Évolution

Durant le Pléistocène (il y a 11 700 à 2,6 millions d’années), les régions septentrionales de l’Amérique du Nord voient les glaciers laurentidiens et de la Cordillère s’étaler, puis se retirer, s’étaler de nouveau, puis se retirer une nouvelle fois. Lorsque ces glaciers se retirent, une région où la terre est exposée, la Béringie,connecte la Sibérie à l’Amérique du Nord.

Comme une plage balayée par les vagues, la Béringie est exposée, recouverte, puis à nouveau exposée. Durant les périodes de retraite des glaciers, un corridor libre de glace est ouvert dans la région à l’est des Rocheuses entre le Yukon et le centre de l’Amérique du Nord. De nombreuses espèces animales peuvent alors migrer vers le sud en empruntant cette route. Parmi elles se trouvent les premiers bisons qui vont coloniser les nouveaux habitats des territoires qui constituent aujourd’hui le Canada et les États-Unis. Puis les glaciers ferment à nouveau la route de migration, empêchant tout mouvement et isolant à nouveau les régions nord et sud de l’Amérique du Nord. Les bisons parvenus dans le sud continuent à prospérer dans les grandes plaines centrales, tandis que ceux restés au nord des glaciers poursuivent une évolution différente. Lorsque la calotte de glace se retire à nouveau, les différents types de bisons se rencontrent, se croisent et de nouvelles espèces émergent une nouvelle fois de cette hybridation.

Il y a eu deux vagues de bisons qui sont entrés en Amérique du Nord en provenance de l’ouest. Les premiers bisons à fouler les terres d’Amérique du Nord arrivent de Sibérie orientale par la Béringie il y a quelque 195 000 à 135 000 années. Ils sont suivis par une seconde vague il y a 14 000 à 11 000 ans. L’espèce associée à cette dernière vague, le bison des steppes (Bison priscus),est originaire d’Asie. Il s’est répandu des basses terres d’Europe jusqu’à la Sibérie orientale et il passe finalement l’isthme paléogéographique de Béring pour arriver en Amérique du Nord. Il se déplace vers le sud pour atteindre le Centre des États-Unis où, après être resté isolé par une nouvelle glaciation, il évolue pour donner le Bison latifrons. C’est le plus grand bison ayant jamais existé. Il est possible qu’il pesait plus de 2 000 kg et qu’il faisait plus de 2,5 m au garrot. Plusieurs modifications environnementales survenues à l’échelle du continent entraînent une série d’adaptations évolutives pour le Bison latifrons qui donne naissance au Bison antiquus, puis au Bison occidentalis et enfin aux deux espèces actuellement observées en Amérique du Nord, le bison des plaines (Bison bison bison) et le bison des bois (Bison bison athabascae).

Description

Le bison des plaines et le bison des bois sont considérés comme étant des sous-espèces du genre Bison. Le processus épineux de leurs vertèbres est responsable de la bosse distinctive de ces espèces. Chez les deux sous-espèces, la plus grande partie du poids est portée par les pattes antérieures et l’animal a du mal à les utiliser pour déblayer la neige dans sa quête de nourriture en hiver. La bosse sert de point d’ancrage à une structure qui permet de soutenir l’énorme tête durant les mois passer à creuser l’épais manteau neigeux. Ces bisons utilisent leur front pour pousser la neige de côté afin d’accéder à l’herbe dont ils se nourrissent.


Le bison des plaines est la plus petite espèce de bison ayant jamais existé. Comme c’est le cas chez tous les autres grands mammifères, les bisons mâles sont plus gros que les femelles. Les mâles adultes pèsent en moyenne 739 kg, les femelles 440 kg.


Le bison des bois est le plus grand des bisons actuellement en existence, les mâles adultes atteignant en moyenne 880 kg, les femelles 540 kg.

Répartition et habitat


Le bison des plaines se rencontrait jadis du golfe du Mexique jusqu’aux Appalaches à l’est, jusqu’à la ligne de partage des eaux à l’ouest, et jusqu’aux actuelles provinces centrales des Prairies au nord. Il n’était présent ni en Colombie-Britannique, ni en Ontario, ni dans les provinces de l’Est. Le noyau de leur répartition se situait dans les grandes plaines du centre de l’Amérique du Nord.

Le bison des bois, quant à lui, fréquentait dans le passé l’ensemble de la forêt boréale dans une région comprenant l’Alaska occidentale, le Yukon, le nord-est de la Colombie-Britannique, le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest, la moitié nord de l’Alberta et le nord-est de la Saskatchewan.

Ces deux sous-espèces ont partagé la ceinture constituée de la forêt-parc à trembles en Alberta et en Saskatchewan lorsqu’en hiver quelques bisons des bois se déplaçaient vers le sud et quelques bisons des plaines migraient vers le nord. Les deux espèces cohabitaient alors pendant plusieurs mois, mais leurs aires de répartition ne se chevauchaient ainsi qu’en dehors de la période de reproduction. Bien que l’hybridation entre les deux sous-espèces fût possible, elle est donc probablement restée rare.

Alimentation

Le bison des plaines et le bison des bois se sont adaptés pour consommer des graminées et du carex. Dans les vastes prairies ouvertes, le bison des plaines se nourrit essentiellement de graminées, même durant la période hivernale. Le bison des bois a une alimentation légèrement plus variée qui comprend des lichens et des végétaux ligneux. En hiver, il se nourrit presque exclusivement de carex.

Les deux sous-espèces sont adaptées physiquement à une alimentation à base de plantes à croissance lente. Elles possèdent une large rangée d’incisives conçues pour couper l’herbe près du sol, en larges touffes. Comme la plupart des ruminants, ces bisons possèdent un estomac à quatre poches conçu pour extraire le plus possible d’éléments nutritifs d’une alimentation riche en cellulose.

Reproduction et développement

Le bison des plaines et le bison des bois sont des animaux qui se protègent en submergeant leurs prédateurs par le nombre. Ils ont évolué de telle manière que leur cycle de reproduction leur permet de saturer leur territoire avec leurs nouveaux nés dans un temps très court, ce qui sème la confusion chez leurs prédateurs. Cette stratégie contribue à augmenter le taux de survie des bisonneaux.

La période de reproduction – le rut – du bison des plaines s’étale du 15 juillet au 15 août, avec un maximum d’activité au milieu. Après une gestation d’un peu plus de neuf mois, les femelles mettent bas de fin avril jusqu’à mi-juin.

Le bisonneau des plaines femelle pèse à la naissance entre 16 et 18 kg, le mâle entre 20 et 23 kg. La croissance est rapide, les jeunes gagnant plus d’un kilogramme par jour entre leur naissance et le début de l’hiver. La croissance ralentit durant les rudes mois d’hiver, mais elle reprend de plus belle au printemps avec l’apparition des nouvelles graminées.

Les femelles s’accouplent généralement durant leur second été et produisent leur premier petit à l’âge de trois ans. Les femelles sont considérées matures à partir de quatre ans. Elles continuent de produire un petit par an jusqu’à l’âge d’environ 15 ans. Les femelles vivent longtemps. Plusieurs bisons des plaines femelles ont ainsi atteint l’âge de 40 ans.

Les mâles sont physiologiquement capables de s’accoupler dès l’âge d’un an, mais dans les troupeaux sauvages, les vieux mâles les en empêchent. À l’âge d’environ 8 ans, un bison mâle devient un reproducteur dominant et il continuera à s’accoupler jusqu’à l’âge d’environ 15 ans. Les mâles ont un taux de mortalité plus élevé que celui des femelles, en partie à cause des combats auxquels ils se livrent pour accéder aux femelles durant le rut. La plupart des bisons mâles n’atteignent ainsi jamais l’âge de 20 ans.

Le bison des bois devient reproducteur au même âge et sa gestation est de même durée. Vivant sous des latitudes plus élevées, son rut est cependant retardé d’une ou deux semaines pour qu’il corresponde au pic de la production de fourrage. Contrairement au bison des plaines, qui forme des troupeaux de milliers de têtes durant le rut, le bison des bois vit au sein de troupeaux plus petits et plus isolés. La compétition entre les mâles rivaux est donc réduite et les combats à mort moins courants.

Dépeuplement

Le dépeuplement des bisons des plaines et des bisons des bois est une conséquence directe de l’invasion européenne en Amérique du Nord. Le déclin des populations dans le Canada actuel a commencé avec l’apparition du besoin d’accès à de la viande pour approvisionner les traiteurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest, mais le carnage mené à l’échelle de l’Amérique du Nord a été accéléré par plusieurs facteurs importants.

En premier lieu, le développement d’un nouveau procédé de tannage en Grande-Bretagne et en Allemagne durant la deuxième révolution industrielle (1870–1914) entraîne un besoin insatiable de peaux de vache pour le cuir. Cette demande ne peut être satisfaite en Europe et l’attention se tourne donc vers les immenses troupeaux de bisons d’Amérique du Nord. Le nouveau procédé de tannage permet de transformer ces peaux solides en courroies de cuir, utilisées sur les machines dernier cri de l’époque.

Les chasseurs deviennent capables de tuer un grand nombre de bisons avec l’apparition de nouveaux fusils. C’est le cas notamment des fusils Sharps, réputés pour leur capacité d’abattre un bison de très loin avec une seule balle. Le nombre de bisons abattus par un seul chasseur avec ce fusil n’est alors limité que par le nombre de bisons que son équipe peut traiter dans la journée.

Certaines composantes de l’armée américaine déploient également des efforts concertés visant à massacrer les bisons, source principale de nourriture pour les Autochtones, dans le seul but de forcer ces derniers à quitter leurs territoires traditionnels et à se rassembler dans des réserves. Le gouvernement canadien, dirigé par le premier ministre John A. Macdonald, oblige également les Autochtones à quitter leurs terres en prévision de l’ouverture des Prairies aux colons européens. Le déclin rapide des bisons est utilisé pour rendre les Autochtones dépendants du bétail pour leur alimentation. Pour obtenir cette nourriture, ils doivent déménager dans les réserves.

Avant leur dépeuplement, les bisons étaient les grands mammifères les plus abondants du continent. L’estimation la plus souvent acceptée situe le cheptel initial de bisons des plaines à 30 millions de têtes. Ces animaux faisant en moyenne 1,7 m de long (tout âge et tout sexe confondus), ils feraient 1,3 fois le tour de l’équateur si on les mettait à la queue leu leu. Lorsque le massacre prend fin au milieu des années 1880, il ne reste pas assez de bisons des plaines sauvages en Amérique du Nord pour encercler un pâté de maisons. Aujourd’hui, la quasi-totalité des bisons des plaines descendent des derniers 116 bisons sauvages. En 1888, les bisons des plaines sont complètement éliminés du Canada.

Les bisons des bois n’ont jamais été aussi nombreux que leurs cousins des plaines. Leur population initiale ne dépassait pas un maximum d’environ 170 000 têtes. Ils ont cependant été la cible d’une chasse intensive et après plusieurs hivers rudes à la fin des années 1800, leur population atteint son minimum, environ 200 bêtes.

Conservation

Au Canada, la première étape importante pour la conservation des bisons des plaines est l’achat du troupeau de bisons des plaines de Pablo-Allard, du Montana. Entre 1907 et 1909, plus de 700 bisons des plaines pure-race sont rassemblés et envoyés par train du Montana au parc national Elk Island, en Alberta. En plus de ce grand troupeau, un troupeau plus modeste de bisons des plaines est installé dans le parc national Banff en 1898. Les animaux y seront gardés dans un enclos, visibles aux visiteurs, pendant presque cent ans. Ce troupeau en exposition est enlevé en 1997 et une nouvelle population de bisons sauvages est mise en place en février 2017. Pour la première fois depuis 1883, de jeunes bisons naissent dans la nature à Banff.

Les bisons des plaines du parc national Elk Island sont gardés dans le parc pendant plusieurs années pendant que le parc national Buffalo, en Alberta, est clôturé et préparé pour l’arrivée de ces animaux. Le parc national Elk Island conserve un petit troupeau. Ces initiatives deviennent rapidement emblématiques d’un programme de rétablissement qui s’avérera le plus réussi du Canada. Les bisons des plaines du parc national Elk Island seront utilisés pour établir de nouvelles populations dans tout le sud du Canada et alimenter la plupart des cheptels de bisons élevés dans les ranchs canadiens. Aujourd’hui, la population nord-américaine de bisons des plaines fluctue entre environ 350 000 et 400 000 animaux, la plupart présents sur des fermes et des ranchs. On estime qu’entre 1 500 et 2 000 bisons des plaines vivent au sein de troupeaux de conservation au Canada.

Après sa quasi-disparition au début des années 1900, le bison des bois se rétablit de manière spectaculaire grâce à la protection offerte par le parc national Wood Buffalo. Partie d’un cheptel d’environ 200 têtes, la population atteint approximativement 1 500 têtes au début des années 1920. Le rétablissement des bisons des bois est ralenti entre 1925 et 1927 lorsque près de 7 000 bisons des plaines du parc national Buffalo sont envoyés au nord, dans le parc national Wood Buffalo. Les deux sous-espèces vont s’y croiser et au début des années 1940, la plupart des bisons des bois pure-race ont disparu à la suite de ces hybridations. En 1957, un troupeau isolé de bisons des bois est néanmoins découvert. Un nouveau troupeau constitué d’animaux capturés est établi dans le parc national Elk Island et un autre dans le Refuge de bisons du Mackenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest. Les bisons des bois du parc national Elk Island ont été utilisés pour établir de nouvelles populations sauvages dans l’ensemble de leur aire de répartition traditionnelle au Canada, en Alaska et jusqu’en Sibérie. En 2017, les estimations suggèrent qu’il y aurait entre 5 000 et 7 000 bisons des bois au sein des troupeaux de conservation.