ministres pour les seize temples de la Colombie-Britannique. Le premier temple établi en Alberta est inauguré en 1929 et, à partir de la fin des années 1940, le sud de l'Alberta joue un rôle sans cesse croissant dans le bouddhisme au Canada. De 1904 à 1932, l'administration est assurée depuis San Francisco. L'Alberta et la Colombie-Britannique sont reliées à l'État de Washington pour former un district du nord-ouest du Pacifique. En 1932, la section canadienne devient indépendante et, jusqu'à l'évacuation de 1942, les temples sont dirigés par un surintendant ecclésiastique. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la déportation des personnes de descendance japonaise de la Colombie-Britannique et leur INTERNEMENT éradiquent presque le bouddhisme japonais et le bouddhisme institutionnel au Canada. De nombreux Canadiens japonais sont déportés en Alberta et finissent par faire de cette province le haut lieu du bouddhisme au Canada. Comme le souligne Terry Watada dans Bukkyo Tozen, « Si le Jôdô-Shinsû a survécu à sa quasi-éradication, c'est grâce à l'exil dans le sud de l'Alberta des Canadiens japonais de la Colombie-Britannique. » C'est aussi pour cette raison que l'Alberta devient le berceau des études universitaires sur le bouddhisme en Amérique du Nord. Grâce à l'abolition de la LOI SUR LES MESURES DE GUERRE, en 1949, les Japonais recouvrent la liberté de circulation partout au Canada. Certains bouddhistes japonais retournent en Colombie-Britannique, beaucoup restent en Alberta et d'autres s'installent dans d'autres régions.

Une conférence nationale de bouddhistes japonais a lieu en 1955 à Toronto et de cette réunion naissent les Buddhist Temples of Canada (anciennement les Buddhist Churches of Canada [BCC]). Les temples membres des Buddhist Temples of Canada adhèrent à l'interprétation du Bouddha-Dharma selon Shinran (1173-1262), le fondateur du bouddhisme Jôdô-Shinsû, qui prône le principe de l'interdépendance de toutes choses comme base de la libération individuelle. Shinra voulait comprendre le dharma en se plaçant du point de vue de sa propre existence. C'est ainsi qu'il a conçu l'enseignement du Nembutsu (la récitation de « Namu Amida Butsu » : nom de Bouddha Amitâbha) qu'il recommandait comme moyen pour exprimer la gratitude et la joie éprouvées dans la prise de conscience de la nature interdépendante de l'existence humaine.

En 1956, six ministres du culte desservent dix-huit assemblées comptant 3500 membres; en 1987, un évêque dirige onze ministres responsables de dix-huit assemblées, dont la plupart se trouvent dans les régions de Vancouver, de Toronto et du sud de l'Alberta. Établi à Vancouver en 1992, WAT YANVIRIYA a été le premier temple Thai Bouddhiste au Canada. En 1995, il y a dix-huit temples membres des Buddhist Temples of Canada et deux temples affiliés, le plus petit à Rosemary, en Alberta, et le plus grand à Toronto. L'administration centrale est à Vancouver. L'évêque Susumu Kyojo Ikuta, fils du Révérend Shinjo Ikuta, un ministre pionnier, déménage au Canada alors qu'il est enfant, mais retourne au Japon pour obtenir un doctorat en études bouddhistes. Il revient au Canada, plus précisément à Calgary, et en 1998 est élu directeur des Buddhist Temples of Canada, devenant ainsi la première personne élevée au Canada à occuper cette fonction. Il conserve ce poste jusqu'en 2008.

En 1975, les Buddhist Temples of Canada adoptent l'anglais ainsi que la procédure parlementaire dans leurs assemblées, ce qui permet aux délégués plus jeunes qui parlent moins bien le japonais de participer aux assemblées nationales. La plupart des temples utilisent l'anglais comme principale langue de communication, mais on chante encore les textes en japonais et certaines conférences sont données en japonais. Bon nombre de temples ont maintenant une population multiculturelle composée de membres à la fois japonais, japonais canadiens et non japonais.

En Chine, au VIe siècle, le Ch'an/Zen devient une école bouddhiste distincte lorsque Bouddha-dharma, un moine indien qui a voyagé en Chine, insiste sur l'observation directe de la nature originelle de l'esprit. Au cours de la première moitié du XXe siècle, le bouddhisme Ch'an/Zen en Amérique du Nord est habituellement associé à la culture japonaise. Mais ce n'est plus le cas depuis la fondation, vers la fin du siècle, d'autres temples chinois et coréens. La Zen Lotus Society (maintenant Society of Compassionate Wisdom), « un monastère laïc », est constituée en 1980 sous la direction de Samu Sunim (Sunim est un titre honorifique), un moine zen coréen qui arrive à Montréal en 1968 et qui s'installe à Toronto en 1970. Kwangok Sunim, une religieuse coréenne immigrée au Canada en 1976, fonde le Bulgwang-Sa (Buddha Light Temple) à Toronto.

Le Sōtō Zen est transmis par Dogen de la Chine au Japon au XIIIe siècle. Au moment de sa constitution en juin 1979, L'Edmonton Buddhist Priory entretient des liens spirituels étroits avec l'école zen soto du Japon : il maintient ses liens avec l'Order of Buddhist Contemplatives et pratique la tradition Serene Reflection Meditation, appelée Ts'ao-Tung Ch'an en Chine et Sōtō Zen au Japon.

Des centres Ch'an/zen sont fondés partout au Canada, dont le Victoria Zen Centre, le Zen Centre de Vancouver, le Zen Buddhist Temple de Toronto, l'Ontario Zen Centre, le Centre zen de Montréal et beaucoup d'autres. Les préceptes Ch'an/zen font en outre partie intégrante de la tradition de nombreux temples chinois, coréens et vietnamiens.

Par ailleurs, on trouve un certain nombre de nouvelles religions bouddhistes japonaises au Canada. La Reiyukai (association pour l'amitié spirituelle), association progressiste et hautement organisée, est fondée au Japon par Kakutara Kubo (1892-1944). En 60 ans, cette association laïque multiplie les centres partout dans le monde. La Reiyukai encourage les membres à connaître et à développer leur dimension intérieure par le senzo-kuyo (soin désintéressé des aînés) et le michibiki (partage des expériences personnelles avec ceux qui ne connaissent pas l'enseignement reiyukai). Le siège social de l'association au Canada est la Reiyukai Society of Canada, à Vancouver.

Un autre groupe, la Soka Kyoiku Gakkai (association éducative pour la création de valeurs), rebaptisée Soka Gakkai en 1946, est créé dans le but de promouvoir la paix au sein de l'humanité en apportant aux personnes le bonheur et l'harmonie. Les membres de cet organisme laïc utilisent le shakubuku (« briser et soumettre ») pour propager la doctrine selon laquelle toute personne est déjà un bouddha. L'initiateur de cette méthode est Nichiren (1222-1282), fondateur de la tradition bouddhiste japonaise Nichiren. L'association canadienne Nichiren Sho-shu est fondée à Toronto en 1961.

Un temple chinois bouddhiste traditionnel, l'Universal Buddhist Temple, fondé en 1986 à Vancouver, dessert une communauté essentiellement chinoise. On y pratique un bouddhisme inspiré de Terre pure, de Tch'an, de T'ien-t'ai et de Hua-Yen et à fortes tendances confucéennes légèrement teintées de spiritualité populaire chinoise. Ce groupe étudie, entre autres, la méditation et la parapsychologie. Le temple de l'International Buddhist Society de Richmond, de style chinois traditionnel, est terminé en 1983. Le Jodo Shinshu est une école japonaise de la Terre pure mettant l'accent sur la doctrine de la Terre pure qui propose, tout comme le font les adeptes de la tradition chinoise de la Terre pure, de s'en remettre à Bouddha Amita, plutôt que de s'engager dans des activités compatissantes, la méditation ou les chants religieux; un être peut renaître dans la Terre pure d'Amita dans sa prochaine vie.

Dans les années 1970 et 1980, à la suite de la réduction des règlementations concernant les mesures d'exclusion en matière d'immigration, les perspectives d'immigration augmentent pour les Asiatiques, les Chinois et les Vietnamiens, et ils arrivent au Canada en nombre croissant et établissent des temples dans la plupart des provinces. Parmi eux figurent le Temple Cham Shan (1979, Thornhill, Ont.), l'International Buddhist Society Temple (1983, Richmond, C.-B.) et le Gold Buddha Monastery (1984, Vancouver). Le Vénérable Tien Quan recueille des fonds pendant plus de dix ans afin de construire le Temple Prajna à Calgary. Bien que certains groupes tels que les Coréens, les Thaïlandais, les Sri Lankais et les Birmans arrivent en petit nombre, ils établissent eux aussi des temples. Par exemple, le Temple bouddhiste zen de Toronto est fondé par des disciples du moine coréen Samu Sunim, le Bulgwang-sa à Toronto est fondé en 1976 par une religieuse coréenne Kwangok Sunim et, à Montréal, le temple Wat Thepbandol est établi afin de servir la communauté laotienne. Bon nombre des temples ont une double fonction, ils servent d'établissements bouddhistes et de centres communautaires. Certains de ces temples attirent des membres ne faisant pas partie de l'ethnie d'origine mais, souvent, la composante culturelle ethnique crée une barrière à l'expansion dans la société canadienne en général.

Le bouddhisme tibétain s'est développé à partir du bouddhisme indien tardif. Le bouddhisme mahayana se pratique de deux façons : le véhicule des Perfections et le Vajrayana (« véhicule de la Foudre »). Le bouddhisme tibétain suit cette dernière méthode. Le bouddhisme a été amené au Tibet vers 650 apr. J.-C. et s'y est épanoui. Les Tibétains établissent quatre écoles principales, basées sur leur lignée, l'intérêt particulier et les textes préférés. En 1959, le 14e dalaï-lama, chef temporel du pays, fuit l'invasion de l'armée chinoise communiste et se réfugie en Inde, suivi de quelque 100 000 moines, religieuses, lamas et laïcs. Le Canada est l'un des premiers pays à leur offrir une terre d'accueil.

Avant que le Tibet devienne une « région autonome » de la République populaire de Chine, y évoluent quatre écoles principales de bouddhisme tibétain (Gelugpa, Sakyapa, Nyingmapa et Kargyupa); ce sont celles des Kargyupa et des Gelugpa qui sont le mieux représentées au Canada. Le centre Shambhala International, l'un des plus importants (Kargyupa), s'établit à Halifax, et les Gelugpa fondent le Gaden Choling à Toronto en 1980. Après avoir fondé beaucoup de centres partout au Canada, le Vénérable Kalu Rinpoche fonde le premier centre de retraite à Salt Spring Island, en Colombie-Britannique.

L'une des caractéristiques uniques au bouddhisme tibétain est l'institution du tulku. Un tulku est un bouddha, un bodhisattva ou un grand maître du passé, qui s'incarne volontairement en être humain afin d'enseigner aux autres et de les aider. Bien des tulku ont été membres du gouvernement tibétain et ont dirigé des monastères en tant que supérieurs. Ils portent ordinairement le titre de Rinpoche, qui signifie « précieux enseignant ».

Le premier lama à venir au Canada est le Vénérable Gyaltrul Rinpoche, un lama de la tradition Palyul de l'École Nyingma du bouddhisme tibétain. Il accompagne le premier groupe de Tibétains devant s'établir à Winnipeg et, en 1972, le Dalaï-Lama lui demande d'aider au processus d'installation. Après avoir travaillé pendant plusieurs années au Canada, Sa Sainteté Dudjom Rinpoche, directeur de l'école Nyingma, lui demande d'être le supérieur de plusieurs temples de la côte ouest des États-Unis, où il déménage.

Sa Sainteté Karmapa dirige l'école Kargyu. Karmapa désigne « celui qui accomplit l'œuvre du Bouddha » et la lignée Karmapa est la plus ancienne branche tulku au Tibet. Le 16e Karmapa meurt à Chicago en 1981 et est remplacé par Orgyen Trinley Dorje.

La Marpa Gompa Meditation Society, fondée en 1979 à Calgary, est l'un des centres qui étudient, pratiquent et transmettent l'enseignement de l'ordre Kargyu du bouddhisme tibétain. Son directeur officiel, Karma Tinley Rinpoche, est le fondateur du Mikyo Dorje Institute de Toronto et du centre de méditation Khampo Gangra Drubgyudling. Il existe d'autres centres Kargyu à St. Catharines, à Toronto, à Montréal et à Burnaby.

De nombreux centres de méditation ont été créés sous la direction du Vénérable Chogyam Trungpa (décédé en 1987). Ses centres, disséminés partout au Canada, se distinguent facilement par le nom Dharmadhatu. Ses membres, essentiellement kargyupa (disciples de Kargyu), pratiquent la méditation selon cette tradition.

Au Gaden Choling Mahayana Buddhist Meditation Centre de Toronto, fondé en 1980, les membres pratiquent les exercices de méditation et apprennent la philosophie Gelugpa du Lama Tsongkapa (un des quatre ordres du bouddhisme tibétain). Il y a des centres affiliés au Gaden Choling à Vancouver et à Nelson (C.-B.) ainsi qu'à Thunder Bay (Ont.). Le Temple bouddhiste tibétain (Chang Chub Cho Ling) de Longueuil (QC), officiellement constitué en 1980 afin de préserver la tradition gelupga, est maintenant établi à Montréal.

La Victoria Buddhist Society et l'association Shâkya Thubten Kunga Choling perpétuent la lignée shâkya (un autre des quatre principaux ordres bouddhistes tibétains). Le Shâkya-Lama Tashi Namgyal enseigne avec l'aide d'un interprète; il dirige régulièrement des séances de méditation et des cérémonies de louange (pujâ). Deux des « nouvelles » écoles de bouddhisme japonais sont établies au Canada. La première, Reiyukai (Société de l'Amitié spirituelle), dont le siège social est à Vancouver, est basée sur le bouddhisme, mais se voit plutôt comme un organisme humanitaire. La Soka Gakkai, basée sur la tradition Nichiren, tient des centres dans la plupart des grandes villes du Canada.

Les autres groupes bouddhistes comprennent l'International Buddhist Foundation, établie en 1982 afin d'encourager l'étude et la recherche sur le bouddhisme, et la Toronto Buddhist Federation, aussi établie en 1982, quelque temps après un rassemblement, à Toronto, de bouddhistes s'apprêtant à participer à une conférence sur la paix. Les associations membres de cette fédération, qui ne peuvent être que des organismes de charité bouddhistes enregistrés, se composent de pratiquants de nombreux pays : Birmanie, Cambodge, Canada, Chine, Inde, Japon, Corée, Laos, Sri Lanka, Thaïlande, Tibet, États-Unis et Viêtnam. À l'instar de Toronto, d'autres grandes régions métropolitaines créent des organismes ombrelles.

La forte orientation « anti-institutionnalisation » est l'un des aspects remarquables du bouddhisme nord-américain. Cette particularité, doublée de la traditionnelle décentralisation des temples bouddhistes, place le bouddhisme canadien dans une situation intéressante. Il existe de nombreux petits groupes (dont on ignore le nombre) qui refusent d'être associés à une institution quelconque. Ils peuvent se réunir chez un membre pour méditer ou chanter des textes. Ce sont en quelque sorte des confréries. Il y a aussi un grand nombre de personnes qui pratiquent de manière autonome, refusant de se joindre à un temple ou à un groupe. Elles visitent différents temples et participent, à l'occasion, à des activités de groupe.

La plupart des Asiatiques ne croient pas qu'il faut être bouddhiste à l'exclusion de toute autre confession. En Chine, à Taiwan, à Hong Kong ou ailleurs, la plupart des gens sont à la fois bouddhistes, confucianistes et taoïstes. La majorité des Japonais sont bouddhistes, confucianistes et shintoïstes. Le taoïsme et le shintoïsme se rapprochent davantage de la conception occidentale de « religion »; par conséquent, ils ne partagent pas les préoccupations du bouddhisme, mais traitent plutôt des relations humaines avec les dieux, du ciel et des rites religieux. Le confucianisme traite des préoccupations d'ordre social. Le bouddhisme, en tant qu'enseignement transformateur, traite du cycle de la souffrance et de la cessation de ce cycle. Du point de vue bouddhiste, on peut être à la fois bouddhiste et chrétien.

Bouddhisme au Canada par l'éducation
Grâce au dynamisme des bouddhistes du Sud de l'Alberta, avant et après la Deuxième Guerre mondiale, cette région est devenue le haut lieu des études sur le bouddhisme moderne (une discipline reconnue dans de nombreuses universités à travers le monde) en Amérique du Nord. Ce sont les activités des adeptes de la tradition Jôdô-Shinsû et des treize temples fondés à cette époque dans le Sud de l'Alberta qui créent cet environnement favorable. La plupart des ministres de cette tradition sont des hommes d'une grande culture et aux convictions profondes.

De cette concentration de bouddhistes japonais dans le Sud de l'Alberta émergent des personnalités marquantes dans le champ des études bouddhistes. Richard Robinson (1926-1970), de Calgary, obtient d'abord un baccalauréat à l'Université de l'Alberta, puis un doctorat en études bouddhistes de l'Université de London. Pendant qu'il est à London, il étudie avec de nombreux universitaires réputés de son temps, dont Edward Conze et David Snellgrove. En 1961, Robinson entre à l'université de Madison, au Wisconsin, avec la mission personnelle d'y fonder le premier programme d'études sur le bouddhisme en Amérique du Nord. Le professeur Robinson est, de son vivant, un chercheur et un bouddhiste de renommée internationale et il reçoit plusieurs prix au cours de sa carrière. Il meurt à Madison en 1970.

En 1929, le révérend Shinjo Nagatomi vient au Canada pour occuper un poste de ministre du culte au Raymond Buddhist Temple, en Alberta. Son jeune fils, Masatoshi, y fréquente l'école primaire. Au milieu des années 1930, la famille retourne au Japon, où Masatoshi termine ses études. Après avoir reçu son doctorat, Nagatomi est engagé, dans les années 1960, à l'Université Harvard avec pour mandat de créer, dans cette institution renommée, le deuxième programme d'études bouddhistes. Son programme en vient à rivaliser avec celui de Madison, au Wisconsin et, récemment, à le surpasser. Par ailleurs, Nagatomi contribue grandement à l'enrichissement des études bouddhistes avant sa retraite, au milieu des années 1990. Environ la moitié des professeurs enseignant le bouddhisme en Amérique du Nord ont reçu leur formation du programme d'études bouddhistes d'Harvard.

Fils du révérend Kawamura, Leslie Kawamura grandit dans le Sud de l'Alberta où, quand il est enfant, des gens comme Richard Robinson viennent voir son père. Après ses études secondaires en Alberta, il obtient un B.A. du San Francisco State College et, à Kyoto, des maîtrises ès arts de l'Université Ryukoku et de l'Université de Kyoto. Il termine son doctorat à l'Université de la Saskatchewan, où enseigne le célèbre spécialiste des études bouddhiques H.V. Guenther. En 1976, il commence à enseigner le bouddhisme à l'Université de Calgary, où il ne cesse de développer le programme d'études bouddhiques.

Durant la seconde moitié du XXe siècle, les universités canadiennes offrent des postes à quelques universitaires de renommée internationale, dont Leon Hurvitz à l'Université de la Colombie-Britannique, Herbert V. Guenther et Julian Pas à l'Université de la Saskatchewan, A.K. Warder à l'Université de Toronto et Jan Yün-Hua à McMaster. Le bouddhisme étant maintenant enseigné dans la plupart des universités et collèges, c'est principalement dans le cadre de ces programmes que les gens découvrent le bouddhisme. Chaque année, des milliers d'étudiants s'initient aux doctrines et à l'histoire du bouddhisme. Actuellement, les principales universités canadiennes offrent des cours sur le bouddhisme et plusieurs d'entre elles offrent des programmes de deuxième et troisième cycles en études bouddhistes ou en études religieuses mettant l'accent sur le bouddhisme.

Le bouddhisme influence de nouveaux mouvements religieux au Canada ainsi que d'autres aspects de notre culture. D'après le recensement de 2001 (la religion est recensée tous les dix ans), le nombre de Canadiens qui se disent bouddhistes a augmenté de 84 p. cent par rapport à la période de recensement précédente, pour atteindre 300 340 personnes, soit environ 1 p. cent de la population canadienne. Un des signes les plus importants de l'acceptation du bouddhisme au Canada est le vote unanime du parlement, en 2006, pour la nomination de Sa Sainteté le Dalaï-Lama comme citoyen canadien honoraire; honneur partagé par seulement trois autres personnes.